Interview accordée par M. Droutsas au journal chypriote HARAVGI et au journaliste Mme Fragou (extraits)

JOURNALISTE : Le premier ministre grec M. Papandréou a envoyé depuis Erzeroum un message en faveur de la résolution de la question chypriote et des relations de bon voisinage. Est-ce que les parties directement impliquées prêtent une oreille attentive à ces messages ? Reconnaissent-elles les intentions d’Athènes ?

M. D. DROUTSAS : Pour nous, ce qui importe avant tout c’est la fermeté et la sincérité de nos intentions. Et je pense que le discours de M. Papandréou à Erzeroum n’a laissé aucun doute à ce sujet. Il est vrai que nous aspirons à améliorer nos relations avec la Turquie, nous pensons que nous ne sommes pas condamnés par l’Histoire à vivre éternellement dans l’adversité. Et je ne vous cache pas que nous avons reçu certains messages positifs de l'autre partie. Le Premier ministre turc ne manque pas une occasion pour exprimer sa volonté de bâtir une nouvelle relation de paix et de coopération avec la Grèce. Il faut maintenant passer de la théorie à la pratique. Et l’heure de la vérité approche pour la Turquie, la sincérité de ses intentions sera mise à l’épreuve et cela se fera à l’occasion du dossier chypriote : que fera-t-elle si elle ne se conforme pas aux obligations qu’elle a assumées vis-à-vis de Chypre et que les chapitres de négociation s’épuisent ? La politique actuelle mène dans une impasse.

JOURNALISTE : Comment ces propositions sont-elles plus généralement valorisées, en tant que réponse à la tactique médiatique d'Ankara ?

M. D. DROUTSAS : Depuis 2004, la Turquie ne cesse de répéter la même chose : les Chypriotes turcs qui ont accepté le plan Annan sont « punis » en étant isolés et les Chypriotes grecs qui l’ont rejeté se sont vus récompensés par leur adhésion à l’UE. Cela a été la clé du message de la Turquie pendant toutes ces années. Que la Turquie se cache derrière les référendums et envisage la question chypriote comme un jeu médiatique n’a plus aucun sens. L’heure de la solution est venue.

En revanche, les propositions du président Christofias ne sont pas à caractère médiatique. Elles touchent le fond du problème chypriote et portent sur l’accélération de son processus de résolution, sans calendriers artificiels qui entravent la négociation et la qualité du règlement qui en résultera. La République de Chypre est désormais dotée d’une voix forte et crédible, elle occupe une position de prestige sur la scène internationale. La question chypriote ne sera pas résolue au moyen de techniques médiatiques qui sont éphémères. La question chypriote nécessite une volonté politique réelle et le Président Christofias a prouvé qu'il avait cette volonté politique. Il ne reste plus qu'à la partie turque d'en faire de même.

Une chose encore : la question chypriote est une question d’invasion et d’occupation. Nous ne manquons de le rappeler à chacun de nos interlocuteurs. Si la Turquie veut être crédible dans ces intentions et la volonté qu'elle exprime en faveur d'une résolution rapide de la question chypriote, elle doit dans un premier temps retirer son armée d'occupation de l’île. C’est à elle seule qu’il appartient de le faire. Elle peut le faire et je lance de nouveau un appel aux dirigeants turcs, qu’ils assument leurs responsabilités. D’ailleurs l’argument avancé par la Turquie sur la nécessité de la présence de ses forces militaires pour garantir la sécurité des Chypriotes turcs n’est pas un argument convaincant.

La République de Chypre est un membre à part entière de l’UE, d’une famille qui croit en des principes bien précis et la Turquie cherche à entrer dans cette famille. Il n’est donc pas meilleur garant de la sécurité et du respect des droits de tous les habitants de Chypre que l’UE.

JOURNALISTE : Bientôt aura lieu la rencontre entre le SG de l’ONU, le président de la République de Chypre et le dirigeant chypriote tuc. Qu’attendez-vous de cette rencontre ?

M. D. DROUTSAS : L’attitude adoptée jusqu’à présent par la partie chypriote turque ne peut donner lieu à de grandes espérances. Nous sommes à quelques jours de la rencontre et les propositions chypriotes turques qui ont vu le jour s’inscrivent dans une logique de division.

Mais pour que la négociation avance réellement, il n’y pas d'autre voie que celle suivie par le Président Christofias. C'est-à-dire suivre l’objectif de la solution convenue, fondée sur les résolutions du Conseil de sécurité et l’application de l’acquis communautaire.

Jusqu’à présent, M. Eroglu se comporte comme un Denktash en herbe. La situation dans les territoires occupés est mauvaise, les Chypriotes turcs suffoquent sous la pression des colons. Les droits de l'homme sont violés ainsi que les libertés religieuses. Les responsabilités incombent à M. Eroglu et à la Turquie. La question est maintenant de savoir s’ils veulent réellement faire quelque chose pour changer cela.

Janvier 24, 2011