Seul le prononcé fait foi.
JOURNALISTE : La Grèce demeure attachée à la stratégie de rapprochement avec la Turquie. Toutefois, le pays voisin ne renonce pas aux provocations, en conséquence de quoi on reproche au gouvernement d’être conciliant. Que ripostez-vous à ceux qui vous accusent de mener une « diplomatie secrète » et d’avoir pris de décisions sur la coexploitation en mer Egée ?
M. D. DROUTSAS : Je n’accepte pas les théories de conspiration, ni les outrances nationalistes. Il est, bien entendu, facile à adopter une telle approche opportuniste mais cela n’aide guère la Grèce. Mes affirmations sont toujours fondées sur des arguments solides :
1. L’arme puissante de la Grèce est le droit international.
2. La Grèce doit relever des défis très sérieux, des défis notamment posés par la Turquie, cette dernière essayant d’imposer ses positions en faisant étalage de sa puissance.
3. A ces défis nous répondons de manière directe et efficace, tant au niveau opérationnel que diplomatique, en sauvegardant pleinement la souveraineté et les droits de la Grèce. Celui qui soutient le contraire, il ment. Son objectif est de créer de fausses impressions en exploitant les inquiétudes des citoyens. Nous devons enfin cesser de contester notre propre puissance et le caractère « hellénique » de la dernière parcelle de terre grecque – comme il a récemment été le cas avec Castellorizo – même au sein du Parlement. Il faut que certains arrêtent de « sacrifier » les intérêts nationaux sur l’autel médiatique. Les intérêts nationaux sont précieux. Une chose doit être claire : Le gouvernement exerce la politique étrangère en faisant preuve de détermination, d’audace et de fierté. Nous défendons de manière efficace nos droits souverains et nous restituons à la Grèce la place qu’elle mérite sur la scène internationale.
JOURNALISTE : L’annonce de la part de la Grèce de la délimitation des zones économiques exclusives présuppose un processus assez complexe. Néanmoins, il existe le sentiment que le gouvernement n’œuvre pas dans ce sens et que ce droit précis a été « désactivé » de manière unilatérale et volontaire en vue de ne pas contrarier la Turquie. Quelle est la vérité ?
M. D. DROUTSAS : Cela est un mensonge. Notre objectif clair et déclaré est de délimiter les zones maritimes avec tous nos voisins. Il existe l’accord soumis à ratification avec l’Albanie, un accord avec l’Italie et nous avons amorcé des pourparlers avec la Libye et l’Egypte. Toutefois, en moment actuel il faut également tenir compte des évolutions dans ces régions. Nous sommes en coordination soutenue avec Chypre et avons intensifié les contacts exploratoires avec la Turquie. Il existe une désinformation concernant la question des zones économiques exclusives. Donc, je tiens à clarifier que : la souveraineté de la Grèce est sauvegardée par le plateau continental. La zone économique exclusive n’ajoute rien aux questions des droits souverains liés au fond marin et au sous-sol, à savoir dans la région d’exploitation d’hydrocarbures. En outre, en raison de la géographie de la Méditerranée, l’étendue des deux zones est en pratique identique. Ce dilemme est par conséquent artificiel et certains en abusent pour servir des intérêts politiques intérieurs. Puisque ils qualifient la question des zones économiques exclusives d’importante et d’urgente, pourquoi n’ont-ils pas abordé ce dossier quand ils étaient au pouvoir ces dernières années ? Et pourquoi ceux qui protestent aujourd’hui, restaient-ils silencieux à l’époque ?
JOURNALISTE : Vous ne partagez pas les théories de conspiration. Mais que répondez-vous à tous ceux qui soutiennent que le pays est tombé sous le joug de la Troïka afin que sa capacité de négociation soit affaiblie et que les questions de politique étrangère demeurées en suspens, à savoir le dossier chypriote, la question de Skopje et de l’Egée, soient réglées au détriment des intérêts de l’Hellénisme ?
M. D. DROUTSAS : Depuis des décennies, certains essayent de nous persuader qu’il existe des forces secrètes qui œuvrent dans les coulisses en faveur de la destruction de la Grèce. Je regrette mais c’est cette logique justement qui nous a conduits à l’état actuel. Les théories de conspiration et une attitude qui consiste à imputer les responsabilités aux tiers. Un Etat grec dépensier, corrompu et inefficace a épuisé le pays ainsi qu’un grand nombre de politiques qui ont servi et continuent de servir ce système. Nous devons changer cette situation. Et nous devons le faire en présentant des propositions radicales et en faisant preuve d’audace et de courage face aux résistances et aux pratiques qui demeurent jusqu’à ce jour.
JOURNALISTE : Pour ce qui est de la crise en Libye, on vous reproche d’incapacité de prévoir les évolutions concernant le régime de Kadhafi et, qui plus est, le Premier ministre lui-même a été l’un des derniers dirigeants de l’Occident à l’avoir rencontré. Quelle est votre réaction face à ces accusations et quelle sera, à votre avis, l’issue de ce conflit ?
M. D. DROUTSAS : La situation en Libye est très grave et influe directement sur la Grèce, sur la sécurité, l’économie et l’immigration clandestine, sur la stabilité de notre voisinage. C’est pourquoi nous contribuons aux efforts visant à la normalisation en vue de protéger la population civile et offrir au peuple libyen l’opportunité de décider de son avenir. La Grèce est prête à toute éventualité. Les positions que nous avons présentées d’emblée en faveur d’une solution diplomatique et d’une action humanitaire, ont été confirmées par la communauté internationale lors des sommets de Paris et de Londres auxquels nous avons participé. Je vous assure que la Grèce continuera de jouer un rôle de premier plan aux évolutions au Moyen-Orient.
Il est de notre devoir de le faire en raison du rôle, de l’histoire et des relations de la Grèce avec les pays arabes. Toutes nos actions sont entreprises en fonction des intérêts de notre pays et, bien entendu, en fonction de nos obligations à l’égard de la communauté internationale.
JOURNALISTE : La semaine dernière s’est achevée la procédure orale du recours de Skopje contre la Grèce devant la Cour de la Haye. Quel serait l’impact sur le dossier en question en cas d’une décision en faveur de Skopje ?
M. D. DROUTSAS : La Grèce a présenté, au terme d’un travail de préparation sérieux et systématique, ses arguments solides de manière complète et bien structurée. Et, je vous assure que tous ces arguments ont été acceptés par tous. Toutefois, je continuerai d’envisager la procédure orale et la Cour de La Haye avec la responsabilité et le respect nécessaires et j’absenterai de toute déclaration et de tout commentaire publics. Nous ne cesserons pas d’exercer des pressions en vue de parvenir à une solution à la question du nom, dans le cadre des négociations menées sous l’égide des Nations Unies. Les positions de la Grèce sont claires et connues de tous et il n’y aura la moindre concession.
Avril 4, 2011