Interview accordée par M. Droutsas à la chaîne de télévision Al Jazeera (Bruxelles, le 17 décembre 2010)

Seul le prononcé fait foi

Journaliste
: C’est un grand plaisir pour nous – vu l’importance que revêt la conjoncture actuelle – de nous entretenir avec M. Dimitris Droutsas, ministre grec des Affaires étrangères. Monsieur le Ministre, dans quelle mesure cet accord est-il important ?

M. D. Droutsas : Il s’agit sûrement d’un accord très important. Il appartient à nous, à l’Union européenne, aux Etats membres de déclarer de manière claire que l’euro est une monnaie stable et le plus important est que les Etats membres de l’Union européenne soient disposés à entreprendre toute action nécessaire à l’avenir aussi, en vue de défendre l’euro et de relever tous les défis qui pourraient surgir. Cela a été un message clair aujourd’hui. Certainement, nous devrons accomplir encore beaucoup de travail mais l’important est que le Conseil européen hier soir ait transmis un message clair.

Journaliste
: Les dirigeants ont affiché leur volonté d’entreprendre toute action nécessaire mais ils se sont opposés avec détermination au doublement des capitaux potentiellement disponibles du fonds de secours.

M. D. Droutsas
: Certes, il y a des questions qui, d’après certains d’entre nous, auraient dû être d’ores et déjà abordées. Il n’y a pas eu probablement de consensus à cet égard mais il est important qu’une discussion ait été engagée, une discussion entamée au sein de l’Union européenne et je suis convaincu que les instruments nécessaires de ce genre seront mis en place à l’avenir et éventuellement dans un avenir proche.

Journaliste : Décrivez-nous le contexte économique car de gros nuages bouchent l’horizon. L’agence de notation Moody’s a considérablement dégradé de cinq crans la note de l’Irlande les dernières 24 heures. On nous a également avertis de l’éventualité de dégrader également la note de l’Espagne et de la Grèce. Il est clair que les discussions à cet égard ne sont pas tout à fait hypothétiques, n’est-ce pas ?

M. D. Droutsas : Certainement que non. Les marchés ont leur propre vie. Nous avons de l’expérience à cet égard. Pour ce qui est de la Grèce, je peux vous dire que nous demeurons attachés au plan. Nous avons pris des engagements à l’égard de la structure des réformes, des réformes revêtant une importance cruciale pour notre pays. Nous sommes en train de regagner notre crédibilité. Pour nous, la crédibilité est le mot-clé pour la Grèce. Et nous sommes en train de rétablir cette crédibilité. Nous honorons nos engagements et nous entreprenons toutes les actions nécessaires. Et je pense que le peuple grec mérite de voir la reconnaissance de ses sacrifices.

Journaliste : Puisque nous parlons du peuple, probablement la tâche la plus difficile est de persuader votre peuple de l’efficacité de ce plan. Le plan de sauvetage de la Grèce date du mois de mai et, pourtant, mercredi, il y a eu une grève générale en Grèce qui s’est terminée par de violents incidents. En Irlande, par exemple, le plan de sauvetage a été adopté en novembre. Donc, il a été probablement un peu tôt pour voir une vague d’indignation générale contre les mesures d’austérité. Toutefois, une agitation sociale est fort probable en Europe puisque la situation économique continue de s’empirer.

M. D. Droutsas : Il est vrai que nous demandons beaucoup de sacrifices à nos citoyens et dans le cas de la Grèce, nous demandons de très grands sacrifices au peuple grec. Mais je suis convaincu que la majorité écrasante du peuple grec et de la société grecque font preuve de compréhension et demeurent attachés aux réformes. Et, encore une fois, la crédibilité est pour nous un mot-clé et nous sommes en train de regagner notre crédibilité. Une dernière remarque à cet égard. Ces derniers jours des images négatives ont été diffusées depuis la Grèce. Nous condamnons fermement la violence. Il s’agit d’incidents isolés. Des incidents que la société grecque n’accepte pas. Ces images ne reflètent pas la réalité en Grèce. Souvenons-nous de la Grèce en 2004, souvenons-nous des Jeux olympiques. Tel est notre objectif et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour y parvenir.

Journaliste : Nous l’espérons. Je vous remercie beaucoup pour cet entretien M. Droutsas.

Décembre 17, 2010