JOURNALISTE: Quels sont les points forts dans les relations bilatérales entre l’Italie et la Grèce ?
M. D. DROUTSAS: Les relations bilatérales entre la Grèce et l’Italie sont excellentes. N’oublions pas que tous les deux pays sont situés dans la même région, la Méditerranée. La Méditerranée nous unit et nous oblige à élaborer les mêmes politiques en matière de coopération économique, de protection de l’environnement pour ne citer que quelques domaines à titre indicatif. Nous partageons les mêmes intérêts dans la région. La coopération entre nos pays est d’ores et déjà élargie mais elle peut davantage être améliorée. J’espère, ou j’en suis plutôt convaincu, que lors de ma visite à Rome nous aurons l’opportunité avec mon homologue Franco Frattini d’entreprendre de nouvelles initiatives communes tant pour les Balkans que pour la région de l’Afrique du Nord.
JOURNALISTE: La Grèce et l’Italie partagent des intérêts communs et sont toutes deux confrontées à des problèmes similaires, tels que l’immigration. Outre les politiques européennes, est-ce que les deux pays entreprennent des initiatives communes ?
M. D. DROUTSAS: Certainement, cette question figure à l’ordre du jour des deux pays. Force est de signaler que la Grèce est située aux frontières dites extérieures de l’Union européenne. Par conséquent, nous devons faire face à un fardeau écrasant, le fardeau de l’immigration illégale dans l’UE tout entière. Pour nous, il est évident que la question ne peut être seulement nationale et que nous devons avoir une coordination avec les autres pays. Lutter conjointement contre ce problème constitue une affaire européenne ainsi qu’un devoir moral, dirais-je, pour tous les Etats européens. Nous devons faire preuve d’un esprit de coopération et de solidarité. Dans ce cadre s’intègre également une autre proposition liée au monde arabe : nous considérons que l’UE doit être plus active et présente dans la région. Nous devons la soutenir de façon déterminante.
JOURNALISTE: Quelles sont les relations entre la Grèce et les Etats arabes de l’Afrique du nord, notamment avec la Libye après cette vague de révolte dans laquelle sont intervenus de nombreux pays arabes ? Quelle est la position de la Grèce ?
M. D. DROUTSAS: Ces évolutions sont très importantes. Ceux qui parlent des révolutions arabes ont tout à fait raison. Nous souhaitons que la région devienne démocratique et qu’elle soit dotée d’institutions démocratiques. Nous voulons voir prospérer la démocratie dans la région et cela notamment au profit des nouvelles générations qui ont servi de force motrice pour toutes ces révolutions. Pour ce qui est de la Libye, la Grèce est un pays qui respecte pleinement le droit international et la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies. Par conséquent, il a été évident pour nous d’y apporter notre contribution en vue d’assurer l’application des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Notre participation s’effectue par le biais d’un soutien logistique et de la mise à disposition de nos bases militaires en Crète. A l’heure actuelle, nous sommes tous conscients de la nécessité de mettre fin à la crise en Libye, et ce, non seulement à travers des moyens militaires. Ces opérations devraient être menées en vue d’exercer les pressions nécessaires. Néanmoins, maintenant nous devons trouver les moyens pour parvenir à une solution politique à cette crise. La Grèce apporte sa contribution en formulant ses idées et en entreprenant ses propres initiatives en faveur d’une solution politique. Cela est important. Et la communauté internationale doit agir de manière déterminante et décisive dans ce sens.
JOURNALISTE: Que pensez-vous de la situation actuelle en Grèce en cette période difficile marquée par la crise économique ?
M. D. DROUTSAS: Cette situation constitue certainement un défi pour la Grèce, pour le peuple grec. Il n’y a aucun doute à cet égard. Je pense que depuis tout le début du mandat de notre gouvernement, lorsque nous avons été confrontés à cette crise, nous nous sommes engagés à mettre en œuvre un plan de réformes particulièrement ambitieux, sérieux et systématique. Bien évidemment, le défi demeure encore considérable. Toutefois, nous avons d’ores et déjà vu les premiers résultats positifs. Force est de rappeler, à titre d’exemple, que notre déficit a enregistré une baisse de plus de 5% par rapport à l’année dernière. En outre, force est de signaler les réformes que nous avons introduites, telle que la réforme du système des retraites. Nous avons réduit les dépenses liées à la bureaucratie de notre secteur public. Tous ces éléments attestent que nous allons dans le bon sens. Sans aucun doute, le chemin à parcourir est encore long et semé de défis. Toutefois, je peux vous assurer que la Grèce, le gouvernement grec et les Grecs demeurent engagés et déterminés à mener à bien notre programme de réformes.
JOURNALISTE: Est-ce qu’à votre avis, cette période aussi difficile nuit à l’image de votre pays à l’étranger ?
M. D. DROUTSAS: Bien évidemment, les commentaires des médias internationaux n’ont pas été toujours positifs. Et je pense que souvent les Grecs et la Grèce ne méritent pas ce genre de commentaires au terme de tant d’efforts consentis. Toutefois, nous demeurons déterminés et engagés à mettre en œuvre notre programme de réformes. L’année dernière nous avons prouvé que nos actions sont allées dans le bon sens. Mais le chemin est encore long et difficile. Mais nous travaillons d’arrache pied et sommes déterminés à venir à bout de ce parcours et à construire ce que nous appelons « une nouvelle Grèce ».
Mai 23, 2011