Interview accordée par M. Droutsas à la station radio REAL et au journaliste M. Hatzinikolaou

JOURNALISTE : Nous avons en ligne le ministre des Affaires étrangères, M. Dimitris Droutsas, qui se trouve actuellement à Rome à l’occasion de la réunion du Groupe de contact sur la Libye. Monsieur le Ministre, bonjour.

M. DROUTSAS : Bonjour M. Hatzinikolaou.

JOURNALISTE : Parlez-nous des discussions que vous engagez, des résultats de celles-ci et si, à votre avis, vous voyez le bout du tunnel, autrement dit est-ce que la paix sera bientôt établie en Libye ?

M. DROUTSAS : Monsieur Hatzinikolaou, je l’espère. Nous espérons voir la fin des violences, voir la paix et la stabilité s’établir dans notre région, non seulement en Libye – notamment, bien entendu, en Libye – mais aussi en Syrie. Ici à Rome se tient la réunion dudit Groupe de contact sur la Libye. Une discussion sur le fond et de façon responsable sera désormais engagée sur les efforts visant à parvenir à une solution politique à la crise. Force est de rappeler, M. Hatzinikolaou, que la Grèce s’est, dès les premiers instants, prononcée en faveur du respect des résolutions des Nations Unies pour ce qui est de la Libye et a affirmé sa volonté d’entreprendre toutes les actions nécessaires en vue de l’application de ces résolutions. Dans le même temps, nous avons signalé la nécessité, la nécessité absolue de parvenir à une solution politique à cette question. La voie militaire ne doit pas être la seule solution à la crise. Tel est notre message et ici à Rome j’espère que nous pourrons nous mettre d’accord avec nos alliés et partenaires sur la nécessité d’une coordination, dans un esprit responsable, de ces efforts visant à une solution politique.

JOURNALISTE: Monsieur le ministre, je voudrais vous poser une question sur la zone économique exclusive. Vos déclarations il y a quelques jours ont suscité une vive réaction de la part de l’opposition. Vous avez affirmé que la Grèce n’avait pas l’intention de délimiter une zone économique exclusive avec la Turquie avant la fin des contacts exploratoires et vous avez même formulé des accusations contre ceux qui essayent d’exploiter la question de la zone économique exclusive à des fins politiques et médiatiques. Donc, est-ce qu’à votre avis, la politique de Chypre à l’égard de la zone économique exclusive est erronée ?

M. DROUTSAS
: Monsieur Hatzinikolaou, la politique de Chypre n’est guère erronée à l’égard de toutes ces questions et pour ce qui est de ces dossiers les politiques de la Grèce et de la République de Chypre sont parfaitement coordonnées. Et, je vous le dis en toute franchise, cette réaction de l’opposition ne m'a guère surpris car elle se sert de cette question pour créer un climat négatif et alourdir davantage le climat politique en Grèce. Tout à l’heure, j’ai eu l’occasion d’écouter vos commentaires. Vous avez parlé de ces théories du complot et je suis tout à fait d’accord avec vous, nous devons enfin renoncer à ces théories. Mes déclarations ont été faites dans cet esprit. Car, lorsqu’il s’agit notamment des questions relevant de la politique étrangère, des questions nationales, nous devons tous faire preuve d’une attitude sérieuse et responsable. Pour ce qui est de la zone économique exclusive…

JOURNALISTE : Un instant! A la une du journal « Eleftherotypia », un journal centre-gauche, figure le titre « Athènes enterre la zone économique exclusive pour ne pas contrarier la Turquie ».

M. DROUTSAS : Vous avez très bien fait de le signaler car si vous lisez l’article, tout comme les autres articles parus dans la plupart des journaux d’aujourd’hui, vous constaterez que cette question est traitée de manière objective et correcte. Malheureusement, en Grèce, le titre faisant la une d’un journal doit être plus sensationnel que le contenu de l’article lui-même auquel il se réfère.

Mais permettez-moi d’aborder brièvement le fond de la question car c’est une bonne occasion pour nos auditeurs de se renseigner sur la question de la zone économique exclusive. J’ai réfuté les deux principaux arguments mis en avant dans le cadre du débat politique et, comme je l’ai tout à l’heure affirmé, certains ont voulu utiliser cette question à des fins médiatiques. Pour ce qui est du premier argument, nous n’avons pas besoin de délimiter la zone économique exclusive pour exploiter les ressources minérales car cela est prévu par le plateau continental. Selon le deuxième argument avancé par certains, la zone économique exclusive élargira l’étendue de la région maritime que la Grèce a droit d’exploiter, un argument qui n’est pas valable car, en Méditerranée notamment, le plateau continental et la zone économique exclusive ont la même étendue. Par conséquent, ces arguments ne sont pas valables.

JOURNALISTE : Qu’entendez-vous par-là ? Excusez-moi, mais…

M. DROUTSAS : Je vais vous le dire.

JOURNALISTE : …tous les pays...

M. DROUTSAS
: Je vais vous le dire.

JOURNALISTE : Actuellement, tous les pays s’empressent de délimiter des zones économiques exclusives. Pourquoi toujours ce comportement dilatoire, comme le journal « Eleftherotypia » l’affirme de manière aussi pertinente ?

M. DROUTSAS : Je vais vous le dire monsieur Hatzinikolaou, je l’ai expliqué hier également de manière claire, pense-je. Ce n’est pas vrai que la Grèce ne procède pas à la délimitation des zones maritimes. Nous avons affirmé qu’il y avait un plan détaillé sur ce dossier. Nous avons d’ores et déjà signé un accord avec l’Albanie sur la délimitation de toutes les zones maritimes et il existe tout simplement, à l’intérieur de l’Albanie, cette entrave que nous sommes en train d’examiner. Avec la Libye, nous avons, d’ores et déjà, entamé des négociations en vue de délimiter les zones maritimes. Comme vous le comprenez, les évolutions actuelles en Libye ne nous permettent pas d’avancer sur ce dossier. Cela est également valable pour l’Egypte aussi. Et, s’agissant de la Turquie, j’ai affirmé que nous menons depuis longtemps lesdits contacts exploratoires. L’objectif des contacts exploratoires est de délimiter le plateau continental. A l’égard de cette question, j’ai affirmé en toute franchise, que nos efforts visent à la délimitation du plateau continental avec la Turquie. Nous espérons que les contacts exploratoires apporteront leurs fruits. J’ai donc affirmé que du moment que – pour les motifs que j’ai tout à l’heure exposés – la zone économique exclusive ne change rien sur le fond pour ce qui est du plateau continental, sans toutefois sous-estimer son importance, je ne voyais pas dans quelle mesure il serait dans notre intérêt d’imposer un fardeau supplémentaire aux contacts exploratoires dont l’objectif a été dès le début la délimitation du plateau continental. Telle est la vérité et, à mon avis, cela est très raisonnable.
Il est évident que certains utilisent la question de la zone économique exclusive à des fins politiques pour alourdir le climat politique. Pourquoi, vu le caractère urgent et important de cette question, la Nouvelle Démocratie, qui depuis quelques mois attire l’attention sur ce dossier, n’a-t-elle pas procédé immédiatement à cette action au cours des cinq dernières années ? Et, j’aboutis justement à cette conclusion, à savoir que la question de la zone économique exclusive est actuellement exploitée à des fins politiques pour créer tout simplement un climat négatif.

JOURNALISTE: Je vous remercie monsieur le ministre. Bonne journée.

M. DROUTSAS : Merci à vous, monsieur Hatzinikolaou.

Mai 5, 2011