Interview accordée par M. Droutsas à la station radio « REAL FM » et au journaliste, M. Hatzinikolaou

Points principaux :

•    L’UE est actuellement confrontée à une situation sans précédent et tous les partenaires œuvrent ensemble pour y faire face.
•    La position exprimée par le Premier ministre à Paris est la même position qu’il avait soutenue dès le premier moment :   c’est une position responsable non seulement pour la Grèce ou les autres pays confrontés à des difficultés, mais une position responsable pour l’ensemble de la zone euro.
•    Dans cette conjoncture difficile, chacun d’entre nous doit être très prudent dans ses déclarations. Par ailleurs, le ministre autrichien des Finances a remanié sa déclaration.    
•    Le gouvernement et le peuple grecs ont honoré leurs obligations et leurs engagements et nous poursuivrons notre travail dans ce sens en faisant preuve d’attachement et de sérieux.
•    L’Allemagne et les autres Européens ne sont pas les ennemis de la Grèce mais des partenaires qui œuvrent ensemble en vue de réaliser le même objectif : protéger la zone euro ainsi que la crédibilité de notre monnaie commune. Les points de vue et les approches divergents qui sont exprimés ne doivent pas nous empêcher d’œuvrer ensemble pour atteindre cet objectif

JOURNALISTE
: Nous avons en ligne le ministre des Affaires étrangères, M. Droutsas. Nous allons commencer immédiatement car son agenda est très chargé et il a trouvé un peu de temps pour que nous puissions discuter. Monsieur le Ministre, bonjour.

M. D. DROUTSAS : Bonjour, M. Hatzinikolaou depuis Sofia. Bonjour à vos auditeurs.

JOURNALISTE: Qu’y a-t-il de nouveau concernant ce « conflit verbal » qui a éclaté entre la Grèce et l’Allemagne, entre le Premier ministre, M. Papandréou et la Chancelière Merkel ?

M. D. DROUTSAS : M. Hatzinikolaou, laissons de côté les impressions –  bien que les impressions et le climat soient importants – et examinons le fond de la question, à savoir l’UE est actuellement confrontée à une situation sans précédent et des réponses devront être données. La difficulté réside dans le fait qu’il n’y ait pas de précédent qui nous permettrait de tirer des leçons et de savoir la façon dont nous devons procéder. C’est pourquoi nous devons tous faire preuve de prudence. C’est un défi pour l’Europe, nous sommes actuellement au milieu d’une négociation pour trouver les moyens qui nous permettrons de relever ce défi en vue du Conseil européen de décembre et à cet égard les points de vue et les positions sont certes divergents.

JOURNALISTE: Le Premier ministre a affirmé que l’attitude de Mme Merkel et de l’Allemagne poussait certains pays de l’Europe à la faillite. Mais est-ce que la Grèce peut faire une contre-proposition et suggérer une autre politique européenne ?

M. D. DROUTSAS : Monsieur Hatzinikolaou, le Premier ministre n’a rien dit de nouveau à Paris. Il a exprimé la position qu’il avait soutenue dès le premier moment lors du dernier Conseil européen aussi. Le Premier ministre répétera cette position chaque fois que cela sera jugé nécessaire car il s’agit d’une position responsable non seulement pour la Grèce ou les autres pays qui sont confrontés à des difficultés, mais une position responsable pour l’ensemble de la zone euro. Cette position reflète la réalité et probablement certains ne veulent pas l’admettre ou n’aiment pas que quelqu’un d’autre ait le courage d’appeler les choses par leur nom. Toutefois, je voudrais souligner que cela ne signifie pas que la Grèce et l’Allemagne sont en conflit, ni M. Papandréou et Mme Merkel. Parfois, dans notre effort de faire valoir nos arguments, on élève les tons, mais cela ne signifie pas que nous sommes en conflit.

JOURNALISTE: Quoi qu’il en soit, après la déclaration de M. Papandréou, le ministre autrichien des Finances a menacé de ne pas verser sa contribution, le troisième versement du prêt. 

M. D. DROUTSAS : Permettez-moi à cet égard de répéter qu’en ces temps difficiles, le défi est commun pour tous, pour la Grèce ainsi que pour les autres pays qui sont confrontés à des difficultés, pour l’Europe toute entière, la zone euro, l’euro et chacun d’entre nous doit être prudent dans ses déclarations. Je dois aussi affirmer pour que vos auditeurs le sachent que le ministre autrichien des Finances a fait une déclaration à travers laquelle il a remanié sa première déclaration. A cette occasion, je voudrais dire que la Grèce a beaucoup œuvré ces derniers mois et le peuple grec a accepté de faire de grands sacrifices en faisant preuve d’une maturité exceptionnelle. Grâce au peuple grec, la Grèce a regagné sa crédibilité, la crédibilité qu’elle mérite. Permettez-moi, à travers votre émission, de remercier tous nos compatriotes qui au prix d’imaginables efforts, ont redonné à la Grèce sa crédibilité. Je souligne cela M. Hatzinikolaou car c’est grâce à cette crédibilité que nous pouvons aujourd’hui être francs et défendre les intérêts de la Grèce mais aussi les intérêts de l’Union européenne tout entière. Toutefois, nous avons encore beaucoup de travail à accomplir. Nous avons jeté des bases solides et sur cela nous devons axer toute notre attention et tous nos efforts et nous ne permettrons pas…

JOURNALISTE : Là vous brossez…

M. D. DROUTSAS : Pardonnez-moi M. Hatzinikolaou. Nous ne permettrons à personne, quelles que soient les déclarations faites, de nous faire sortir du chemin que nous avons tracé.

JOURNALISTE : Vous brossez un tableau qui n’est pas celui qui apparaît à la une des journaux. A savoir que nous recevons des menaces au sujet du troisième versement, que l’Allemagne et l’Autriche nous avertissent, qu’elles estiment que nous n’avons pas atteint les objectifs définis dans le mémorandum et que nous entrons dans une phase difficile de négociation avec la Troïka, tout en essayant de gagner du temps, c'est-à-dire de prolonger le délai de remboursement de nos prêts. Vous brossez un tableau qui est à peu près le suivant : l’Europe nous applaudit, nous avons regagné notre crédibilité et tout baigne, alors qu'au même moment les citoyens, ici en Grèce, expriment leur angoisse et se demandent si Mme Merkel n'essaie pas de nous sortir de la zone euro.

M. D. DROUTSAS : Monsieur Hatzinikolaou, c’est exactement là la question et permettez-moi de ne pas m'en tenir aux impressions qui sont créées mais d'entrer dans le vif du sujet. Premièrement, je dirais que nous partageons tous l’angoisse du peuple grec et c’est la raison pour laquelle nous livrons cette dure bataille. Deuxièmement – et je l’ai dit tout à l’heure, mais permettez-moi de le répéter – si certains expriment leur point de vue, font des déclarations qui dérangent, cela ne veut pas dire qu’ils n’admettent pas la réalité. La réalité, M. Hatzinikolaou, est que la Grèce, le gouvernement grec, le peuple grec ont assumé des obligations et des engagements dont ils se sont pleinement acquittés et nous continuons sur cette voie en faisant preuve d’attachement et de sérieux. C’est le message que nous adressons à toutes les parties et permettez-moi de redire que nous ne nous laisserons pas déstabiliser par des déclarations, quelle que soit leur teneur ou leur locuteur, nous ne sortirons pas de la voie que nous avons tracée.

JOURNALISTE : Monsieur Droutsas, il faut savoir que Mme Merkel à l'heure actuelle n'est pas n'importe qui, elle est la voix la plus forte en Europe. C'est le pays le plus fort du point de vue économique et il semblerait qu’elle soit la force motrice des évolutions à venir. Et le sentiment prévalant est que certains essayent de nous faire sortir de la zone euro. N'avez-vous pas ce même sentiment?

M. D. DROUTSAS : Encore une fois je dirais que n’importe qui peut essayer n’importe quoi, et Mme Merkel, l’Allemagne, et vous avez raison, nous l’avons d’ailleurs reconnu dès le départ, de dire que dans le domaine économique elle est la force motrice en Europe. Nul ne l’ignore et nous en tenons bien entendu compte. Mais M. Hatzinikolaou le fait que la Grèce depuis tous ces mois honore ses engagements avec ferveur et sérieux, applique le programme convenu avec ses partenaires contribue à nous conférer la crédibilité dont nous avons besoin, cette crédibilité qui est nécessaire pour que nous puissions exprimer nos positions, même vis-à-vis de Mme Merkel. Je terminerais mon intervention par la phrase suivante, M. Hatzinikolaou – pour laisser de côté les fanfaronnades et en venir au fond de la question – la Grèce et l'Allemagne, mais aussi la Grèce et tous nos partenaires, nous ne sommes pas ennemis, nous sommes partenaires, nous œuvrons ensemble en vue de réaliser le même objectif, à savoir protéger la zone euro ainsi que la crédibilité de notre monnaie commune. Les approches et les points de vue différents qui sont exprimés ne doivent pas nous empêcher d’œuvrer ensemble pour atteindre cet objectif. Si des attaques – permettez-moi d’employer ce terme – sont portées contre la Grèce, nous les contrecarrerons. Car nous avons montré à tout le monde que nous étions crédibles, sérieux et maintenant tout le monde doit nous prendre en compte.

JOURNALISTE : Merci beaucoup M. le ministre.

Novembre 17, 2010