Interview accordée par M. N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, à l’agence de presse athénienne - macédonienne

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, vous vous trouvez à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, à l’occasion de la 11e réunion Asie-Europe. Toutefois, sous l’effet des nouvelles venues de Nice, au sud de la France, tous les événements au niveau mondial se mettent au second plan. Que pensez-vous de cette attaque qui a visé la France ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je pense que nous vivons dans une époque transitoire où nombreux sont ceux qui pensent que la vie humaine n’a pas de valeur ou que d’autres punisseurs ont droit à attenter à ce qui est de plus précieux au sein de notre société, la vie humaine. Je condamne personnellement et au nom du gouvernement grec et de la Grèce ce crime abominable et nous exprimons notre solidarité avec le peuple et le gouvernement français et je fais part de mes condoléances aux familles des victimes à travers l’agence athénienne-macédonienne.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, la réunion Asie-Europe revêt une grande importance. Elle se tient depuis 20 ans.  Qu’est-ce qu’elle peut apporter de nouveau ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Exactement, cette initiative a été lancée en 1996 sous la présidence grecque de l’UE.

JOURNALISTE : Et je voudrais aussi dire que vous étiez parmi les principaux pionniers lors des négociations qui se menaient à l’époque…

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Oui, et je pense toujours que l’Europe et l’Asie doivent disposer des systèmes institutionnels spéciaux ainsi que des formes de coopération spécifiques dans l’intérêt des deux parties et de tous les peuples dans ces grands continents.

JOURNALISTE : A la réunion participent 51 pays, des pays de l’Union européenne ainsi que des pays de l'Association des nations du Sud-Est asiatique, de l’ASEAN. Quel est l’objet principal des discussions ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS :  L’objet principal porte sur  la façon dont on pourra établir des liens entre les sociétés et les économies de l’Asie et de l’Europe. Dans ma deuxième intervention aujourd’hui, j’ai signalé l’importance de la civilisation et la nécessité d’explorer des formes d’action culturelle commune entre les Etats européens et asiatiques.

JOURNALISTE  : Monsieur le ministre, vous avez récemment visité avec le Premier ministre la Chine,  Pékin et Shanghai, où des progrès importants ont été réalisés  pour ce qui est du renforcement des liens politiques et économiques entre les deux pays. Que pensez-vous du rôle de la Grèce en Asie ? Notre pays n’est-il pas trop petit pour pouvoir jouer un rôle dans cette région ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Vous avez raison. La Grèce est un petit pays mais avec une grande histoire et une grande civilisation et ce n’est pas un hasard si nous sommes convenus avec le ministre chinois des Affaires étrangères de mettre en œuvre une proposition que j’ai faite, il y a un an, à une série d’Etats dans le monde entier, portant sur la mise en place d’une union des Etats ayant une civilisation historique dont l’influence a marqué la civilisation universelle. Les Chinois, par exemple, pensent que seulement un Etat, une civilisation, était égale à leur civilisation laquelle a façonné l’Asie, et cette civilisation est celle de la Grèce. Ils ont une grande tradition, nous devons la respecter et la valoriser au profit du peuple grec et de l’Europe. Force est de signaler que la civilisation n’est pas seulement quelque chose de bien et de beau, la civilisation est aussi une forme de puissance douce, une puissance intelligente qui comprend aussi des avantages économiques puisque, à nos jours, l’industrie de la civilisation est l’une des activités économiques les plus importantes.

JOURNALISTE  : Monsieur le ministre, une dernière question : lors de cette réunion on a beaucoup parlé des évolutions en Mer de Chine méridionale, où, d’après beaucoup d’observateurs il existe des évolutions ou des questions similaires à celles dans notre voisinage, en Egée et en Méditerranée.  Comment évoluera-t-elle cette situation à votre avis ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS :  En Mer de Chine méridionale on assiste à une différente interprétation du droit international mais aussi du rôle de la tradition et de l’histoire. Il s’agit d’un différend entre la Chine et les sept Etats qui donnent des différentes interprétations, dont l’un, les Philippines, a recouru contre la Chine à l’arbitrage international (les Philippines n’ont pas saisi de cette affaire la cour internationale car il s’agit d’un recours unilatéral ).  Et cette décision condamne la Chine laquelle conteste  toutefois la validité de cette action car elle n’y a pas consenti, c’est-à-dire il n’y a pas eu d’accord sur le recours à l’arbitrage. Je voudrais signaler que le texte de la décision en 475 pages, revêt un intérêt politique et scientifique majeur. Un très petit nombre d’hommes politiques l’ont étudié à ce jour. Nous, au ministère des Affaires étrangères, avec le groupe compétent en la matière, nous l’avons étudié. Le texte comporte de nombreux éléments positifs pour ce qui est des intérêts et des points de vue de la Grèce.  Il existe quelques points qui nécessitent une évaluation critique.

Juillet 15, 2016