Interview accordée par D. Kourkoulas, Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères au journal « Efimerida ton Syntakton et au journaliste Tassos Tsakiroglou

JOURNALISTE : Quelle est la contribution de la Grèce au débat sur l’avenir de l’Europe et l’intégration politique?

D. KOURKOULAS : La Présidence du Conseil de l’Union européenne constitue  à la fois un enjeu et une opportunité afin que notre pays se retrouve au centre des développements européens, mais pas en monopolisant l’actualité en tant que problème, mais en tant que facteur de stabilité. L’avenir de l’Union et de la zone euro fera l’objet principal des débats engagés pendant la période de notre présidence puisque en mai 2014 se dérouleront les élections européennes. Le débat sur l’avenir de l’Europe comporte de nombreux aspects complexes ainsi qu’une révision des traités. Je ne m’attends pas à ce qu’au cours de notre présidence il y ait des décisions spécifiques dans de sens. Toutefois, ce débat est nécessaire et utile. Quoi qu’il en soit, la Grèce y contribuera de manière active avec ses idées et ses propositions. Par ailleurs, le débat sur l’avenir de l’Union ne doit pas servir de prétexte pour retarder la mise en place des réformes déjà convenues, telles que l’union bancaire.

JOURNALISTE : Quelle priorité se trouve en tête de l’agenda de la présidence hellénique de l’UE en 2014 ?

D. KOURKOULAS : Il est évident que la lutte contre les conséquences de la crise constitue actuellement une priorité de premier ordre pour les citoyens européens. La Présidence hellénique coïncide avec une période de transition critique pour l’Europe. L’ampleur et l’intensité de la crise ainsi que la récession et le chômage qui en ont résulté ont ébranlé la confiance qu’accordait une importante partie des citoyens européens à l’idée de l’Europe.
Par conséquent, le principal enjeu de la prospérité et de la stabilité au sein de l’UE est axé sur la confirmation de sa mission aux yeux de ses citoyens. Dans ce cadre, l’Europe est appelée à relever le défi de la crise économique, toute en sauvegardant la monnaie unique à travers l’approfondissement de l’UEM, en promouvant dans les plus brefs délais des politiques pour faire face à la récession et au chômage à travers la stimulation de la croissance. Tel est notre objectif et c’est dans ce sens que nous oeuvrerons.


JOURNALISTE : Quelles sont les initiatives qu’envisage de prendre le gouvernement grec en vue de l’intégration des Balkans occidentaux ? Quel est l’état d’avancement concernant la réalisation des objectifs de 2003 ?

D. KOURKOULAS : La Grèce non seulement soutient la perspective européenne des Balkans, mais c’est également le pays qui a en effet ouvert en 2003 les portes de l’UE aux Balkans occidentaux à travers les décisions du Conseil européen de Thessalonique. En ce moment, il existe un processus en cours visant à assurer progressivement la conformité des politiques et des institutions des Etats des Balkans occidentaux avec les exigences européennes. La Grèce offre son expérience et son aide à ce processus. Il y a quelques semaines la Croatie est devenue le 28e Etat membre de l’Union, tout en ayant achevé avec succès le processus d’adhésion. Je suis optimiste et je pense qu’ à l’avenir, les autres pays de la région, à la stricte condition que les critères d’adhésion seront remplis, auront l’occasion de devenir des membres de la famille européenne sur le même pied d’égalité avec les autres membres.  En janvier 2014, le début de notre présidence coïncidera avec l’ouverture des négociations pour l’adhésion de la Serbie. Il s’agit d’une évolution positive à laquelle nous contribuerons également.


JOURNALISTE : Que pensez-vous des risques liés à l’émergence de forces anti-européennes au sein du parlement européen en vue des élections européennes de 2014?

D. KOURKOULAS : Je suis profondément préoccupé par la perspective de la formation d’un front anti-européen au sein du Parlement européen et encore plus par le risque que des forces politiques anti-démocratiques fassent leur entrée au parlement. L’heure est venue pour le rassemblement des forces pro-européennes  et, bien entendu,  des forces  qui croient aux valeurs fondamentales de l’Europe, de la démocratie et des droits de l’homme. Il serait une honte pour l’idée de l’Europe d’élire des représentants provenant du pays où la démocratie a pris naissance, lesquels font de façon flagrante la propagande en faveur des perceptions nazies et racistes. Les élections européennes constituent un défi, mais aussi une opportunité. Il est vrai que l’idée de l’intégration européenne a été historiquement légalisée en raison des résultats qu’elle avait apportés. Quand les résultats étaient positifs, le soutien des citoyens européens a été acquis. Malheureusement, cela n’est pas le cas aujourd’hui. Par conséquent, le défi pour les amis de l’Europe est actuellement de remporter une victoire au niveau des idées, mais aussi de sauvegarder le modèle social qui constitue le fondement de la cohésion sociale.

JOURNALISTE : Que pense la Grèce des bouleversements au Moyen-Orient et en Afrique du nord ? Comment pourrons-nous surmonter la crise en Egypte et en Syrie ?

D. KOURKOULAS : Les services du ministère des Affaires étrangères suit de près les évolutions dans la région élargie. Et ce non pas seulement pour des motifs de voisinage,  mais aussi en raison des liens historiques et culturels que nous entretenons avec des pays spécifiques. Pour ce qui est plus particulièrement de la Syrie, il existe un facteur supplémentaire qui suscite des préoccupations, celui de la sécurité de la communauté historique orthodoxe grecque. La position grecque est qu’il n’existe pas de solution  militaire et que celle-ci ne doit être que politique. Par conséquent, nous soutenons les efforts consentis par le médiateur spécial des Nations Unies  dans ce sens.
Dans le cas des pays de l’Afrique du nord et dudit printemps arabe, nous avons soutenu d’emblée les efforts en faveur de la démocratisation et de la stabilisation. Nous avons une coopération étroite avec nos partenaires européens et les instances européens et nous contribuons de manière positive aux efforts visant à la stabilisation. Nous suivons de près les évolutions en Egypte, un pays avec lequel nous entretenons des liens d’amitié de longue date et lequel joue un rôle de premier plan dans le monde arabe. Comme le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, M. Evangelos Vénizélos  l’avait affirmé lors du Conseil des Affaires étrangères en juin, l’UE transmet un message clair et particulièrement constructif aux autorités de transition de l’Egypte dont la mission  est de restaurer les instances et les processus démocratiques ainsi que d’assurer la participation de toutes les forces politiques et sociales du pays, sans aucune exclusion, à la reconstruction d’un pays aussi grand et important qu’est l’Egypte.

JOURNALISTE : Dans quelle mesure la découverte des gisements de gaz naturel a influé sur nos relations avec nos voisins en Méditerranée orientale ? Quelles sont les opportunités et quels sont les dangers qui en découlent ?

D. KOURLOULAS : La Grèce suit avec un grand intérêt les évolutions relatives à la découverte des gisements de gaz naturel à Chypre et en Israël et elle a, à maintes reprises, déclaré son intention de coopérer avec ces pays en vue de l’exploitation des quantités de gaz naturel extraites. Quoi qu’il en soit, la découverte d’hydrocarbures en Méditerranée orientale, constitue une source d’énergie nouvelle qui contribuera à la sécurité énergétique et au développement de la région. Il est évident que ces évolutions peuvent également renforcer l’importance géopolitique non seulement des pays  où des gisements sont découverts, mais aussi des pays à travers lesquels le gaz naturel sera transporté aux marchés internationaux. Le rôle de la Grèce revient au premier plan sur la scène des évolutions énergétiques, un rôle qui est d’autant plus renforcé par la décision récente sur le transit par notre pays du gazoduc TAP qui transportera le gaz naturel de la mer caspienne au marché européen.

Aout 11, 2013