Interview accordée par M. S. Lambrinidis au journal serbe « NOVOSTI » (07.09.11)

JOURNALISTE : La Grèce a lancé l’idée concernant l’intégration de l’ensemble de la région de l’Europe du Sud-est, y compris la Serbie, à l’UE d’ici à 2014, à l’occasion du 100e anniversaire depuis le début de la Première guerre mondiale. Dans quelle mesure cela est-il réalisable, vu la crise au sein de l’UE, les questions en suspens dans la région et les exigences de la Serbie, pour ce qui notamment du Kosovo ?

S. LAMBRINIDIS : L’idée derrière notre initiative politique, appelée « Agenda 2014 », laquelle s’inscrit dans le plongement de l’agenda de Thessalonique de 2003, était de faire de nouveau de l’élargissement de l’UE aux autres pays des Balkans occidentaux une priorité, non seulement de l’EU mais aussi des pays concernés. Je pense que cet objectif est d’ores et déjà en cours de réalisation, et cela n’était pas du tout évident. Pour ce qui est notamment de l’UE, permettez-moi de dire que d’après mon expérience personnelle en tant que député européen, le scepticisme était de mise et partout dominait le débat sur la « fatigue de l’élargissement ». Cette tendance négative est actuellement renversée, et ce, grâce aussi à notre initiative. Notre objectif est d’intensifier ce débat à travers des propositions bien précises afin que nous puissions en 2014 convoquer une réunion au Sommet entre l’UE et les Balkans occidentaux et décider définitivement de la perspective d’adhésion des pays de la région.

JOURNALISTE: Dans quelle mesure est-il réaliste que la Serbie obtienne le statut de pays candidat à l’UE d’ici à la fin de l’année courante ? Est-ce que les exigences concernant la suppression des institutions parallèles au Kosovo pourraient remettre en cause ces questions ?

S. LAMBRINIDIS: Cela est bien réaliste et je serai le premier au mois de décembre à saluer cette évolution. La Serbie a réalisé des progrès importants au cours des derniers mois. Notre message vers Bruxelles est justement le suivant, à savoir que ces évolutions devront se refléter dans le rapport de la Commission européenne qui devrait être publié en octobre. L’élan donné à la mise en œuvre des réformes doit être maintenu. Et dans le même temps, les efforts consentis pour un dialogue fructueux entre Belgrade et Pristina, doivent être poursuivis. Cela ne pourra que contribuer davantage au parcours européen de la Serbie.

JOURNALISTE: Est-ce que les pressions exercées sur la Grèce afin que cette dernière reconnaisse l’indépendance du Kosovo sont de plus en plus accrues, puisque elle figure parmi les cinq pays de l’UE qui refusent de le faire ?

S. LAMBRINIDIS: Aucune pression n’est exercée et aucun résultat ne pourrait être atteint par ce moyen car la Grèce est traditionnellement fidèle à une politique de principes auxquels elle demeure attachée. C’est une politique en faveur de la consolidation de la paix, de la sécurité et de la prospérité dans la région. Les relations de bon voisinage et la coopération régionale sont nos premières priorités. Notre pays ne reconnaît pas la déclaration d’indépendance unilatérale du Kosovo. Toutefois, cela ne nous empêche pas de nous employer à rapprocher les deux parties et à soutenir le dialogue entre Belgrade et Pristina.

JOURNALISTE: La situation au nord du Kosovo est très intense, après les actions unilatérales de Pristina. Etes-vous préoccupés par la situation dans la région pour ce qui est de la sécurité?

S. LAMBRINIDIS: Les actions unilatérales mettent en danger la sécurité dans la région et nous sommes évidemment préoccupés par la montée des tensions à laquelle nous avons assisté vers la fin du mois de juillet au Kosovo. Le dialogue est le seul cadre dans lequel pourraient être réglés les différends et l’Union européenne a prouvé sa capacité à contribuer dans ce sens. Je constate avec satisfaction que les pourparlers de la semaine dernière à Bruxelles ont apporté un résultat en faveur de la baisse des tensions.

JOURNALISTE: Dans quelle mesure le secteur bancaire de la Grèce est-il sûr, vu la crise de la dette à laquelle est confronté le pays ?

S. LAMBRINIDIS: Le système bancaire grec est sain et solide. Les récentes évolutions telles que la fusion de deux grands groupes bancaires auront des conséquences positives qui seront également ressenties au-delà des frontières grecques et les décisions du 21 juillet sont venues, au moyen des fonds et de la liquidité accordés, renforcer le secteur bancaire. Tant en Serbie que dans toute la région des Balkans, les banques grecques disposent d’importantes parts du marché bancaire, elles ont investi d’importants capitaux et emploient des milliers de personnes. Cette extraversion dont les banques grecques ont fait preuve au cours de deux précédentes décennies, est la source de leur puissance et la garantie la plus crédible pour l’avenir.

JOURNALISTE: Dans quelle mesure est-il réaliste que la Grèce sorte de la crise, vu notamment que les plus grandes économies de la zone euro émettent des réserves à l’égard de la façon dont une aide pourrait être apportée aux économies des pays en difficulté ?

S. LAMBRINIDIS: Nous avons élaboré un plan de réformes et d’adaptations budgétaires à la fois ambitieux et dur pour le peuple grec. Et nos partenaires européens, par leurs décisions lors de la réunion au sommet du 21 juillet, nous ont accordé le temps nécessaire afin que ces mesures apportent des résultats. L’Union a eu de bons reflexes, même s’il y avait un certain retard dans sa réaction. La responsabilité et la solidarité sont les deux principaux ingrédients de notre Union. Entre l’effondrement et l’approfondissement de l’Union, ils ont opté pour le premier. C’est à cette Union que vous allez vous-aussi participer et la Grèce fera tout ce qui est en son pouvoir afin que ce jour ne tarde pas à venir.

Septembre 7, 2011