JOURNALISTE : La discussion au sujet d’élections anticipées est encore au goût du jour. Est-ce que la question des élections anticipées se pose toujours ?
Ν. XYDAKIS : Non, je n’entrevoie pas une telle possibilité.
JOURNALISTE : Ces derniers jours – et de la bouche d’Alexis Tsipras – la question des réparations allemandes est au cœur de l’actualité. Est-ce que le gouvernement fera des démarches pour pouvoir revendiquer ces réparations ? Si oui, par quels moyens ?
Ν. XYDAKIS : La question des réparations allemandes est avant tout une question d’éthique. La Grèce a beaucoup sacrifié dans la lutte contre le fascisme. Il faut rétablir la mémoire des personnes qui ont péri. L’autre partie doit le reconnaître. En ce qui concerne la revendication des réparations allemandes et du prêt imposé par l’occupant nazi, la Grèce a, pour la première fois, une stratégie nationale concertée. Suite à l’initiative et grâce à la coordination de l’effort du Parlement hellénique où une commission bipartite a été mise sur pieds en décembre dernier, il existe un texte de conclusions qui définit des orientations. Ce texte a été rédigé à l’unanimité et constitue un guide de nos efforts et de la documentation d’autres services de l’Etat. Le gouvernement grec fera tout ce qu’il doit faire au niveau diplomatique, avant tout, et juridique – si nécessaire – afin que cette dette historique puisse être honorée.
JOURNALISTE : Comment qualifieriez-vous la position de la Turquie vis-à-vis de la Grèce tout de suite après la tentative de coup d’Etat ?
Ν. XYDAKIS : Le coup d’Etat a semblé accélérer des situations larvées. Il y avait des signes de durcissement après la tentative. Il ne faut pas oublier par exemple les poursuites engagées contre les journalistes. Par ailleurs, nous avions et avons toujours les poursuites engagées contre des Kurdes tandis qu’à l’heure actuelle le parti kurde de gauche, le HDP risque d’être hors la loi. Aux actions antidémocratiques, comme la tentative récente de coup d’Etat, la meilleure réponse est l’élargissement et la consolidation de la démocratie. En Grèce nous avons l’expérience de la période marquant la transition de la dictature à la démocratie, en 1974. Plus de libertés, un contrôle démocratique plus substantiel sont l’héritage de cette période. Il pourrait en être de même en Turquie. Il y a toutefois la crainte que la Turquie devienne un Etat mettant un accent disproportionné sur la notion d’identité religieuse. Une telle évolution de semble pas particulièrement positive pour le pays voisin. L’instabilité est accompagnée de recul de la part du gouvernement turc, par rapport aux pas en avant qui ont été faits. Dans un cadre plus large, la rhétorique inhabituellement plus dure vis-à-vis de l’Europe et les signes montrant que la question migratoire est utilisée comme un outil peuvent constituer un aspect de ce changement. Néanmoins, il semblerait qu’à l’heure actuelle la Turquie a davantage besoin de l’Europe que l’Europe de la Turquie. Mais il ne faut pas dresser de conclusions hâtives. La Turquie est un acteur fort dans la région élargie et un membre de l’OTAN et cela ne peut difficilement changer.
JOURNALISTE : Par crainte de voir les flux migratoires augmenter, le gouvernement a-t-il demandé l’aide de ses partenaires européens ?
Ν. XYDAKIS : Nous étudions toutes les possibilités afin que nous puissions être prêts. Comme vous savez, à l’heure actuelle la position de l’Europe vis-à-vis de la question migratoire n’est pas seulement influencée par l’axe Allemagne – pays scandinaves qui préconisent l’adhésion, ni par l’Italie et la Grèce qui sont des pays d’entrée et ont l’expérience de la crise migratoire. Au niveau européen, il y a les pays de l’Europe centrale et du groupe de Visegrad qui ne manquent pas une occasion d’ériger des murs même lors de l’application des accords du Conseil européen.
Pour notre part, nous avons dit à plusieurs reprises que la question des réfugiés constitue un phénomène historique qui requiert une approche européenne concertée. Par ailleurs, une solution plus permanente requiert le retour de la politique en Europe, de sorte que l’UE puisse jouer son rôle de stabilisation après les interventions fragmentées ou catastrophiques et dans des pays comme l’Irak et la Libye, ou après la non-intervention pacifique en Syrie.
JOURNALISTE : Vous estimez que les mesures de confiance qui ont été signées avec Skopje ont amélioré les relations bilatérales ?
Ν. XYDAKIS : Les mesures de confiance sont encore une fois la preuve que les deux pays peuvent coexister et discuter de manière harmonieuse dans un environnement particulièrement instable. La question toutefois est la bonne volonté réciproque. Il est temps que l’ARYM abandonne les extrémismes supranationalistes. Les abus idéologiques de l’histoire et les irrédentismes ne sont d’aucun service au peuple et sont souvent à des fins politiciennes internes. Au niveau bilatéral, nous avons, jusqu’à une période, une bonne coopération dans la lutte contre la question migratoire. Avant que les barbelés ne se dressent, il n’y avait aucune tension entre la Grèce et l’ARYM au sujet de la question des réfugiés. Ceci est positif. L’objectif est toujours la résolution des différends afin que nous puissions avancer dans l’avenir avec un sentiment de compréhension mutuelle et d’amitié.
Aout 20, 2016