JOURNALISTE : Dans quelques jours vous fêterez un an à la tête du ministère des Affaires étrangères. Pouvez-vous faire le bilan de votre mandat?
D. AVRAMOPOULOS : Au cours de cette dernière année, la diplomatie grecque a systématiquement été active, se fixant comme objectif de restaurer l'image du pays ternie par la crise économique. Dans le même temps, elle a œuvré méthodiquement, contribuant, entre autres, à créer le climat approprié, au niveau international pour renforcer l'internationalisation de l'économie grecque, attirer des investissements et renforcer nos relations avec des partenaires importants de la zone euro. Les résultats de cette stratégie commencent à se faire sentir. La crédibilité du pays est renforcée, tout le monde parle même de Grecovery et non de Grexit, la Grèce devient active, elle attire des investisseurs étrangers et crée les conditions appropriées pour permettre la reprise de l’économie et la revalorisation du pays en un carrefour commercial et énergétique. Grâce à une politique d’initiatives visionnaire et dynamique, la Grèce ouvre de nouvelles voies de communication, renouvelle des amitiés traditionnelles et en établit de nouvelles, tout en renforçant sa position sur l'échiquier international, en sauvegardant et en promouvant ses intérêts.
JOURNALISTE : Vous avez participé aux visites du Premier ministre en Chine et en Azerbaïdjan. Vous vous êtes rendu en Israël dans la semaine pour la même raison et aussi en Palestine. Êtes-vous satisfait de ces deux premières visites et qu’attendez-vous du voyage du Premier ministre à Tel Aviv?
D. AVRAMOPOULOS : Les visites du Premier ministre en Chine et en Azerbaïdjan, mais aussi sa visite en Israël et Palestine ont été couronnées de succès. Dans une conjoncture économique difficile, la diplomatie grecque transmet dans toutes les directions le message suivant, à savoir que la Grèce reprend du terrain et retrouve sa puissance. Elle se tourne vers l’extérieur et devient un important pôle d’attraction pour les investissements. En Chine, nous avons jeté les bases pour élargir notre coopération économique, attirer des capitaux qui créeront de nouveaux emplois et la coopération stratégique avec un pays qui est une superpuissance économique et l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.
En Azerbaïdjan nous avons promu le projet de construction du gazoduc TAP et si ce dernier est choisi, la Grèce sera trouvée au centre de la carte énergétique de la région, la sécurité énergétique de l’Europe sera renforcée tandis que ce projet créera 2.000 et 10.000 emplois directes et indirectes respectivement sur le marché grec.
En Palestine nous avons renouvelé notre soutien à la demande juste du peuple palestinien pour le règlement de la question du Moyen-Orient ce qui créera un environnement de sécurité en Israël et prévoira la création d’un Etat palestinien. En Israël nous avons jeté les bases pour renforcer notre coopération stratégique et nous sommes convenus d’étendre cette coopération dans les domaines de la défense, de l’énergie, du tourisme, de l’agriculture, de la recherche et de la technologie et de l’économie en général. Toutes ces questions seront abordées en détail lors du Conseil intergouvernemental Grèce-Israël qui sera convoqué dans l’avenir proche.
JOURNALISTE : Vous êtes à la tête d’un des plus importants ministères. Les défis sont quotidiens. Est-ce que notre stratégie à l’égard de la Turquie et de Skopje devrait être plus sévère?
D. AVRAMOPOULOS : La stratégie que nous suivons sur l’échiquier international en général, mais aussi à l’égard de la Turquie et de Skopje plus particulièrement, est la plus appropriée et ne permet aucune interprétation erronée. Cette stratégie est façonnée en fonction des intérêts de notre pays et conformément aux principes du droit international. Je vous assure que toute action et toute déclaration de notre part est le produit d’une planification et d’une étude extensive et attentive ainsi que de longues consultations. Nous demeurons attachés à nos principes fondamentales et dans le même temps nous encourageons le changement d’attitude de nos voisins tout en leur donnant, dans le cadre de l’UE, des incitations afin qu’ils s’adaptent aux principes du bon voisinage et aux critères européens de Copenhague, car tout simplement nous pensons que cela est en faveur de la stabilité de notre région et au profit des intérêts nationaux de notre pays.
A ce stade, je voudrais signaler l’importance particulière de la réunion du Conseil de coopération de haut niveau Grèce-Turquie qui s’est tenue à Istanbul en mars dernier car lors de cette rencontre nous avons pu jeter les bases pour revaloriser de manière substantive la coopération gréco-turque. La réunion conjointe des conseils ministériels Grèce-Turquie est une évolution d’importance historique ayant une influence positive tant sur la stabilité régionale que sur les relations gréco-turques et répond à la volonté commune des deux peuples en faveur de la paix et de la coopération.
JOURNALISTE : Est-ce qu’il y aura des développements relatifs à la question de Skopje?
D. AVRAMOPOULOS : Notre volonté en faveur du règlement de la question est bien connue de tous, tout comme notre attachement aux principes et aux critères qui doivent être remplis à travers une solution mutuellement acceptable. La Grèce a d’ores et déjà fait des pas attestant qu’elle participe aux négociations menées sous l’égide de l’ONU en faisant preuve de bonne foi en vue de parvenir à une solution. Malheureusement, Skopje ne fait pas de même et doit décider une fois pour toutes de renoncer à son passé balkanique et d’œuvrer de manière constructive pour son avenir européen.
JOURNALISTE : Est-ce que vous pensez que le fait que l’entreprise publique de gaz naturel, DEPA, passe aux Russes et avec les alliances établis avec Moscou, Pékin, Baku et Tel Aviv, les problèmes géostratégiques sont résolus ou tout cela crée plus de problèmes?
D. AVRAMOPOULOS : La privatisation de la DEPA est un processus ouvert à la participation de tous et l’issue de l’appel d’offres, qui n’est pas mené sur la base des critères géopolitiques mais strictement économiques, n’est pas acquise d’avance. Indépendamment de cela, j’aimerais signaler qu’il n’existe pas de pays occidental qui ne coopère avec la Chine, la Russe, Azerbaïdjan et Israël. Par conséquent, l’élargissement de la coopération de la Grèce avec ces puissances économiques émergentes ne crée aucun problème car celles-ci sont pleinement intégrées dans toutes les institutions économiques internationales multilatérales.
Juin 1, 2013