JOURNALISTE : Giorgos Papakonstantinou a été traduit devant la Cour spéciale. N’est-ce pas ?
D. AVRAMOPOULOS : Il faut faire toute la lumière sur cette affaire. Le gouvernement n’a rien à craindre. Une fois que toutes les procédures institutionnelles prévues au niveau de la justice et du parlement seront suivies, il faut mettre tout au grand jour. Il faut mettre les personnes impliquées devant leurs responsabilités, réparer les dégâts économiques subis par le secteur public mais surtout, dissiper la méfiance d’une grande partie malheureusement de l’opinion publique qui pense que derrière cette affaire il y a une conspiration, un complot et une omerta ce qui fait que les dirigeants politiques du pays restent hors de portée des tirs.
JOURNALISTE : Evangelos Venizelos n’a-t- il pas des responsabilités politiques pour ce qui est de la façon dont il a géré l’affaire relative à la liste ?
D. AVRAMOPOULOS : Le Président du PASOK a soutenu la décision de la Commission d’enquête parlementaire.
JOURNALISTE : Est-ce que l’ancien Premier ministre, G. Papandréou sera appelé à déposer devant la Commission qui sera mise en place au sein du parlement ?
D. AVRAMOPOULOS : C’est à la Commission d’en décider.
JOURNALISTE : Est-ce qu’il existe aussi d’autres listes qui n’ont pas encore fait l’objet d’une enquête…
D. AVRAMOPOULOS : Je le répète, il faut mette toutes les affaires au grand jour. La pierre angulaire pour la restauration de la confiance entre les hommes politiques et les citoyens est la nécessité d’élucider ces affaires et de punir les responsables.
JOURNALISTE : Quelles sont les priorités nationales pour 2013 monsieur le ministre ?
D. AVRAMOPOULOS : Parallèlement à la stabilisation et au redressement de l’économique, faire en sorte que notre pays regagne sa place en tant que facteur européen de stabilisation en Europe du Sud-est, en Méditerranée orientale et au Moyen-Orient. La Grèce fera partie du noyau dur de l’Europe, au sein de la zone euro mais aussi au sein d’entités de coopération supranationales. Je pense que tous nos voisins ont reçu ce message. L’assainissement des finances publiques, le renforcement de la compétitivité de notre économie et une politique étrangère active sur tous les fronts, bilatéraux et régionaux, sont non seulement des priorités mutuellement exclusives mais tout à fait complémentaires.
JOURNALISTE : Est-ce que le premier trimestre de 2013 sera un « crash test » pour le gouvernement de coalition ?
D. AVRAMOPOULOS : Le pari de la crédibilité pour ce qui est du respect des engagements que nous avons assumés, ne constitue pas un défi « comptable » pour le versement de la tranche d’aide. Il s’agit d’un défi pour la solvabilité et la crédibilité de l’Europe mais aussi pour notre détermination au niveau national. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons améliorer notre position au sein de l’Europe et participer de manière active au parcours ultérieur de l’intégration. Dans ce sens, il s’agit bien d’un crash test sur tous les fronts, intérieur, européen et international.
JOURNALISTE : Voteriez-vous pour de nouvelles mesures d’austérité si les objectifs ne sont pas atteints ?
D. AVRAMOPOULOS : Non, cela n’est pas le cas. Par ailleurs, les mesures d’austérité ultérieures sans relancer l’économie auraient conduit à un cercle vicieux de chômage massif et d’instabilité sociale et politique. Je pense qu’au sein de la zone euro toutes les conditions sont réunies pour exercer une politique plus diversifiée.
JOURNALISTE: Est-ce qu’un remaniement du gouvernement est nécessaire ?
D. AVRAMOPOULOS : Les remaniements sont utiles dès lors qu’il faut redéfinir les priorités et élaborer de nouveaux plans d’action dans des domaines critiques de la mission du gouvernement. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un privilège institutionnel du Premier ministre.
JOURNALISTE : Est-ce que le parti de la Nouvelle Démocratie doit accueillir de nouveau ses anciens députés et cadres qui quittent actuellement le parti des Grecs Indépendants ?
D. AVRAMOPOULOS : Toutes les indications montrent que la fracture est profonde et il serait une erreur d’envisager en termes personnels les défis, les processus, les transgressions, les convergences et les divergences politiques. Il faut d’abord constater les maturations et les évolutions ultérieures et le reste viendra.
JOURNALISTE: Est-ce que la sonnette d’alarme a été tirée au niveau européen, sous le gouvernement de Samaras ou de la Nouvelle Démocratie, pour ce qui est de l’élargissement ?
D. AVRAMOPOULOS : La ligne de division entre la perspective européenne des réformes et des fractures d’une part et l’inertie d’autre part est d’ores et déjà évidente. Toutefois, il ne faut pas conjecturer l’issue d’une dynamique qui est en pleine évolution.
JOURNALISTE : Est-ce que vous êtes préoccupés par le fait que les électeurs de la Nouvelle Démocratie s’éloignent de celle-ci et se rapprochent du parti de l’Aube Dorée. De quelle façon doit être envisagé le parti de Nikos Mihaloliakos ?
D. AVRAMOPOULOS :Tant que nous menons à bien notre travail et nous sommes efficaces, rien ne peut nous préoccuper. Autrement, le désenchantement du corps électoral conduira toujours à des choix extrêmes. S’agissant de la façon dont on doit envisager ce parti, je pense qu’il faut faire preuve de tolérance zéro à l’égard de tous ceux qui ne respectent pas la constitution et la légalité pénale.
JOURNALISTE : La zone économique exclusive a été le cheval de bataille durant la période préélectorale. Pourquoi cette question a été gelée ? C’est à cause des menaces de la Turquie ?
D. AVRAMOPOULOS : Personne ne peut nous menacer quand il s’agit des droits souverains d’un pays. La Grèce a la capacité et la détermination de protéger ses droits et intérêts qui sont sauvegardés par le droit international, dans l’intérêt du peuple grec. Le gouvernement procède de manière méthodique et efficace à la réalisation de ses engagements et à l’application de son plan stratégique en accomplissant un travail de préparation responsable et approprié. Et je vous assure que le gouvernement saisit toutes les opportunités offertes, la preuve tangible étant les progrès réalisés au niveau des recherches sismiques en mer Ionienne et au sud de Crète.
JOURNALISTE : La semaine prochaine l’envoyé spécial de l’ONU, M. Nimetz effectuera un déplacement à Athènes et à Skopje. Quelle est la ligne rouge du gouvernement grec ?
D. AVRAMOPOULOS : Athènes est en faveur d’une solution qui respectera ses positions nationales immuables, l’histoire et la civilisation de chaque pays et renforcera la stabilité et la sécurité régionales. Dans les conclusions du Conseil des ministres du 11 décembre 2012, nos partenaires ont envoyé pour la première fois un message différent à Skopje. A savoir, la condition à l’ouverture des négociations d’adhésion est le règlement d’éventuelles questions en suspens en matière de bon voisinage, y compris, dans le cas en question, l’atteinte d’une solution à la question du nom. La tournée de Nimetz en tant que telle, est une évolution souhaitable, dans la mesure où celle-ci pourra créer les conditions favorables pour la réalisation des progrès à la question du nom. C’est le résultat de notre initiative pour la signature du protocole d’accord entre les deux pays qui a définit les paramètres de la solution.
JOURNALISTE : Vous avez annoncé de concert avec Ahmet Davutoglu que le Conseil de coopération de haut niveau serait réuni en janvier. Mais, apparemment la réunion a été remise à plus tard, au moi de mars ou… Pourquoi le déplacement du Premier ministre en Turquie a été rapporté ? Est-ce que les déclarations Erdogan ont joué un rôle à cet égard, comme la dernière dans laquelle il a dit que la Grèce était un pays qui vendait ses îles ?
D. AVRAMOPOULOS : La convocation du Conseil de coopération de haut niveau et la visite du Premier ministre en Turquie se réaliseront. S’agissant des déclarations en question, j’ai pris position et le message a clairement été transmis à la Turquie. Nous souhaitons la stabilité et la prospérité économique de tous nos voisins, en tant que condition nécessaire à leur attitude confiante et réaliste sur la scène internationale. Nos relations bilatérales avec tous nos voisins sont définies par le principe de respect mutuel. Il est important que nos voisins comprennent les sensibilités des pays voisins et qu’ils le montrent.
Janvier 6, 2013