Seul le prononcé fait foi.
JOURNALISTE : Si la grève générale est au cœur de l’actualité d’aujourd’hui, nous avons une très bonne raison pour modifier un peu l’agenda de notre discussion car nous avons le plaisir de nous entretenir avec le ministre des Affaires étrangères, M. Dimitris Avramopoulos qui est à l’autre bout du fil et avec le quel nous allons aborder une autre question qui a un impact direct pour la Grèce, à savoir la réélection d’Obama.
D. AVRAMOPOULOS : Cela n’influe pas seulement sur la Grèce mais aussi, à travers les relations Amérique-Europe, sur tout ce qui se passe au niveau de l’économie. Tout d’abord, bonjour à vous et à tous vos auditeurs. Et j’aimerais aussi vous souhaiter tout le succès pour votre émission.
JOURNALISTE: Je vous remercie beaucoup. Par ailleurs, nous sommes les deuxièmes à vous accueillir dans notre émission, car, si je ne m’abuse pas, vous avez déjà fait une déclaration sur la réélection du candidat des Démocrates, de M. Barack Obama à la chaîne Reuters.
D. AVRAMOPOULOS: Oui, c’est vrai. Tout d’abord nous avons transmis au Président Obama nos félicitations et j’ai particulièrement souligné dans ma déclaration l’esprit des déclarations faites ce matin par le Président Obama. Il a lui même donné l’exemple en matière de civilisation démocratique et politique. Mais son adversaire aussi, M. Romney a fait la même chose. Finalement, aux Etats-Unis où la démocratie, bien entendu, fonctionne et en dépit du fait que les campagnes électorales sont féroces au niveau de la confrontation, les moeurs politiques sont de très haut niveau, ce qui atteste du degré de réussite de la démocratie dans la pratique. Quoi qu’il en soit, j’ai eu aussi l’occasion d’évoquer nos relations bilatérales, à savoir les relations entre la Grèce et les Etats-Unis qui sont les meilleurs possibles ce dernier temps. Rappelons que nous sommes d’anciens amis, de véritables amis…
JOURNALISTE: Mais vous avez visité les Etats-Unis un peu avant les élections.
D. AVRAMOPOULOS: Oui, j’avais visité le pays en ma qualité de ministre de la Défense nationale suite à l’invitation de mon collègue, M. Panetta. Mais aussi, tout récemment, dans le cadre des travaux de l’Assemblée générale de l’ONU, en marge de laquelle je me suis entretenu avec Hillary Clinton.
A cette occasion j’aimerais dire quelque chose. Sans aucun doute, le prestige international de notre pays a été entaché et nous déployons d’efforts laborieux, en fonction d’un plan et d’une stratégie bien précis, en vue de redonner à la Grèce la place qu’elle mérite sur la scène internationale.
Cela dit, toutefois, notre pays demeure un facteur stable et stabilisateur pour la région élargie, en assumant, au nom de la légalité internationale des missions, mais aussi dans le cadre de nos obligations conventionnelles vis-à-vis de l’OTAN, et toujours en fonction des principes régissant le fonctionnement de cette Organisation et de l’Organisation des Nations Unies.
Il existe toutefois un autre facteur, la communauté grecque qui dernièrement suit avec un grand intérêt et inquiétude les événements en Grèce et elle éprouve de l’amertume en voyant l’image internationale de notre pays se ternir et elle veut offrir sa contribution. Et ce à travers toute une série de programmes et d’initiatives dont la plupart portent sur nos relations bilatérales avec les Etats-Unis. Une dernière remarque, mais pas de moindre importance, sur la réélection du Président Obama, au-delà des déclarations qui ont été faites. La réélection d’Obama coïncide avec cette détérioration dramatique de la situation dans la zone euro. Vous voyez ce qui se passe en Espagne, en Allemagne, en Italie où le gouvernement Monti voit son mandat expirer lors des élections du printemps et en France où domine un climat alourdi. Face à cette situation, le Président Obama fera preuve de maturité et d’efficacité. Coordination de la zone euro avec les Etats-Unis ce qui est le choix principal de Washington…
JOURNALISTE: Tel est l’objectif.
D. AVRAMOPOULOS: Il est clair que l’intervention de l’Amérique dans la zone euro est une priorité immédiate car, vu les évolutions dans la région élargie, l’inaction pourrait conduire à un effondrement de l’économie mondiale. Je dis tout ça car le Président Obama devra également gérer cette question. Il devra aussi gérer les relations avec la Russie. Le rôle que jouera la Russie dans le futur dépend aussi des relations des Etats-Unis avec la Russie mais aussi des relations avec la Chine et, enfin, de sa propre capacité à participer au façonnement des évolutions au Moyen-Orient.
JOURNALISTE: Tel est l’agenda du Président Obama. Toutefois…
D. AVRAMOPOULOS: Oui, plus ou moins. Il y aussi d’autres questions, des questions sociales, des réformes à l’intérieur du pays…
JOURNALISTE: Il a aussi de nombreuses questions à gérer à l’intérieur et à l’extérieur. Mais, pour nous, pour la Grèce, l’agenda politique des Démocrates ou des Républicains pour la période à venir, est-il favorable ?
D. AVRAMOPOULOS: L’agenda politique, et nous devons être réalistes à cet égard, pour ce qui est des relations bilatérales n’a aucune différence d’un parti à l’autre. Tout est défini, au moins au niveau de la politique étrangère américaine, par sa propre stratégie.
JOURNALISTE: Oui, mais il existe toutefois de l’introversion…
D. AVRAMOPOULOS: Ce que j’ai tout à l’heure dit concernant les relations gréco-américaines et le rôle de notre pays dans la région élargie, en tant que facteur de stabilité, pourrait être aussi valable dans le cas d’un autre résultat électoral. Pendant le premier mandat du Président Obama nos relations bilatérales ont été revalorisées en atteignant le niveau le plus élevé possible que ne l’ont jamais connu les relations gréco-américaines pendant toute cette période qui a suivi la chute de la dictature en Grèce et le retour à la démocratie. Cela montre que nous avons pris la bonne voie et sont nombreuses les choses que nous devons faire et ferons ensemble. L’Amérique est un facteur très important pour la stabilité et la sécurité mondiales et peut contribuer dans ce sens dès lors que le niveau de nos relations est de nouveau très bon et que nos relations sont revalorisées, au profit aussi de nos affaires nationales.
JOURNALISTE: Bien. Nous avons eu le plaisir et l’honneur de nous entretenir avec le ministre des Affaires étrangères, M. Dimitris Avramopoulos. Avant de vous dire au revoir, j’aimerais vous demander quelles sont vos prévisions pour le résultat du vote qui aura lieu le minuit.
D. AVRAMOPOULOS: J’ose espérer que la prudence et la responsabilité à l’égard de la patrie domineront ce soir et que nous pourrons franchir cette première étape en adoptant ces mesures. Ce sont des mesures pénibles et dures qui annoncent, avec le budget qui sera, sans aucun doute, voté le dimanche, une période difficile qui marquera toutefois la sortie de notre pays de la crise.
L’entente, la sérénité sociale et la coopération sont indispensables. Nous sommes tous dans le même bateau. Nous savons ce qui s’est passé et nous avons tous donné nos propres interprétations pour ce qui est des causes qui ont amené notre pays à la situation actuelle toutes ces années.
Permettez-moi de dire toutefois que les choses seraient bien différentes si trois ans avant nous avions fait ce que les Italiens avaient fait. Je l’avais affirmé à l’époque et je le répète aujourd’hui. Nous aurons dû former un gouvernement d’unité nationale dès les premiers moments de la crise. Certains d’entre l’avaient affirmé, nous l’avons affirmé à haute voix, mais malheureusement personne ne nous a écouté et nous avons perdu beaucoup de temps.
Mais le gouvernement actuel est bien conscient de sa responsabilité vis-à-vis du pays et de la mission importante qu’il doit accomplir. C’est comme si l’on gouvernait ce pays en plein milieu d’une guerre. Je voudrais vous assurer que nous, et tout d’abord le Premier ministre, faisons tout ce qui est en notre pouvoir afin d’offrir de nouveau une perspective au peuple grec et à nous tous et tracer la voie vers un avenir plus optimiste.
JOURNALISTE: Monsieur le ministre, je vous remercie beaucoup pour cette conversation.
D. AVRAMOPOULOS: Je vous remercie aussi. Au revoir.
JOURNALISTE: Au revoir.
Novembre 7, 2012