JOURNALISTE : Quels sont les dossiers principaux qui seront abordés lors de l’imminente réunion entre les deux gouvernements ? Qu’attend la partie grecque des consultations dans le cadre des conseils ministériels ? Est-ce que des accords précis seront signés ?
D. AVRAMOPOULOS : Les relations gréco-bulgares sont un modèle de coopération, notamment dans notre voisinage. Elles sont la preuve tangible de la puissance du projet européen et de sa capacité à jouer le rôle de catalyseur en faveur de la paix, du progrès et du développement.
J’espere que les autres voisins adopteront ce meme esprit et coopereront avec nous afin de construire une nouvelle Europe du Sud-est, qui fera partie integrante de la famille europeenne. Les relations entre les Etats de la region ne sont pas definies par les conflits du passe, mais par des projets en faveur de la paix et du developpement et par une vision commune pour l’avenir. L’histoire du peuple bulgare remonte aux temps les plus recules. Comme tous les peuples de la region, le peuple bulgare a egalement vecu des periodes difficiles qui l’ont marque sans pour autant l’empecher d’aspirer a un avenir different, un meilleur avenir au sein de l’Europe unie.
C’est un peuple travailleur, fier et déterminé. Lorsque les frontières ont été ouvertes et que l’ancien régime s’est effondré, des milliers de citoyens bulgares sont venus en Grèce à la recherche d’une nouvelle vie. Et ils y sont parvenus. Ils ont prospéré et bon nombre d’entre eux vivent toujours en Grèce qu’ils considèrent comme leur deuxième patrie. De nombreux Grecs ont aussi fait des investissements et vivent et travaillent en Bulgarie tout en contribuant au développement et au progrès des deux pays.
La deuxième réunion du Conseil de coopération de haut niveau Grèce- Bulgarie qui se tient à Athènes, lundi, marque cet investissement mutuel de nos pays dans leur coopération bilatérale dans des domaines de plus en plus nombreux et importants. Nous sommes des pays alliés au sein de l’OTAN et partenaires au sein de l’Union européenne. Toutefois, cela ne signifie pas que nous ne valoriserons pas les immenses possibilités offertes par une coopération mutuellement profitable dans des domaines ayant un impact direct sur la vie quotidienne de nos citoyens, tels que l’environnement, le commerce et le tourisme. Le principal objectif du gouvernement grec est d’élargir et d’approfondir cette coopération stratégique entre la Grèce et la Bulgarie dans tous les domaines d’intérêt mutuel. Vu les consultations prévues, outres celles qui seront tenues au niveau des Premiers ministres et des ministres des deux pays, une série de questions seront examinées et d’importantes décisions seront prises. Enfin, le point culminant de notre dialogue sera une série d’accords qui seront signés et porteront sur, entre autres, l’éducation et la civilisation, les sports, le développement agricole, les radiofréquences et le tourisme.
JOURNALISTE : Que pensez-vous des dernières évolutions dans le domaine de l’énergie en Bulgarie, à savoir sa décision de ne pas participer au projet relatif à la construction de la centrale nucléaire de Belene, la signature d’un accord d’investissement sur le gazoduc « South Stream » et la décision de recourir à un référendum sur l’avenir de l’énergie nucléaire ?
D. AVRAMOPOULOS : Le choix d’utiliser l’énergie nucléaire est une décision très sérieuse et il est important que le peuple bulgare puisse exprimer sa volonté. S’agissant de l’énergie nucléaire, la Grèce a fait ses choix. Dans tous les cas, un pays qui choisit d’intégrer l’énergie nucléaire dans son bouquet énergétique doit respecter strictement les règles et la législation émanant du cadre contractuel international et des normes européennes. Par conséquent, il doit y avoir des contrôles aussi fréquents que réguliers, nécessaires à l’application des règles de sécurité ainsi qu’un suivi très strict des programmes et des installations.
Mais outre l’énergie nucléaire, la Grèce et la Bulgarie ont en général de grandes possibilités de coopération dans le domaine de l’énergie. Nous sommes des pays voisins, avec une position stratégique pour le transport d’hydrocarbures vers l’Europe. Il ne faut pas oublier que la Bulgarie, il y a quelques années, a été confrontée à des problèmes concernant la fourniture de gaz naturel en provenance du nord et la Grèce a immédiatement fait face aux pénuries, et ont permis de ce fait à nos amis bulgares d’avoir des maisons bien chauffées l’hiver. Cette expérience nous a enseigné que nous devons accélérer et approfondir notre coopération. Le South Stream est un projet important qui jouit du soutien de la Grèce, tout comme la connexion des gazoducs Grèce – Bulgarie, le TAP, et encore le gazoduc Burgas – Alexandroupolis qui est, selon nous, un projet utile pour notre voisinage et l’Europe.
JOURNALISTE : Les différends opposant Athènes et Skopje au sujet du nom et par voie de fait sur l’héritage culturel et historique de la région sont bien connus. Ces derniers temps, les différends entre Skopje et Sofia s’intensifient et concernent l’histoire et la civilisation de la région. Comment qualifiez-vous, d’après les dernières évolutions, la position de Sofia vis-à-vis des efforts de certains milieux à Skopje visant à altérer le passé et l’identité de la civilisation bulgare dans la région ?
D. AVRAMOPOULOS : Il est normal que chaque pays ait ses propres sensibilités pour certaines questions d’importance cruciale. Les positions grecques et bulgares sur la politique et l’attitude de Skopje sont bien connues. Nos sensibilités sont différentes. Toutefois, il existe une préoccupation commune sur la recrudescence de discours nationalistes et populistes et l’alimentation d’un climat d’intransigeance. Ces actions provocatrices ne sont pas conformes aux valeurs européennes, ni aux relations de bon voisinage, qui constituent la pierre angulaire du projet européen. Un pays qui déclare avoir des ambitions et une orientation européennes, comme l’Ancienne République yougoslave de Macédoine doit prouver dans la pratique qu’elle honore et respecte le principe des relations de bon voisinage. Et nous sommes ici pour la soutenir dans son nouveau cheminement, lorsque les conditions définies par l’acquis communautaire seront remplies.
JOURNALISTE : Quand le passage frontalier de Komotini - Kardzali devrait-il opérer ?
D. AVRAMOPOULOS : Les passages frontaliers entre les deux pays rapprochent nos sociétés. Ils sont importants pour le développement du commerce bilatéral, notamment au niveau local. Ils s’intègrent dans une planification à long terme visant à renforcer la coopération frontalière et la création d’avantages à effet multiplicateur pour les sociétés locales. Dans cet esprit, cinq passages sont déjà mis en opération. Nous avançons à pas réguliers et en dépit des difficultés qui se sont présentées, ledit passage frontalier est quasiment terminé.
JOURNALISTE : Quelles sont les conséquences de la crise économique en Europe et précisément en Grèce pour le développement des relations économiques bilatérales entre autres ?
D. AVRAMOPOULOS : L’Europe se trouve à un carrefour. Cette crise met tout d’abord à l’épreuve l’unité de l’Europe. L’union et la solidarité entre ses membres. Je suis certain que nous sortirons de la crise plus unis et plus forts. Et ensemble, nous bâtirons notre nouveau grand pays, l’Europe. Actuellement, les économies nationales sont étroitement liées. La connaissance, les technologies, l’argent n’ont pas de frontières. La prospérité et le niveau de vie élevé de l’Occident est diffusé dans les économies émergentes, tandis que la crise d’une banque ou d’un pays peut avoir des répercussions au niveau mondial.
Dans cet environnement mondial, la coopération, notamment avec les voisins, ne constitue pas seulement un choix, mais une nécessité impérieuse dans le cadre de la concurrence internationale. Notre coopération avec la Bulgarie est d’ores et déjà très élevée, mais cela ne signifie pas que nous devons nous reposer sur nos lauriers. Au contraire, nous devons profiter de toutes les occasions qui se présentent. Il est vrai que nous fonctionnons différemment. Les entreprises grecques sont devenues plus extraverties, à la quête d’opportunités d’affaires et de nouveaux marchés. Dans notre pays, les entreprises grecques sont pionnières. De cette façon, la Grèce regagne petit à petit sa compétitivité. Elle assainit et jette les bases solides de son économie. La Grèce retournera le jeu en sa faveur et gagnera. Et cette réussite profitera à la Bulgarie et à notre région élargie. Notre avenir est commun.
Décembre 17, 2012