Interview accordee par le ministre des Affaires etrangeres, S. Dimas au journal «Imerissia» et a la journaliste M. Spyraki

JOURNALISTE : La décision du 21 février a été saluée par Antonis Samaras qui l’a qualifiée de fenêtre d’opportunité. Toutefois, en dépit de la réduction drastique de l’endettement, nul ne saurait ignorer ni le mécanisme de surveillance permanente, ni l’obligation légale de servir en priorité la dette, ni encore le rapport des bailleurs de fonds qui estime que la Grèce est, en tant que pays, sujette aux accidents. Finalement, doit-on voir le verre à moitié plein ou bien le pire est-il à venir ?

S. DIMAS : Une occasion a été donnée à la Grèce. Et cette occasion il ne faut pas la perdre. L'effort ne sera pas facile. Et certes un accord ne peut pas plaire à tout le monde. Dorénavant, il y a certaines conditions fondamentales qui nous permettront de sortir du cercle vicieux de la récession. La première priorité du gouvernement de la Nouvelle Démocratie sera de mettre un frein à la récession, de garantir la reprise et la croissance, car c'est le seul moyen sûr qui permettra au pays de se remettre sur pieds le plus rapidement possible. Et cela peut redonner espoir et mettre en valeur le potentiel inexploité de la Grèce.

JOURNALISTE : De par votre expérience à la Commission européenne, j’aimerais que vous me répondiez de façon réaliste. Est-il possible de changer certains « ingrédients de la recette » pour réaliser les objectifs du Mémorandum ? En d’autres termes, est-ce que le gouvernement qui résultera des élections pourra demander une renégociation de cet accord ?

S. DIMAS : Le devoir du nouveau gouvernement sera de négocier. D’ailleurs c’est ainsi que fonctionne l’UE. Il n’y a aucune différence quant aux objectifs. La Grèce doit adapter ses dépenses à ses capacités réelles. Cela ne veut toutefois pas dire que les parts du gâteau doivent être réduites.
Au contraire, les parts de gâteau doivent être plus grandes. Cela est dans notre intérêt et dans celui de nos créanciers. Nous pouvons donc améliorer la recette et apporter de meilleurs résultats qui nous permettront de sortir plus rapidement de la crise.

JOURNALISTE : Le choix de la Nouvelle Démocratie de dire « oui » au deuxième Mémorandum a provoqué la radiation de certains députés de leur parti. Si certains d’entre eux n’insistent pas dans leur attitude, si par exemple ils votent en faveur de la loi d’application, pensez-vous qu’ils pourront réintégrer le parti après les élections ?

S. DIMAS : C’est le problème des organes de la Nouvelle Démocratie. Je pense que dans cet effort, personne n’est de trop. Encore faut-il faire clairement savoir que nous œuvrons tous en faveur du même objectif. Il faut qu'il y ait des positions claires.

JOURNALISTE : La Turquie a récemment été irritée par vos déclarations sur son attitude à l’occasion de la visite du SG de l’OTAN. Après la réunion conjointe des conseils ministériels et le rapprochement spectaculaire de ces deux dernières années, à quel stade en sont maintenant les relations de notre pays avec son voisin ? Y a-t-il un réel progrès ou bien est-ce que ces relations sont-elles seulement symboliques ?

S. DIMAS : Des avions turcs ont effectué des survols à la veille de l’arrivée du Secrétaire général de l’OTAN, le ministère turc des Affaires étrangères a menacé la République de Chypre pour l'exercice de ses droits souverains et ils ont également contesté des droits souverains grecs.
Ce sont nous qui sommes irrités. Cette attitude doit cesser car elle ne fait que provoquer des tensions dans la région. Il va de soi que nous allons réagir. La Grèce souhaite l'amélioration de ses relations avec la Turquie et il y a des possibilités réelles de coopération mutuellement avantageuse. Mais l'approfondissement de nos relations ne peut avoir lieu que sur la base du droit international et du respect de la souveraineté de chaque partie.

JOURNALISTE : Le Premier ministre de l’ARYM rencontrera M. Papademos. Toutefois jusqu’à aujourd’hui il n’y a aucun signe de bonne volonté de régler la question du nom. Le nouveau tour des contacts de M. Nimetz vous rend-il plus optimiste ou bien n’est-ce en réalité qu’un effort qui est fait en vue du sommet de l’OTAN à Chicago qui servirait d’excuse à nos voisins ?

S. DIMAS : Il n’y a pas d’excuse pour le gouvernement de Skopje et les décisions unanimes de l'OTAN sont valables dans leur intégralité. Nous les avons confirmées en décembre au Conseil des ministres. La Grèce a prouvé à la table des négociations qu'elle était en faveur d'une solution. Au contraire, Skopje n’a pas bougé d’un pouce durant toutes ces années et dans le même temps procède continuellement à des actions provocatrices. Tout le monde le sait et malheureusement cette attitude entrave l’atteinte d’une solution. La partie grecque réitèrera de nouveau sa volonté en faveur du progrès, son soutien au processus de l’ONU et demandera à ce que cessent les attaques contre notre pays. On ne peut se prévaloir de vouloir du progrès et au même moment émettre des propos diffamatoires et provoquer son interlocuteur.

JOURNALISTE : Lors de sa récente visite à Chypre, M. Samaras a axé ses contacts sur la question de la zone économique exclusive. Dans quelle mesure la Grèce est-elle prête à procéder à la proclamation de sa zone économique exclusive et comment planifie-t-elle ses prochains pas dans ce sens ?

S. DIMAS : La Grèce a une stratégie globale et agit avec détermination et dans l’intérêt de la nation. Les développements à Chypre dans le domaine énergétique offrent d'importantes opportunités et c'est pourquoi il existe une coordination étroite.
La valorisation des richesses naturelles du pays est une priorité de premier rang et dans un tel contexte nous nous consacrons à la délimitation de toutes nos zones maritimes avec nos voisins.
Dans le même temps, le processus de prospection et d’exploitation d’hydrocarbures, là où nous avons de bonnes indications, se poursuit. En ce qui concerne la zone économique exclusive, elle offre des avantages qui doivent être exploités. C'est un droit souverain du pays et nous ne renonçons pas à nos droits souverains.

JOURNALISTE : Vous avez déclaré que la Nouvelle Démocratie doit s’efforcer de parvenir à un consensus après les élections même si elle obtient la majorité absolue. Maintenant que la majorité des hommes politiques déclarent dans les sondages leur préférence pour un « gouvernement de coopération » quelle est la probabilité de la formation d’un gouvernement Nouvelle Démocratie – Pasok après les élections ?

S. DIMAS : Il est très risqué d’essayer de prédire le résultat des élections sur la base des sondages, notamment en une période aussi mouvementée que la période actuelle. Répondre à un sondage est une chose, glisser son bulletin dans l’urne pour choisir le gouvernement qui dirigera le pays lors de la plus grande bataille de son histoire contemporaine en est une autre. La responsabilité du scrutin, notamment lors de ces élections, est immense. Le moment du scrutin n’est pas un moment de protestation mais de choix pour l’avenir du pays. Les Grecs sont pleinement conscients du défi qui se pose. Quoi qu’il en soit, et indépendamment du fait que la Nouvelle Démocratie obtienne ou non la majorité absolue, il est communément admis que le meilleur consensus possible est nécessaire pour pouvoir remporter la bataille qui nous permettra de sortir le pays de la crise.

Février 25, 2012