JOURNALISTE : Vous avez parlé d'un nouveau concept de politique étrangère. Que doit-on réformer, selon vous, M. le ministre ? Et en quoi consiste exactement ce concept.
D. AVRAMOPOULOS : Ces choses là ne se font pas du jour au lendemain. Une bonne préparation est nécessaire ainsi qu’une discussion de fond sur tous les paramètres de notre politique étrangère. Le monde a changé dans notre région élargie et le rôle de notre pays est important, en tant que facteur de stabilité. La diplomatie grecque est appelée à s'ouvrir de nouveau vers l'extérieur et à cesser de consister en des réactions aux initiatives des autres. Ce doit être une politique d’initiatives menant à des objectifs à long terme.
La politique étrangère est le vecteur de la puissance et de la croissance. C’est un outil qui non seulement sert à défendre les droits du pays, mais aussi à créer des opportunités en vue d'améliorer la position de la Grèce sur la scène internationale, de mettre en place des partenariats économiques et politiques et de valoriser les avantages comparatifs du pays.
Il est donc important que tout cela soit codifié, ce qui renforcera le caractère national de notre diplomatie et servira un projet à long terme, à savoir comment nous voulons voir la Grèce à l’avenir.
La crise a révélé des pathologies chroniques de notre système national. Elle montre aussi de nouvelles voies à suivre, à savoir, dans un premier temps, renforcer le prestige du pays au niveau international et améliorer son image qui, malheureusement, a été ternie.
J’ai d’ores et déjà envoyé une circulaire à toutes nos missions à l’étranger avec des instructions précises dans le cadre des initiatives prises pour promouvoir l'image de la Grèce et activer notre dispositif diplomatique, afin de commencer de suite et au niveau mondial l'effort visant à changer les conceptions négatives ambiantes au sujet de notre pays en raison de la crise économique.
JOURNALISTE : Tout le monde s’accorde pour dire que le programme ne fonctionne pas. Que doit faire le gouvernement ?
D. AVRAMOPOULOS : La Nouvelle Démocratie, à partir du moment où le pays s’est lancé dans l’aventure du mémorandum, soutient que le programme devra être réexaminé dans le cadre de la négociation avec nos partenaires, Afin d’adapter les mesures qui se sont avérées inefficaces, voire dans certains cas, néfastes.
JOURNALISTE : Etes-vous préoccupé par le fait que la Grèce peut devenir l’Iphigénie de l'Europe? Est-ce que l'Union européenne peut le supporter ?
D. AVRAMOPOULOS : Je ne pense pas que l'Europe ait besoin de sacrifices pour faire face à la crise de l'endettement que connaissent certains pays du sud de la zone euro ces dernières années. La politique d’austérité a fait assez de dégâts. Le problème réside dans une approche différente de la question entre les pays affectés par la crise et les pays aux économies puissantes, une différence qui ne permet pas encore de mettre en place une politique différente, axée sur la croissance, les investissements, l’emploi et le renforcement de la cohésion sociale, qui permettra de sortir de la crise. Aujourd’hui, de plus en plus de hauts fonctionnaires de l'Union européenne, de la zone euro, le Président de la Commission, mais aussi les dirigeants de nombreux pays membres soutiennent une nouvelle politique de rapprochement dans la lutte contre la crise, qui est très proche des positions et des besoins de notre pays, ce qui renforce notre effort visant à négocier le programme d'adaptation.
JOURNALISTE : Après les élections, pensez-vous que le parti SYRIZA est le «parti de la drachme»?
D. AVRAMOPOULOS : Les choses seraient bien différentes si le SYRIZA valorisait sa puissance conjoncturelle, contribuant à la création d'une politique purement nationale. En d'autres termes, sa politique affaiblit le pays à l'heure actuelle. Je pense que le SYRIZA ne le veut pas, mais il le provoque par son attitude. Le SYRIZA risque de perdre la bataille de l'opposition crédible et constructive.
JOURNALISTE : MM. E. Venizélos et F. Kouvelis semblent former un « front » au sein du gouvernement. Est-ce que cela vous préoccupe quant à la cohésion du gouvernement ?
D. AVRAMOPOULOS : Le gouvernement à lui seul forme un front uni, qui est défini par l'accord des chefs des partis. Toutefois, la conférence des chefs des partis suit l’évolution de l’accord et ne constitue pas un genre de comité, ni de tuteur du gouvernement. Sa politique, par conséquent, est définie par le Premier ministre.
JOURNALISTE : Pensez-vous que les problèmes du PASOK fonctionneront comme une bombe à retardement dans le système politique ?
D. AVRAMOPOULOS : Le PASOK a une dette et une responsabilité historique vis-à-vis des citoyens grecs et doit participer à l'effort national visant à sauver l'économie grecque.
JOURNALISTE : Une commission d’enquête pour le mémorandum, comme le demande l’opposition ? Ou bien est-ce que cela ne contribuera pas au climat politique ?
D. AVRAMOPOULOS : Je ne suis pas convaincu de l’efficacité des commissions d’enquête. Par contre, il serait plus opportun d’enquêter sur les raisons de notre situation actuelle.
JOURNALISTE : Il a été décidé de prendre des mesures maintenant. Que doit revendiquer le pays auprès de l’Europe et des bailleurs de fonds, et quand ?
D. AVRAMOPOULOS : La décision des trois chefs politiques, basée sur la recommandation du Premier ministre, répond clairement à votre question. Notre objectif demeure la modification de l'accord, afin de faire cesser les conséquences particulièrement néfastes sur les citoyens grecs qu’ont la politique d'austérité et la récession.
Avant tout, la compréhension nationale est nécessaire. La société, dans son ensemble, s’avère beaucoup plus mure que ceux qui « manipulent » la crise. Je dirais que nous devons tous, en ces heures difficiles, faire preuve de sang-froid, de prudence et de responsabilité.
JOURNALISTE : Dans l’une de ses déclarations préélectorales, la Nouvelle Démocratie parlait de la délimitation immédiate et de la proclamation de la zone économique exclusive. Est-ce que cela aura lieu dans le courant de l'année 2012?
D. AVRAMOPOULOS : La question de la zone économique exclusive fait partie de l'accord politique entre les trois partis et constitue la priorité du gouvernement. Nous avons élaboré une planification stratégique globale afin d’optimiser les avantages de la Grèce en valorisant ses ressources sous-marines naturelles et en contribuant à l'effort de développement du pays. Comme l'a déclaré le Premier ministre, toutes les actions devront être accomplies avec prudence, détermination et cohérence. Et ce, au moment opportun et sur la base de notre planification, en valorisant les possibilités offertes par le droit international. Notre objectif, en définitive, est la délimitation de toutes les zones maritimes avec tous nos voisins. D’ailleurs, outre les avantages économiques manifestes auxquels nous aspirons, nous estimons que les accords de délimitation fonctionnent comme un catalyseur de la paix et de la sécurité dans notre région élargie.
JOURNALISTE : Y a-t-il des perspectives de résolution de la question du nom de l'ARYM? Car il est dit que Skopje soulèvera la question à l'Assemblée générale de l'ONU en septembre, tandis que récemment il y a eu la visite de M. Ban Ki-moon.
D. AVRAMOPOULOS : La condition nécessaire au règlement de la question du nom est la volonté politique des deux parties. La Grèce a montré qu'elle était prête à parvenir à un règlement en faisant ce qu'il lui appartenait de faire. L'autre partie campe sur les mêmes positions depuis vingt ans. Nous recherchons un interlocuteur fiable. C’est le message que nous avons transmis à M. Nimetz. Les fuites provenant du gouvernement de Skopje et parlant de saisir l'Assemblée générale de l'ONU sont en fait des tentatives pour court-circuiter le processus de négociation. Nous demeurons fermement attachés au processus de négociation dans l'espoir de voir du progrès, car c'est seulement ainsi que nous pourrons libérer l'énorme potentiel de nos relations avec le pays voisin.
JOURNALISTE : Quand irez-vous à Ankara ? Dans quel but ? Quand aura lieu la visite du Premier ministre et du conseil ministériel à Ankara ?
D. AVRAMOPOULOS : Nous n’avons encore rien de précis à annoncer. Nous nous sommes mis d’accord avec M. Davutoglu sur sa visite à Athènes, dans le cadre de la préparation du Conseil de coopération. Notre coopération avec la Turquie peut créer des avantages tangibles dans de nombreux domaines. L'économie, le commerce, les investissements, le tourisme, l'immigration clandestine et d’autres domaines qui présentent des perspectives de progrès. Pour la première fois la balance commerciale entre les deux pays est excédentaire en faveur de la Grèce, tandis que dans le secteur du tourisme, le flux touristique en provenance de la Turquie a fortement augmenté. Cela n'exclut toutefois pas les problèmes. Nous devons y faire face sur la base du droit international et du respect de la souveraineté nationale.
Et lorsque cela est requis, nous donnons les réponses nécessaires, au niveau diplomatique et commercial.
Les turbulences dans la région élargie attestent de la nécessité pour toutes les parties de faire preuve d’une attitude responsable. C’est ce que nous attendons de nos voisins.
JOURNALISTE : Au sein de la Nouvelle Démocratie, êtes-vous préoccupés par le fait que la politique gouvernementale laisse du terrain à la droite populaire?
D. AVRAMOPOULOS : Ces conditions sont désuètes. Elles font partie du passé, de l’époque où ces notions pouvaient être expliquées du point de vue historique, philosophique, idéologique et politique. Dans la conjoncture actuelle, le dilemme est : avancer avec l’Europe et dans l’Europe ou bien se replier sur le passé? Avec bien entendu tout ce que cela peut avoir comme conséquences pour notre peuple. La Nouvelle Démocratie a une ligne directrice unique et les choix personnels n'ont pas lieu d'être. Notre base sociale a donné un mandat clair et elle sera un juge très sévère.
JOURNALISTE: Dans l’ensemble, voyez-vous des évolutions dans le système politique ? Y aura-t-il de nouvelles alliances ? Par exemple PASOK - DIMAR?
D. AVRAMOPOULOS : Notre système politique est entrain d'être réformé. Toutefois, les nouvelles alliances qui ont émergé ne sont pas viables. Leur rôle est temporaire. Ce qui très certainement tient le coup est la classe-moyenne, qui constitue une large partie de la société, et la démocratie. Quant à la gauche, elle est en pleine contradiction et confusion. A la fin de ce parcours, il est certain que les deux gros piliers de notre système politique se stabiliseront.
Aout 5, 2012