Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias au journaliste Sanja Vasik de la chaîne de télévision Telma (Skopje, 24.06.2015)

JOURNALISTE : Monsieur Kotzias, vous êtes le premier ministre grec des Affaires étrangères à effectuer une visite bilatérale après onze ans…

N. KOTZIAS : La prochaine fois ce sera après un an seulement…

JOURNALISTE : Par ailleurs, vous avez présenté et convenu avec notre ministère des Affaires étrangères de tout un éventail de mesures de confiance. Il s’agit d’un grand changement, un changement positif dans la politique étrangère de la Grèce. Comment cela se fait-il ?

N. KOTZIAS : Je pense que chaque problème a sa solution. Par conséquent, je pense que nous devrons créer la stabilité, la sécurité dans les Balkans et développer des liens d’amitié et de coopération entre nos pays. Nous avons certains problèmes, nous devons trouver des moyens de les résoudre. Et pour trouver les bonnes solutions, nous avons besoin de confiance.

J’ai pensé donc, lorsque j’ai assumé le portefeuille des affaires étrangères de la Grèce il y a cinq mois, qu’il serait bon de trouver des moyens de développer cette foi ou, en d’autres termes, la confiance. Pendant les années ’90, j’étais impliqué dans la mise en œuvre de mesures de confiance avec la Turquie. J’ai donc pensé que ce serait une bonne idée d’utiliser cet outil pour développer la confiance. J’ai rencontré Nikola Poposki à plusieurs reprises, à Riga puis à Antalya, nous en avons discuté et avons par la suite élaboré deux listes, et la moitié des propositions étaient identiques.

Actuellement, il y a une communication au niveau des directeurs politiques et aujourd’hui nous avons publié les 11 premières mesures de confiance et nous mettrons en œuvre également d’autres mesures. Et il est très important de bâtir notre coopération en tant que réseau, ce qui apportera de la stabilité. Par cela, j’entends la création de réseaux concernant l’éducation, la culture, les relations économiques et sociales, la justice et les affaires intérieures, afin de créer un meilleur climat entre les deux gouvernements et les deux pays et trouver, je l’espère, plus facilement une solution audit problème du nom.

JOURNALISTE : Quels seront les prochains pas après ces mesures ? Vous avez dit qu’il y aura des rencontres au niveau politique entre les deux ministères. Pouvons-nous nous à attendre à plus ?

M. KOTZIAS : Oui, cela est très important. Nous avons dit pendant le déjeuner que nous trouverons des moyens de coopération s’agissant de la question de l’immigration. J’avais discuté de cette question il y a cinq mois à l’UE et personne ne m’écoutait. Je leur ai dit qu’un nouveau problème fait son apparition en Europe : le problème de l’immigration. Et que sans doute, il y aura des djihadistes dans cette vague migratoire. Et personne n’a pensé que l’Europe allait être réellement confrontée à ce problème. Maintenant nous le voyons très clairement. Vous le voyez dans votre pays, nous le voyons en Grèce. Ces deux dernières années seulement, 300 000 immigrés clandestins sont venus du Pakistan et d’Afghanistan, sans compter les immigrés syriens. Et tous ces immigrants traversent notre pays à destination de la Serbie. Ainsi, nous avons pensé qu’il serait bon de trouver des modes de coopération entre les autorités policières de nos pays – une coopération transfrontalière, une coopération visant à lutter contre le terrorisme et autres moyens de lutte contre le crime organisé. Ce sont les premiers pas. D’autres pas seront la conclusion d’accords de coopération entre les universités grecques et les universités de votre pays. Par la suite, j’inviterais le ministre des Affaires étrangères de votre pays, Nikola Poposki, à Athènes, après l’été, et nous poursuivrons les discussions d’ores et déjà engagées.

JOURNALISTE : Vous avez dit aujourd’hui que vous souhaitez aider l’intégration européenne. De quelle façon ?

N. KOTZIAS : Nous sommes le pays européen le plus ancien dans les Balkans, nous comptons parmi les premiers membres de l’Union européenne. Pendant la durée de la présidence dans les années ’90, nous avons tracé la voie pour les pays scandinaves et en 2003, nous avons ouvert la voie à l’intégration des Balkans dans l’Union européenne.

Nous sommes donc un pays avec une longue expérience sur les questions techniques et juridiques. Grâce à notre savoir-faire, nous pourrions aider votre gouvernement ou organiser des séminaires sur le droit européen, sur des questions techniques et sur le mode de déroulement des négociations à l’UE, afin d’offrir notre savoir-faire à votre peuple, à votre gouvernement, à vos scientifiques.

JOURNALISTE : Mais pour en venir au vif du sujet, le pays devra d’abord commencer les négociations d’adhésion.

N. KOTZIAS : Vous avez besoin de ce savoir-faire encore aujourd’hui.

JOURNALISTE : Certes ! Mais nous attendons depuis six ans, on nous donne des recommandations, mais pas de date d’ouverture des négociations. Pouvons-nous attendre de la Grèce qu’elle consentira à l’ouverture des négociations d’adhésion ?

N. KOTZIAS : Nous avons eu une longue discussion avant-hier à Luxembourg et avons rédigé un texte de conclusions en six points. Le sixième point parle de la perspective européenne de votre pays, un pays qui fait partie du processus d’élargissement. Et force est de noter ce qui suit : nous avons utilisé le terme d’ « élargissement », même si l’Union européenne dans son ensemble n’est pas en faveur de l’utilisation de ce mot, car il y a deux ans ils avaient dit qu’ils stopperaient l’élargissement. Ainsi, nous avons donc fait un pas positif dans les relations entre l’Union européenne et votre pays.

Mais le plus important de tout est ce que nous disons au sujet de l’adhésion. La question la plus importante est à quel stade se trouve votre pays s’agissant des critères de Copenhague. Les critères de l’Etat de droit concernent la façon dont fonctionne votre justice et vos tribunaux. La question des relations entre les différentes communautés dans votre pays et leurs droits, les droits individuels, la liberté d’expression. Il y a donc plusieurs critères et je suis sûr que vous savez, suite aux conclusions d’hier, cela a été dit par tous les pays de l’UE et pas seulement par nous, que vous devez réaliser des réformes afin que puisse avoir lieu le processus d’adhésion. Dans un premier temps, cela ne dépend donc pas du nom.

Deuxièmement, je pense que l’heure est maintenant venue et qu’il est de notre devoir de trouver, avec votre gouvernement, une solution à la question du nom. Nous devons parvenir à un compromis et votre pays, votre gouvernement doit également faire des compromis. Nous devons trouver une formule qui sera acceptée par toutes les communautés dans votre pays et par tous les voisins.

JOURNALISTE : Nous savons tous que nos dirigeants doivent conclure un accord la semaine prochaine afin qu’ils puissent réaliser toutes les réformes nécessaires, que les élections soient organisées en avril prochain et que [la commission européenne] maintienne sa composition. Notre président, M. Ivanov, que vous avez rencontré aujourd’hui, a mentionné une formule, selon laquelle la résolution de la question du nom pourrait être le dernier chapitre du processus de négociation. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

N. KOTZIAS : Cela n’est pas un bon moyen de négociation car, si vous avez fait tout le travail et que quelqu’un vient vous dire : « OK, on a tout fait, on a signé un accord, mais on ne peut pas se mettre d’accord sur la question du nom », cela ne serait pas une issue positive. Le bon moyen est de parvenir à un accord aujourd’hui, que nous nous engagions à ce que toutes les parties participant aux discussions sur la question du nom respectent le droit international, la tradition dans la résolution des différends au moyen du compromis – ce qui est très important à l’intérieur de l’UE – et cela, nous devons le faire maintenant, et pas dans cent ans.

JOURNALISTE : La position grecque est donc la même…

N. KOTZIAS : Nous avons certaines idées de solution à la question du nom. Lorsque nous serons en mesure d’en discuter, je pense que nous en parlerons avec notre gouvernement et j’espère qu’ils accepteront de faire un compromis juste.

JOURNALISTE : Vous semblez très optimiste lorsque vous dites qu’à chaque problème sa solution, mais compte tenu de la crise politique ici et de la crise économique en Grèce, que peuvent attendre les deux pays concernant le problème fondamental de la question du nom ?

N. KOTZIAS : Vous savez, en grec ancien ou en chinois, le mot « crise », n’est pas seulement synonyme de problème, mais aussi de perspective, de possibilité de parvenir à une solution. Et même si le médecin annonce au malade qu’il a un grave problème de santé, cela ne signifie pas seulement que sa situation est critique et qu’il va mourir, mais qu’il devra trouver des moyens de se maintenir en vie et d’améliorer sa santé. Ainsi, donc, le mot « crise » ne revêt pas seulement une signification négative, mais aussi positive. Je pense donc que la crise nous donne l’occasion d’examiner tous nos problèmes et de trouver de nouveaux moyens et idées concernant le nom.

JOURNALISTE : Vous avez donc de nouvelles idées concernant la résolution de la question du nom…

N. KOTZIAS : Nous allons organiser trois négociations. La première concerne les mesures de confiance. Nous l’avons déjà fait. La deuxième négociation concerne la méthodologie du nom et la troisième concernera le nom. Et je suis très optimiste, non pas parce qu’il s’agit d’une chose facile, mais parce que nous devons le faire, nous avons besoin de le faire, les deux pays mais aussi l’ensemble des Balkans.

JOURNALISTE : L’instauration de la confiance signifie qu’il n’y avait pas de confiance ?

N. KOTZIAS : Non, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de confiance, mais que pour bâtir ce type de confiance, nous avons besoin de foi. L’instauration de la confiance signifie trouver des domaines proposant des moyens plus faciles de parvenir à des solutions et grâce à ces solutions, nous pensons que nous avancerons pour ce qui est de cette grande question.

JOURNALISTE : Dans bon nombre de vos déclarations, vous parlez d’irrédentisme. Cela signifie qu’il existe des revendications territoriales de la part des gouvernements…

N. KOTZIAS : Non pas de la part des gouvernements ! Je n’ai jamais parlé de gouvernements ! Je dis toujours que certains dans votre pays pensent, pas tout le monde, que peut-être le fait que ce pays existe ne plaît pas à tous les Grecs. Je dirais que je suis très heureux que ce pays existe. J’aime le fait que ce pays existe et nous mettrons tout en œuvre pour qu’il continue d’exister. D’un autre côté, certains en Grèce pensent qu’il existe certaines personnes qui ont des idées concernant ladite « Grande Macédoine ». Nous devons lutter contre cela, nous devons lutter contre le nationalisme extrémiste. Ainsi, si quelqu’un par exemple, se rend sur le Mont Olympe, avec dans les mains l’ancien drapeau de votre pays, qui n’est pas reconnu comme étant le drapeau de votre pays, nous devrons l’arrêter. Si quelqu’un dessine des cartes qui représentent des parties de la Grèce comme étant des régions de votre pays, nous devrons l’arrêter.

JOURNALISTE : Oui, mais un amendement a été ajouté à la Constitution de 1992.

N. KOTZIAS : Non seulement dans la Constitution, mais aussi dans l’accord intérimaire conclu dans les années ’90 entre les deux pays, aux paragraphes 5 et 6 il est stipulé que des questions de ce genre sont closes. Mais vous savez très bien que certains pensent autrement et il faut les arrêter.

JOURNALISTE : Je reviens maintenant à la question du nom. Pouvons-nous nous attendre à ce que des négociations se déroulent au plus haut niveau pour parvenir à un compromis ?


N. KOTZIAS : Nous devrons mener toutes les négociations nécessaires pour parvenir à une solution.

Juin 25, 2015