Propos recueillis par la journaliste, Mme S. Aravopoulou
JOURNALISTE : Jeudi et vendredi prochains la Grèce accueillera à Rhodes la Conférence sur la sécurité et la stabilité en Méditerranée orientale avec la participation des pays arabes et européens. Ladite conférence est organisée sur votre propre initiative. Pourriez-vous nous parler de son objectif ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Il existe un espace historique, culturel et géographique constitué par l’Europe du Sud-est et la Méditerranée orientale. Dans cet espace il y a des intérêts communs. Nous devons toutefois rétablir sa fonctionnalité. Ces intérêts communs sont liés à l’histoire, à la culture. Ils s’étendent à la mise en place d’infrastructures, à la répartition du travail, à la sécurité et à la stabilité. Pour la première fois, après des décennies entières, nous débattrons des relations entre ces deux espaces, l’Europe du Sud-est et la Méditerranée orientale, sans que nos débats ne soient axés sur Israël, la Palestine ou la Turquie. Nous débattrons des relations entre les Etats arabes et les Etats de l’Europe du Sud-est.
JOURNALISTE : Pourquoi avez-vous choisi Rhodes ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : L’île de Rhodes est le point qui unit plus que tout autre ces deux régions, c’est pourquoi je l’ai choisie. En outre, vous devez aussi tenir compte du fait que l’objectif de la politique du ministère des Affaires étrangères est, notamment en fonction des circonstances, d’étendre et de décentraliser la politique étrangère. La rencontre avec mon homologue turc, M. Çavuşoğlu s’est tenue en Crète, la conférence des quatre pays balkaniques se tiendra à Thessalonique au mois d’octobre et nous irons aussi au Mont Athos. Maintenant, nous tiendrons la réunion avec les pays arabes et d’autres pays européens à Rhodes.
JOURNALISTE : Votre initiative a-t-elle trouvé un terrain propice ou vos homologues ont-ils émis des réserves ? Comment cette conférence a-t-elle été accueillie par la partie arabe, par la partie européenne ? Quelle a été la réaction de la présidence slovaque ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : A la conférence participeront, du côté européen, la Grèce, l’Albanie, la Bulgarie, Chypre, l’Italie, la Croatie et la Slovaquie et, du côté arabe, l’Egypte, la Jordanie, le Liban, les Emirats Arabes Unis, la Libye, le Maroc et la Tunisie. La planification initiale était pour huit pays, 4 pays européens et 4 pays arabes, et, comme vous pouvez le constater, nous avons maintenant 14 pays. A ce stade, je voudrais signaler que d’autres Etats ont demandé de participer mais dans ce cas-là, la Conférence se détournerait de son objectif initial. Les Arabes ont manifesté un intérêt marqué à l’égard de cette initiative et c’était ceux qui souhaitaient la participation d’un plus grand nombre de pays. La présidence slovaque, pour sa part, a considéré que cette conférence était une grande opportunité pour entrer en contact avec une série d’Etats arabes.
JOURNALISTE : Vous avez développé des relations particulièrement bonnes avec votre homologue égyptien, M. Shoukry auquel vous avez proposé, lors de votre visite au Caire en février dernier, l’organisation de cette conférence. Y a-t-il eu une coopération entre les deux ministères des Affaires étrangères ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Oui, nous avons envoyé les documents de la conférence premièrement à l’Egypte, nous nous sommes mis d’accord et par la suite nous les avons distribués aux autres participants. Nous entretenons une relation spéciale avec l’Egypte laquelle a une relation historique avec le monde arabe. Je prends toujours en compte le fait qu’au début du 20e siècle l’Egypte était le pays qui a développé la culture arabe de l’innovation, c’était en Egypte qu’a fait son apparition le cinéma arabe et c’était en Egypte aussi où de grands poètes et chanteurs arabes se sont distingués, où ont été établies de grandes universités arabes et les grandes écoles des réformateurs de l’Islam.
JOURNALISTE : Vous avez, à maintes reprises, parlé du triangle d’instabilité dans notre région. Quelle sorte de partenariat devront développer les pays de la région en faveur de la sécurité et de la stabilité ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Afin de faire face au triangle d’instabilité, nous avons mis en place une série de partenariats tripartites. Nous avons une coopération tripartite avec l’Egypte, Israël, la Jordanie et le Liban et nous allons également mettre en place un partenariat avec la Palestine.
Toutefois, nous n’avons pas seulement étendu les partenariats tripartites à une série d’Etats. Le plus important est qu’en Israël et en Egypte, nous avons mis en place un nouveau modèle de coopération tripartite qui portera sur tous les niveaux de la hiérarchie du ministère des Affaires étrangères : les directions générales, les ministres, les présidents, les premiers ministres. La coopération couvrira un grand nombre de domaines. Par exemple, le ministère de l’Agriculture, du Tourisme et des Transports coopère avec l’Egypte.
Cette relation tripartite ressemble à une sphère à plusieurs niveaux et à plusieurs facettes qui traitera de toute la thématique. Nous avons pensé, en coopération avec l’Egypte, en valorisant notre expérience acquise par les relations tripartites, mettre en place une entité institutionnelle, comme celle que nous mettons en œuvre à Rhodes, laquelle contribuera au rapprochement entre divers pays qui participent à des partenariats tripartites et qui veulent participer à un forum commun de sécurité et de stabilité. Pour nous, la sécurité n’est pas définie du point de vue militaire, elle n’est pas seulement définie par rapport au terrorisme, aux enjeux et aux catastrophes, mais nous pensons aussi à une sécurité en des termes positifs. Nous percevons la sécurité comme la mise en place de nombreux réseaux – des réseaux d’énergie jusqu’aux infrastructures – qui stabilisent toute la région, en tant que politique d’initiatives et d’actions communes.
JOURNALISTE : La Grèce est de retour dans la région des Balkans et du Moyen-Orient avec une initiative visant au rapprochement entre les deux mondes, européen et arabe dans une conjoncture très difficile. Pourrait-on dire que cette initiative marque une nouvelle étape dans la politique de notre pays dans la région élargie ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : C’est vrai que la Grèce est de retour dans les Balkans. Notre objectif est de relier la politique exercée dans les années 90’, à savoir le développement des réseaux et de l’arrière-pays des Balkans, à la politique de la dernière décennie, à savoir le renforcement de l’orientation européenne des Etats de la région. Nous voulons mettre en place un arrière-pays dans une Europe du Sud-est dotée d’une orientation européenne. Maintenant, nous essayons d’établir un lien entre cet espace et l’espace arabe.
JOURNALISTE : Votre ambition est d’institutionnaliser la Conférence de Rhodes sur une base annuelle ? En avez-vous discuté avec les autres participants ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Oui, nous voulons institutionnaliser la Conférence de Rhodes. En outre, nous procédons actuellement à l’institutionnalisation de la coopération balkanique mais aussi de la Conférence, qui se tiendra tous les deux ans, pour la protection des communautés culturelles et religieuses. Comme je l’ai tout récemment affirmé dans mon discours à l’université de Skopje où j’étais invité, l’année prochaine l’initiative nous incombera. Toutefois, un pays arabe et l’Autriche ont d’emblée accepté de soutenir cette initiative et de coopérer.
JOURNALISTE : Pensez-vous que le format de Rhodes pourrait-être davantage élargi ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Cela doit être décidé en coopération avec les autres participants. Quand j’ai convoqué pour la première fois la Conférence transfrontalière des quatre pays balkaniques, j’avais songé à inviter, outre ces quatre pays, les pays que nous voulons voir participer. Toutefois, les trois autres pays n’étaient pas en faveur de l’élargissement du format, ils voulaient être « avec nous » dans cette relation particulièrement institutionnelle. Par conséquent, nous avons maintenu le format initial qui se répètera cette année en octobre à Thessalonique.
Septembre 6, 2016