Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotzias au journal bulgare «24 Chasa» - Propos recueillis par le journaliste Georgi Milkov (1.6.2016)

JOURNALISTE : Quelles sont les perspectives de développement de réseaux de coopération (par exemple dans les domaines de l’énergie, des transports, etc.) entre la Grèce et la Bulgarie et quel impact auront-ils au niveau bilatéral et régional ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je suis convaincu que ces réseaux facilitent le développement de relations stables entre les Etats et les régions. Je répète, ils facilitent mais ne garantissent pas ce développement. Une volonté politique forte est nécessaire.

Aujourd’hui, la Grèce et la Bulgarie œuvrent en faveur du développement de ces réseaux dans une série de domaines, comme l’énergie avec l’axe vertical et avec la valorisation du gaz liquéfié. La création d’axes autoroutiers et ferroviaires entre les deux pays présente un grand intérêt. Ces axes faciliteront non seulement notre développement, mais aussi contribueront à intégrer la région tout entière dans des réseaux qui relieront l’Afrique du Nord-est et les régions de l’Asie à l’Europe centrale et orientale. Nous avons dans le même temps la promotion des grands projets doit être corrélée à la réalisation de projets locaux communs entre nos deux pays.

Les deux pays se réjouissent de l’inclusion de la Roumanie et d’autres Etats membres de l’UE qui, du point de vue géographique, se trouvent en Europe centrale et orientale.

JOURNALISTE : Quel pourrait être le rôle des pays de l’Europe du Sud-est qui sont en même temps membres de l’UE ? Pourraient-ils coordonner leurs actions au sein de l’UE afin de parvenir à de meilleurs résultats s’agissant des questions intéressant les Etats eux-mêmes et la région élargie?

Ν. KOTZIAS : Dans les années ’90 la région a développé ses réseaux internes, notamment le système bancaire et les investissements. Dès le début du 21e siècle, tous les pays des Balkans ont axé leur attention sur leur parcours européen pour lequel ils consentent de multiples efforts. La Bulgarie et la Grèce soutiennent la perspective européenne de tous ceux qui souhaitent cette perspective. Encore faut-il qu’ils veuillent surmonter tous les [obstacles] qui les gardent « prisonniers de l’histoire».

Aujourd’hui, nous essayons de promouvoir des politiques alliant les aspects positifs de ces deux décennies différentes. Autrement dit, allier le parcours européen de la région au renforcement de politiques à plusieurs facettes entre les Etats voisins. L’objectif est que tous les pays des Balkans adhèrent à l’UE et que leur présence soit forte. Cela se produira sur la base d’une politique qui contribuera au renforcement de l’UE elle-même, de son économie, de sa politique sociale, de son fonctionnement démocratique et de son rôle mondial.

Contrairement à ce qui se passe dans certaines régions au sein de l’UE, nous souhaitons que la coopération régionale contribue à l’unification européenne et non au renforcement de tendances à la renationalisation et à la fragmentation.

JOURNALISTE : La Grèce et la Bulgarie sont deux pays qui dans le passé se sont fait la guerre. Aujourd’hui elles sont alliées, partenaires et amies. Est-ce que l’amitié qui lie les deux pays pourrait créer une nouvelle narration pour la région des Balkans qui, dans le passé, était connue comme la poudrière de l’Europe ?

Ν. KOTZIAS : Dans les livres d’histoire sur l’Europe, l’amitié franco-allemande est mise en avant comme un modèle de dépassement des préjugés et des conflits historiques. À juste titre, puisque les deux pays sont les plus puissants au sein de l’UE. Mais du point de vue de l’histoire, le dépassement des différences entre la Bulgarie et la Grèce est bien plus important, et ce parce que ces différences sont apparues au moins 1 200 ans avant celles qui ont divisé la France et l’Allemagne. Nos relations en étaient arrivées au point que les rois et les empereurs des deux parties étaient décrits, voire appelés, selon s’ils avaient ou non gagné la bataille contre l’autre partie.

La Bulgarie et la Grèce sont, à mon sens, le meilleur exemple montrant comment deux peuples peuvent devenir – en dépit des difficultés, des tensions et des passions de l’histoire – des amis, des partenaires et des alliés. Et j’aimerais publiquement remercier Daniel Mitov pour notre coopération afin que nos pays deviennent des pôles de stabilisation de la région tout entière. Nous souhaitons élargir notre coopération à la Méditerranée orientale, une région à l’égard de laquelle la Grèce possède une grande expérience et de vraies amitiés.
JOURNALISTE : Et quels autres objectifs avez-vous ?

Ν. KOTZIAS : Avec Daniel, nous souhaitons développer des relations spéciales et systématiques avec les Etats de notre région qui sont intégrés à l’UE. N’oubliez pas que la Grèce a été le pays à avoir œuvré en faveur de l’intégration de tous ces pays dans l’UE.

Toutes ces coopérations ne visent pas à servir exclusivement les intérêts des deux Etats. Encore moins contre des pays tiers. Au contraire. Elles visent à des politiques et des pratiques qui peuvent profiter à tous les Etats de la région. En d’autres termes, nous suivons une politique d’intégration de tous les pays et non une politique d’exclusion.

JOURNALISTE : Comment la Grèce entend-elle gérer la crise migratoire ?

Ν. KOTZIAS : Permettez-moi de rappeler que les principales causes des flux migratoires ne sont pas nous, mais les guerres et la pauvreté, le terrorisme et le fanatisme, la perte d’espoir et de perspective de millions de personnes honnêtes. Nous, notre région, payons les conséquences de décisions et de pratiques de pays tiers.

Notre principale orientation, en tant que pays, est que le problème de cette nouvelle immigration et des réfugiés est un problème international et européen et des mesures et solutions appropriées sont nécessaires. La Grèce et la Bulgarie œuvrent dans ce sens, soutiennent l’accord UE – Turquie et espèrent contribuer à mettre fin aux guerres. Une coopération rationnelle est bien entendu nécessaire entre les autres Etats de notre région. Nul ne doit oublier qu’à la fin des crises, nous resterons tous dans cette région et nous ne devons permettre à qui que ce soit de troubler nos relations.

JOURNALISTE : Est-ce que la coopération avec la Turquie et la Bulgarie dans ce domaine est satisfaisante ?

Ν. KOTZIAS : S’agissant de la Bulgarie, je me suis déjà exprimé à cet égard. Il y a une bonne coopération entre les ministères des Affaires étrangères et les autres ministères. Avec la Turquie, nous nous efforçons d’avoir la coopération la plus efficace et la plus essentielle possible. Néanmoins, rien ne se fait tout seul et il faut être deux pour danser le tango. Enfin, je pense que la coopération tripartite que nous avons établie entre nos pays au triangle de nos frontières est d’une grande aide pour nos relations.

Juin 1, 2016