Interview accordée par le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères au journal «Real News» (Athènes, 12.06.2016)

JOURNALISTE : Dans quelques jours se réunira à Crète, le saint et grand Concile de l’Orthodoxie. Quel message peut, selon vous, être transmis au monde ?

Y. AMANATIDIS : Les principes de l’amour, de la solidarité, du respect, en tant que principes indissociables de la foi orthodoxe et de l’esprit humain, sont invités à être réaffirmés et à rayonner dans le monde entier sur la base de la voix unique et forte du saint et grand Concile. Par ailleurs, le saint et grand Concile sera l’aboutissement de plusieurs décennies d’efforts et montrera au monde entier l’unité des églises orthodoxes au service des valeurs et des principes chrétiens universelles.

JOURNALISTE : Les commentaires du gouvernement grec au sujet des manœuvres entreprises par certaines églises qui ont tenté, au moyen de divers prétextes, de saper le climat, voire la convocation même du saint et grand Concile.

Y. AMANATIDIS : La force du message unique de l’Orthodoxie dépasse toutes les problématiques. La convocation même du saint et grand Concile, après plus de mille ans, nous invite à surmonter les contraintes humaines pour le bien de l’enjeu plus général. La synthèse, plutôt que le retranchement, devrait être la priorité.

JOURNALISTE : Quatorze primats d’églises, des centaines d’évêques et de prêtres seront réunis en Crète. Quelle était la taille de l’enjeu pour le ministère des Affaires étrangères et, en général, le gouvernement, de la coordination de l’action des services publics compétents pour cette grande manifestation ?

Y. AMANATIDIS : La planification, la coordination au niveau interministériel et la préparation de rencontres de haut niveau constituent certes un défi. Le ministère des Affaires étrangères possède toutefois l’expérience, les connaissances et le savoir-faire pour l’organisation de telles manifestations, avec des résultats particulièrement positifs. Une commission spéciale non rémunérée pour le saint et grand Concile de l’Eglise orthodoxe a été mise en place et par le biais de cette commission nous veillons depuis quatre mois à coordonner toutes les entités publiques impliquées dans l’organisation du saint et grand Concile. L’Etat grec déploie tous les efforts possibles en vue d’un excellent résultat.

JOURNALISTE : En cette période difficile pour la région de la Méditerranée orientale et le Moyen-Orient où la présence des populations chrétiennes est mise à l’épreuve, quelles initiatives et actions envisage de prendre la Grèce en vue de renforcer le dialogue interchrétien et interreligieux ?

Y. AMANATIDIS : La dimension culturelle et intellectuelle de l’Europe doit être dotée des valeurs morales inspirées du Christianisme mais adaptées à notre époque et ouvertes à toutes les convictions religieuses. Cela signifie que l’Europe a également besoin d’un humanisme universel conciliateur et sans exclusions qui constituera une source d’inspiration et sera fondé sur des modèles empruntés aux grandes religions, notamment celles qui, comme le Judaïsme et l’Islam, sont étroitement liées au Christianisme. Vu que les Etats, dans le cadre du processus diplomatique, disposent des ressources tangibles telles que le pouvoir et le capital, tandis que les acteurs religieux disposent des ressources immatérielles, telles que le respect et la confiance. Tous les deux peuvent œuvrer de manière efficace en faveur du renforcement de la position de notre pays au sein de la communauté internationale.
L’exercice active de la diplomatie religieuse, notre patrimoine culturel, tout comme les liens amicaux que nous entretenons avec les peuples tant dans la région du Proche-Orient que dans la région élargie de l’Asie du Sud-est, confèrent à la Grèce le rôle privilégié de médiateur crédible entre les Etats. La Conférence sur le pluralisme religieux organisée par le ministère des Affaires étrangères en octobre dernier à Athènes constitue un patrimoine que nous devons conserver et fait partie de notre planification dans ce sens.

Juin 12, 2016