Interview accordée par le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères D. Kourkoulas au journal chilien El Mercurio (29.1.13)

Journaliste : Qu’en est-il actuellement de la crise en Grèce?

D. Kourkoulas : La crise n’est pas terminée. Nous ne pouvons pas dire qu’elle touche à sa fin, mais nous ne sommes pas non plus au début. Certes, nous avons parcouru la plus grande partie du chemin. Vous savez, cette crise profonde avait déjà commencé en 2008, avant même qu’elle ne puisse être perçue dans sa véritable ampleur. Nous savons tous que l’architecture institutionnelle initiale de la zone euro présentait des lacunes. A mon avis, le principal problème était l’absence d’une base budgétaire commune. Heureusement, l’Union européenne a œuvré dans le sens de l’amélioration du cadre institutionnel initial. Jusqu’à présent, une série de pas importants d’ordre institutionnel ont été faits. La gouvernance économique de l’Union s’est fortement améliorée, tandis que l’Union bancaire suit son cours. Ces évolutions étaient, il y a peu, inimaginables. En tout cas, l’Union a tardé à réaliser l’ampleur de la crise et à réagir. Naturellement, nous devons admettre que les choses se sont passées exactement de la même façon en Grèce et nous avons notre part de responsabilité. Dans le passé, nous n’avons pas fait les réformes qu’il fallait quand il le fallait, celles qui auraient été compatibles avec le maintien de notre compétitivité dans le cadre de la zone euro. Néanmoins, le gouvernement et la société dans son ensemble, ont compris quel était l’enjeu. Cela est désormais clair pour tous. Des mesures tout aussi difficiles que douloureuses ont été adoptées. La Grèce à la fin de l’année 2013 aura perdu 25% de son PIB en comparaison avec les niveaux d’avant la crise. Le niveau des salaires a diminué, mais d’un autre côté, nous avons regagné la crédibilité que nous avions perdue les premières années après notre entrée dans la zone euro. La hausse importante de nos exportations constitue d’ores et déjà un message positif. Nous avons appliqué des réformes importantes pour que la Grèce soit adaptée aux entreprises et nous mettons en œuvre un grand programme de privatisation. L’intérêt des investisseurs étrangers pour la Grèce est de plus en plus marqué.

Journaliste : Des entreprises importantes quittent la Grèce, faisant ainsi augmenter le chômage. Quand cette tendance se renversera-t-elle pour que plus d’investisseurs viennent en Grèce?

D. Kourkoulas : Pendant toute l’année 2011, ainsi que le premier semestre de l’année 2012, nous étions confrontés à des rumeurs faisant état d’une sortie de la Grèce de la zone euro. Cela a été particulièrement préjudiciable pour l’économie grecque et la zone euro. Ces rumeurs ont cessé. Tout le monde prend conscience du fait que des décisions précises ont été prises pour que le pays reste dans la zone euro. Cela a permis d’accroitre la confiance des marchés concernant les perspectives de l’économie grecque. D’ores et déjà nous voyons, à partir de l’été 2012, de grandes entreprises investir ou étendre leurs activités en Grèce. Cette tendance positive se poursuivra, et qui plus est, à des rythmes soutenus puisque le risque monétaire est de plus en plus écarté.

Journaliste : On peut donc écarter l’éventualité de la sortie de la zone euro de la Grèce?

D. Kourkoulas : Oui, je pense que personne, pas même les spéculateurs tablent sur ce scénario. Bien entendu, pour arriver jusqu’ici, il a fallu prendre des décisions audacieuses. Je vous rappelle les prêts importants qui ont été octroyés par nos partenaires, ainsi que la planification et la mise en œuvre d’un projet à long terme sur le déficit. En conséquence, la Grèce pourrait avoir des résultats au-dessus de ceux qui sont attendus et très vite. La correction du déficit qui a été couronnée de succès revêt des dimensions historiques. Cela est sans précédent parmi les pays de l’OCDE et constitue un exploit de taille. D’ailleurs, nous pensons qu’en 2013, nous enregistrerons pour la première fois après de nombreuses années un excédent primaire. Cela attestera concrètement de notre capacité au changement dans un sens positif.

Journaliste : Quels sont les outils de l’économie grecque pour pouvoir revenir sur la voie de la croissance?

D. Kourkoulas : A court terme, les mesures d’austérité ont eu un impact négatif direct sur la croissance. La décroissance et la récession ont été les premières conséquences douloureuses. Dans le passé, la force motrice de la croissance grecque était la consommation extérieure. Cela n’est plus valable. Nous déployons un effort dans le but d’internationaliser l’économie grecque, que celle-ci se base sur les exportations puisque la demande interne est réduite. Nous avons des avantages dans des domaines, comme les technologies de l’information et de la communication, avec des ressources humaines exceptionnelles. Le tourisme est également très important et nous continuons de renforcer ce domaine. Nous appliquons également un projet pour faciliter l’entreprenariat dans le but d’attirer de nouveaux investissements de l’étranger ou au niveau national. Nous observons déjà les premiers messages positifs : la Grèce a amélioré cette année sa position dans le rapport annuel « Doing Business » de la Banque mondiale, en gagnant 20 places.

Journaliste : Combien de temps faudra-t-il à la Grèce pour revenir au rythme de croissance d’avant la crise ?

D. Kourkoulas : C’est une question très importante pour nous. Notamment sous le prisme des problèmes importants auxquels les gens sont confrontés, comme le pourcentage de chômage sans précédent. La seule façon de sortir de cette situation est de suivre la voie de la croissance et ce, dans les plus brefs délais. Selon les prévisions, la récession sera moins marquée en 2013 et nous espérons passer à des rythmes de croissance positive à la fin de cette année et au début de l’année 2014. Mais en raison des changements structurels qui auraient dû être faits il y a des années, et qui ne sont mis en œuvre que maintenant, nous pensons que la capacité de production de l’économie grecque est désormais libérée et que très bientôt la croissance pourra revenir aux rythmes spectaculaires d’avant la crise. A ce contribueront toute une série d’actions parallèles. A l’heure actuelle, une réforme fiscale très importante est réalisée pour lutter contre l’évasion fiscale. C’est une question de justice sociale. Les Grecs savent bien que c’est le moyen le plus productif pour sortir de la crise.

Journaliste : Est-ce que nous verrons plus de mesures d’austérité cette année ?

D. Kourkoulas : Non, dès lors que les mesures que nous avons convenues s’appliquent. Il n’est pas nécessaire de prendre des mesures supplémentaires. En revanche, si nous parvenons à de meilleurs résultats, concernant le déficit, le gouvernement pourra relâcher en quelque sorte ces mesures.

Janvier 30, 2013