Interview accordée par le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, D. Kourkoulas au journal russe « Kommersant » et au journaliste Pavel Taranseko (Moscou, 30 mai 2013)

JOURNALISTE : Est-ce que les Grecs sont intéressés au marché russe ?

D. KOURKOULAS : Nous avons traversé une grave crise qui a déstabilisé le pays. Aujourd’hui, la situation macroéconomique s’est améliorée et les discussions sur la sortie de la Grèce de la zone euro n’appartiennent qu’au passé. Toutefois, nous devons redresser notre économie ce qui peut être fait de trois façons : à travers les exportations, les investissements étrangers et le tourisme. Les relations politiques avec la Russie ont toujours été excellentes, tandis que les relations économiques peuvent être améliorées davantage.

JOURNALISTE: Le 10 juin seront annoncés les résultats de l’appel d’offres qui a été lancé pour la privatisation de la DEPA (compagnie publique de gaz). Gazprom a également soumis son offre mais, selon des informations, les Etats-Unis et la Commission européenne ont averti la Grèce qu’une victoire de Gazprom serait non souhaitable. Est-ce que le gagnant sera choisi en fonction de critères politiques ?

D. KOURKOULAS : Les questions de ce genre revêtent toujours une dimension géopolitique. Nous voulons la diversification des sources d’énergie. Aujourd’hui, la plus grande partie de nos ressources énergétiques proviennent de la Russie. Pour ce qui est de l’appel d’offres pour DEPA, la procédure sera objective et transparente. Toutefois, j’aimerais signaler que le programme des privatisations mis en œuvre par le gouvernement grec ne se limite pas seulement à la privatisation d’une compagnie de gaz naturel mais prévoit aussi la privatisation d’un grand nombre d’aéroports et de ports.
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JOURNALISTE : Vous avez évoqué encore un moyen pour le redressement de l’économie grecque, celui du tourisme.

D. KOURKOULAS : Exactement. Cette année nous nous attendons à une hausse spectaculaire du nombre de touristes en provenance de Russie. Nous pensons que plus d’un million de touristes visiteront la Grèce, tandis que l’année dernière le nombre de touristes s’élevait à 800.000.

JOURNALISTE :     Qu’est-ce que vous faites pour y parvenir ?
D. KOURKOULAS : Nous interprétons de la manière la plus large possible de la législation en vigueur qui régit le régime des visas avec la Russie. Par exemple, nous délivrons des visas dans un délai de 48 heures seulement et un nombre de plus en plus grand de visas d’entrées multiples et de longue durée. Outre cela, nous coopérons avec des prestataires privés auprès desquels les touristes peuvent soumettre leurs pièces justificatives.
Notre objectif est – dont la réalisation sera promue au cours de la présidence hellénique imminente de l’UE – est la pleine suppression du régime des visas. Mais, je dois signaler, que des questions de ce genre doivent être réglées de concert avec tous les pays de l’UE.

JOURNALISTE : Pourquoi ne sont-ils tous pas prêts à supprimer le régime des visas ?

D. KOURKOULAS : Je suis certain que la Russie ne constitue pas une menace pour l’UE, du point de vue de l’immigration illégale, mais certains ne partagent pas cet avis.

JOURNALISTE :     Quelles sont les autres priorités de la présidence hellénique ?

D. KOURKOULAS : En période de crise, l’emploi est au cœur des préoccupations de la société, en conséquence de quoi, parmi nos priorités figurent l’augmentation des postes d’emploi et la croissance économique. A cette fin, nous devons, entre autres, parvenir au façonnement et au renforcement de l’Union monétaire européenne. Le premier pas dans ce sens est la création de l’Union bancaire de l’UE.

JOURNALISTE : Comment est-ce vous allez faire face à la hausse de l’euroscepticisme, puisque le Royaume Uni sortira éventuellement de l’UE ?

D. KOURKOULAS : La sortie du Royaume Uni de l’UE serait une perte considérable pour les deux parties. Toutefois, je pense que cela ne sera pas le cas et nous ne pouvons négliger la hausse de l’euroscepticisme, qui plus est non seulement au Royaume Uni, mais aussi en Grèce qui a toujours été un pays pro-européen. Cela est le résultat de la crise, à laquelle l’UE n’était pas prête à faire face. La société a commencé à contester l’efficacité des institutions européennes. Mais elle doit axer son attention sur les exploits de l’intégration européenne. A la fin de la crise, tous comprendront que l’UE est un projet à long terme. Nous ne dévons pas détruire la construction que nous étions en train de bâtir depuis 40 ans.

JOURNALISTE : Etes-vous sûr que la crise a été surmontée ?
D. KOURKOULAS : La période la plus difficile est passée, mais le chemin est encore difficile et nous devons accomplir le projet des reformes structurelles. La seule solution pour l’UE est de devenir plus compétitive dans le monde moderne. Ce n’est qu’ainsi qu’elle pourra sauver le modèle européen de l’économie, celui du marché libre à visage social.

Mai 31, 2013