Interview accordée par le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Evangelos Vénizélos à la chaîne de télévision allemande ZDF (31.12.2013)

Question : Quelles sont les priorités de la Présidence hellénique ?

E. Vénizélos : La première priorité de la Grèce est de montrer son visage européen normal, le visage d’un pays égal du point de vue institutionnel avec les autres Etats membres de l’UE, de montrer qu’elle n’est pas le parent pauvre, un pays en crise qui demande l’aide de ses partenaires, mais un pays européen normal, ancien et euro-atlantique.

Nos priorités sont les priorités des sociétés européennes. Notre première priorité est la croissance et la compétitivité de l’UE, la création d’emplois – car le grand problème est le chômage et notamment le chômage parmi les jeunes – et la garantie de la dimension sociale de l’UE.

Notre deuxième priorité est l’approfondissement de la gouvernance économique de l’UE et de la zone euro, l’avancement vers l’union bancaire, que la zone euro mais aussi l’UE des 28 puissent avancer sans courir le danger d’une nouvelle crise.

Notre troisième priorité est la garantie des frontières européennes, la gestion des flux migratoires, la lutte contre ladite immigration clandestine. Notamment pour nous, pays situé dans le sud européen, cette question revêt une importance capitale en raison de la crise qui sévit dans le monde arabe également. Nous avons une coopération du sud sur ces questions, nous coopérons avec la Présidence italienne qui succèdera à la Présidence hellénique, avec Malte, Chypre et d’autres pays, car c’est un problème européen et il doit y avoir une répartition égale des charges. La Grèce a le plus long littoral en Europe, par exemple. Les îles grecques constituent une richesse européenne et pas seulement grecque.

Notre quatrième priorité est horizontale, c’est la politique maritime intégrée, la politique méditerranéenne, la croissance bleue, comme nous l’appelons, car la mer est liée à l’environnement, l’énergie, la pêche, la souveraineté nationale, les zones maritimes et leur délimitation en Méditerranée, mais aussi les autres régions maritimes de l’UE.

Question : Est-ce que la situation en Grèce aura une influence sur la Présidence? 

E. Vénizélos : La crise économique touche à sa fin. La Grèce a présenté des résultats impressionnants. Jamais dans l’histoire de l’économie occidentale nous avons eu un pays qui a réalisé une adaptation budgétaire aussi impressionnante en l’espace de quelques années seulement – en moins de quatre ans. Le déficit primaire budgétaire est devenu en 2012 un excédent primaire – en 2013 il est devenu clairement un excédent primaire, un excédent primaire structurel et nous pensons qu’en 2014 nous aurons une performance encore meilleure, conformément au programme. D’où sommes-nous partis ? Nous sommes partis en 2009 d’un déficit primaire de 12% du PIB. Vous pouvez-donc vous imaginer l’ampleur de cette adaptation.

Ces résultats sont dus aux sacrifices du peuple grec, aux mesures difficiles. Mais en ayant réalisé une telle adaptation, en ayant le plus grand excédent primaire de l’UE, le plus grand excédent structurel de ladite économie occidentale – car notre performance est meilleure que celle de Singapour en termes d’excédent structurel et meilleure que celle de la Suède en termes d’excédent primaire nominal budgétaire – vous pouvez vous imaginez que nous avons une autre base de discussion, car nous pouvons regarder au-delà de la crise : le retour sur les marchés, la viabilité à long terme de la dette, les changements structurels, car la société grecque dans son ensemble veut un autre pays, un pays moderne, normal, européen, au service du citoyen et de la croissance. Bien entendu, tout le monde veut un marché ouvert, transparent et compétitif.

La Grèce présente des avantages comparatifs énormes: elle possède son environnement, sa position géographique, sa culture, son histoire, sa production agricole, son tourisme, elle possède également la capacité des Grecs et leur génie. Elle a donc la capacité de se baser sur un autre modèle de production et non de consommation.

Question : Peut-être aussi un autre modèle de Présidence? Car on entend dire que cette Présidence sera plus modeste et plus raisonnable.

E. Vénizélos : Il s’agit de la cinquième Présidence hellénique de l’UE, qui commence le 1er janvier 2014. Nous avons assumé cette fonction à quatre autres reprises, depuis 1981, date à laquelle la Grèce a adhéré à l’UE. Les Présidences helléniques précédentes, toutes quasiment, ont été assimilées à de très grands moments dans l’histoire de l’intégration européenne, notamment avec les grandes vagues d’élargissement de l’UE. C’est pourquoi nous avons toujours le regard tourné vers l’avenir de l’intégration européenne, le grand débat qui doit avoir lieu dans l’ensemble de l’Europe, en vue notamment des élections européennes de mai, pour pouvoir faire face aux nouvelles formes d’euroscepticisme qui viennent saper en réalité l’avenir commun, le destin commun des citoyens européens. Ici, nous devons apporter une réponse, qui puisse satisfaire l’ensemble de l’Europe. L’Europe du nord et l’Europe du sud.
Question : Une brève prévision pour 2014 ?

E. Vénizélos : 2014 sera pour la Grèce l’année du grand tournant. Après sept années de récession, nous aurons un rythme de croissance clairement positif. C’est ce à quoi nous aspirons. Ce sera également l’année où sera confirmé, pour la deuxième année, l’excédent primaire, ce sera l’année du virage de notre économie réelle, où nous pourrons réparer les injustices commises au sein des groupes sociaux vulnérables. Nous devons apporter notre aide aux personnes handicapées, pour vous donner un exemple, ou aux ménages qui sont confrontés au chômage le plus absolu, puisqu’aucun de leur membre ne travaille. Nous devons lutter contre la précarité énergétique, il est inadmissible qu’il y ait des ménages n’ayant pas accès à l’électricité.

Mais c’est surtout l’année de la reprise des investissements. Le secteur privé international – les banques, les funds – achètent grec. Ils croient en la Grèce. Et c’est un message très important. L’autre message à transmettre est qu’aucun citoyen européen n’a perdu un seul euro en raison de la crise grecque. Des prêts et des garanties ont été accordés et nous remercions le peuple allemand et l’Allemagne de s’être porté garante, mais ces prêts sont servis normalement. Le succès du programme grec sera un succès de l’ensemble de l’Europe et de la zone euro et tout le monde sortira gagnant, ce sera comme on dit une
« win-win situation ».

Janvier 2, 2014