JOURNALISTE : Vu votre solide experience, vos contacts a l’etranger et vos consultations, dans quelle mesure la situation est-elle critique ? Est-ce le pays risque de sortir de la zone euro ? Craignez-vous un retour a la drachme ?
S. DIMAS : Nous ne retournerons ni à la drachme, ni nous sortirons de la zone euro. Bien évidemment, la situation est extrêmement difficile. Nous vivons des situations sans précédent et le peuple grec a beaucoup souffert. Toutefois, nous devons avoir confiance en nos forces et ne pas renoncer aux efforts. Cela dépend de nous. La Grèce appartient à l’Europe unie et demeurera au sein de l’Europe.
JOURNALISTE : Vu la conjoncture difficile, il devra y avoir un soutien sincère au gouvernement de Papademos de la part des forces politiques et notamment de la part des partis qui y participent.
S. DIMAS: Le gouvernement a le soutien des partis participant à cette formation ainsi que l’acceptation du peuple grec qui souhaite la réalisation des objectifs de ce gouvernement. Ce gouvernement détient la majorité parlementaire élargie et dispose d’un mandat bien clair. Il est de son devoir de mener à bien ce mandat au profit du pays.
JOURNALISTE : Qu’entraînerait un échec du gouvernement Papademos pour le pays ?
S. DIMAS : Je ne peux accepter l’éventualité d’un échec. Tout le monde doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider le gouvernement à réaliser les objectifs qu’il s’est fixé. Tous ont d’ores et déjà compris quel est l’enjeu.
JOURNALISTE: Nombreux sont ceux qui ont le regard tourné vers les élections et élaborent leur stratégie en fonction de cela. Pouvons-nous nous offrir le luxe de nous livrer à des manœuvres politiciennes ?
S. DIMAS : Non, bien sur que non. Toutefois, nous ne pouvons pas nous entendre sur tout. Il y a trois partis et pres de 50 ministres. C’est pourquoi il faut que les ministres accomplissent une preparation minutieuse et qu’il y ait une cooperation avec les partis qui participent au gouvernement. Actuellement, notre pays a besoin d’un gouvernement qui se fasse discret et qui mettra l’accent sur le resultat. C’est a cela que s’attendent nos partenaires, autrement dit, ils veulent des resultats.
JOURNALISTE : Representez-vous l’opposition ou le gouvernement ? Est-ce qu’il peut y avoir un soutien sous conditions ?
S. DIMAS : Je participe au gouvernement et j’œuvre en faveur de sa réussite. On doit renoncer aux grandes paroles et faire notre travail. Ce n’est ainsi que la Grèce pourra sortir de cette situation difficile.
JOURNALISTE : Il y aura bientot un nouvel accord de pret. Est-ce que la Nouvelle Democratie votera en faveur de nouvelles mesures ou craignez-vous le cout politique ?
S. DIMAS : L’achèvement de l’accord de prêt relève des responsabilités du gouvernement et cet accord doit être ratifié dans les plus brefs délais. Cette notion de coût politique dans la conjoncture actuelle est un luxe que nous ne pouvons nous offrir.
JOURNALISTE : En cas d’un retard pour ce qui est de la contribution du secteur financier privé (PSI) le mandat du gouvernement actuel sera prolongé et si oui, pour combien de temps ? Pourquoi cette obstination à organiser les élections avant Pâques ?
S. DIMAS: Le pays ne pourrait pas supporter un retard dans la mise en ?uvre du programme de participation du secteur financier prive. Si des elections ne peuvent pas etre menees au mois d’avril, cela signifiera que la mission du gouvernement se soldera par un echec. Les elections d’avril constituent un element fondamental de sa reussite. Si le gouvernement echoue – ce que je ne pense pas – il n’a aucune raison de rester au pouvoir.
JOURNALISTE : Pensez-vous que le gouvernement en place puisse être le signe précurseur d’une situation analogue après les élections, dans le cas où la Nouvelle Démocratie ne remporte pas la majorité – comme l’indiquent les sondages – ou bien allez-vous opter pour de nouvelles élections ?
S. DIMAS : Plus les élections approcheront, plus la tendance sera à une Nouvelle Démocratie majoritaire. Et le gouvernement majoritaire de la Nouvelle Démocratie gouvernera en s’efforçant de parvenir au meilleur consensus possible. Tout le monde peut et doit contribuer aux efforts consentis par notre pays pour sortir de la crise.
JOURNALISTE : Êtes-vous favorable à une coopération concrète avec la Turquie et Israël sur le plan énergétique et de quelle façon cette coopération peut-elle avoir lieu ?
S. DIMAS : Nous sommes voisins avec la Turquie et nous coopérons déjà sur le plan énergétique avec les gazoducs reliant les deux pays en Thrace. Il est de l'intérêt des deux pays de poursuivre cette coopération, pour le transport d’hydrocarbures de la Russie et la Mer Caspienne vers l’Europe. Pour ce qui est d’Israël et de la Méditerranée orientale, les découvertes de grands gisements génèrent des opportunités considérables. Pour notre part, nous devons procéder à une bonne planification afin de valoriser la position de notre pays. Le haut niveau de nos relations politiques avec Israël, la relation fraternelle avec la République de Chypre sont une base idéale.
JOURNALISTE : Est-ce que la partie grecque est prête à venir à la table des négociations sur le nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine? Craignez-vous les pressions pour une solution à la question du nom en raison également de la conférence de l’OTAN à Chicago en mai prochain ?
S. DIMAS : La partie grecque est prête et soutient l’activation du processus de négociations. Nous ne craignons pas la solution, nous y aspirons. Nous voulons voir le pays voisin avancer dans son cheminement vers l’Union européenne et l’OTAN. L'atteinte d'une solution rapide est entre les mains de Gruevski. Au lieu de rechercher ou d’inventer des prétextes pour accuser la Grèce, il ferait mieux de se concentrer sur les négociations afin que nous puissions parvenir à une solution qui soit dans l'intérêt des deux pays.
JOURNALISTE : Quelle position adopterez-vous si l’UE soulève la question d’un embargo sur les exportations iraniennes de pétrole ?
S. DIMAS : Cette question a une influence directe sur la sécurité énergétique de notre pays et le bon fonctionnement de son économie. Lors du Conseil européen de décembre, nous avons clairement fait part de nos réserves aux autres partenaires. Nous avons remporté leur soutien et avons accordé du temps aux instances compétentes en Grèce afin qu'elles puissent procéder à une planification alternative. Dans la gestion de cette question, il convient d'assurer que la Grèce aura l'embarras du choix.
JOURNALISTE : Les déclarations Yilmaz empoisonnent les efforts visant à instaurer la confiance entre la Grèce et la Turquie. Comment la confiance sera-t-elle rétablie ?
S. DIMAS : Tant que la question demeure irrésolue, elle empoisonne l’opinion publique et les efforts visant à instaurer la paix, comme vous avez dit. Le gouvernement turc actuel a fait d’importants pas vers l’investigation d'affaires similaires. Elle doit en faire de même dans ce cas. Mais pour notre part, nous devons de nouveau examiner tous les éléments y relatifs. J’ai d’ores et déjà demandé la coopération des services compétents afin que nous puissions avoir un aperçu global de la situation et décider des prochains pas à entreprendre.
JOURNALISTE : Est-ce que la détérioration des relations avec la Russie vous préoccupe ?
S. DIMAS : La Grèce s’efforce d’entretenir des relations traditionnelles étroites et amicales avec la Russie. L’une des premières rencontres que j’ai eues, lorsque j'ai assumé mes nouvelles fonctions, était avec le ministre des Affaires étrangères de Russie, M. Lavrov, avec lequel nous avons eu une coopération étroite et constructive. Pour ce qui est de la question des réactions récentes en Russie, je ne pense pas que cela ait une influence sur le tissu des relations gréco-russes.
JOURNALISTE : A partir du moment où vous avez assumé vos fonctions, vous avez parlé de la nécessité de restaurer dans les plus brefs délais la crédibilité du pays au niveau international. Est-ce que le climat a changé ?
S. DIMAS : La formation du gouvernement a prouvé à tout le monde la détermination des Grecs dans leur lutte pour sortir de la crise. Le climat est certes différent, mais il y a encore du travail pour que notre pays acquière de nouveau sa crédibilité et notamment nous devons en apporter la preuve par nos actes. Mais avant tout, nous devons respecter notre pays. Car ce sont nous les premiers – par nos actes et nos paroles – qui créons l'image de notre pays à l’étranger.
Janvier 9, 2012