Interview de M. Droutsas, ministre des Affaires étrangères accordée à la radio nationale bulgare

Journaliste : Monsieur Droutsas, de nombreuses questions ont été posées lors de la conférence à Sofia et des propositions soumises sur la façon dont l'Europe pourrait aider les sociétés arabes à débuter leur transition vers la démocratie. Quel est l'intérêt stratégique des Grecs mais aussi des Bulgares à cet égard ?

D. Droutsas : La Grèce est le voisin direct des pays du Moyen-Orient. Nous entretenons des relations traditionnellement historiques avec les pays arabes qui sont basées sur la compréhension et le respect mutuel. C’est pourquoi les événements dans la région nous concernent directement. La paix, la sécurité et la stabilité dans la région signifient la paix, la sécurité et la stabilité pour la Grèce. La croissance économique dans la région signifie la croissance économique pour la Grèce. Si nous investissons davantage dans l'avenir de nos voisins, nous pourrions sans doute éviter les problèmes, comme par exemple les grands flux migratoires en provenance du Moyen-Orient. L'une des voies naturelles des immigrés passe par la Grèce. En ce qui concerne la Bulgarie, elle n'est peut-être pas un voisin direct des pays du Moyen-Orient, mais elle est située à proximité de cette région. C'est pourquoi j'estime que ce qui est valable pour la Grèce est également valable pour la Bulgarie. Nous coopérons étroitement. Je suis en contact direct avec mon homologue Nikolaï Mladenov. Nos deux pays contribuent à la politique qu'exerce ou devrait exercer l'UE tout entière.

Journaliste : Mais comment pourrions-nous gagner la confiance des Arabes étant donné que nous craignons tant les migrants originaires de ces pays?

D. Droutsas : Il s’agit d’une question revêtant une importante déterminante, car la confiance est l’élément le plus important lorsque nous avons affaire à ce genre de questions. Dans un premier temps, il faut faire attention à ne pas donner la fausse impression aux Arabes que l’Occident ou l’Europe viennent encore leur imposer quelque chose de nouveau. Le mot-clé ici est le mot « coopération ». Sans pour autant transmettre de faux messages, nous devons contribuer au développement de l’économie de ces pays afin que les citoyens de ces pays ne ressentent pas le besoin de partir en Europe à la recherche d'un meilleur avenir.

Journaliste : Outre des pays comme l’Afghanistan, manifestement la situation de s’améliorera pas de si tôt au Bahreïn, au Yémen, en Syrie. Au vu des difficultés qui existent en Grèce avec les immigrés en provenance des pays du Moyen-Orient, qui passent par la frontière avec la Turquie, ne serait-il pas préférable pour la Bulgarie de ne pas adhérer aussi rapidement à l’espace Schengen ?

D. Droutsas : Je ne peux pas donner de conseils au gouvernement bulgare. A notre avis, plus nous convergeons dans le cadre de l'UE dans tous les domaines, plus les avantages seront nombreux pour notre avenir commun. Et puisque vous vous êtes référés à la position grecque concernant Schengen et aux difficultés auxquelles la Grèce est confrontée avec l’immigration illégale, je n’estime pas que les défis de l’immigration soient provoqués par l’adhésion à l’espace Schengen. Les immigrés clandestins ne sont pas le problème d’un pays qui constitue les frontières extérieures de l’UE. C'est le problème de l'UE tout entière. L'obligation morale de tous les pays membres est de faire preuve de solidarité et de partager la responsabilité.

Journaliste
: Pendant les travaux du forum, vous avez proposé que l’UE conçoive une sorte de plan Marshall pour les pays d’Afrique du nord. Un tel projet est-il faisable et comment les sociétés européennes réagiront à cela, qui plus est en la conjoncture actuelle de crise dans la zone euro où un soutien économique devra être fourni au Portugal ?

D. Droutsas : Je comprends tout à fait vos réserves. Toutefois, je suis d’avis que nous vivons un moment historique avec tous ces changements qui s’opèrent dans le monde arabe. L’Europe peut profiter de cette occasion. On parle d’investissement de la part de l’UE dans la paix et la stabilité. Il s’agit de créer la croissance économique et la stabilité sociale dans ces pays. Je comprends qu’en période de grosses difficultés économiques au sein de l'UE, il n'est pas facile de trouver les fonds nécessaires. Mais ce « plan européen de type Marshall » doit être compris dans son acception symbolique, à savoir que l’Europe propose quelque chose de grand qui ne comprend pas seulement le volet économique, mais un ensemble de mesures politiques, économiques et sociales pour la région. Je suis sûr que nous trouverons la solution appropriée au moyen d’un dialogue ouvert avec les autres pays européens.

Mai 9, 2011