Propos recueillis par les journalistes Dimitris Stavropoulos et Dimos Verikios
JOURNALISTE : Hier soir, à Bruxelles, une réunion extraordinaire s’est tenue sur l’Ukraine. La Grèce a été représentée par M. Dimitris Kourkoulas, Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères. Le représentant de la Grèce lors de cette réunion est rentré à Athènes et il est avec nous.
Bonjour monsieur le Ministre, bonjour M. Kourkoulas.
D. KOURKOULAS : Bonjour.
JOURNALISTE : Quelles sont les dernières nouvelles de Bruxelles ?
D. KOURKOULAS : Lors du Conseil extraordinaire des ministres des Affaires étrangères a été convenue l’imposition des sanctions lesquelles comprennent la privation de visas, le gel des avoirs de certaines personnes tenues responsables pour la violence inadmissible en Ukraine. Ce qui est également important est que dans la décision adoptée par les 28 figurent aussi certaines lignes directrices concernant les efforts visant à l’atteinte d’une solution. A l’heure où se tenait la réunion du Conseil à Bruxelles, trois ministres des Affaires étrangères, de la France, de l’Allemagne et de la Pologne, étaient à Kiev. Ils avaient des rencontres successives avec l’opposition ainsi qu’avec le Président de l’Ukraine.
JOURNALISTE : Quel est le message transmis par l’Europe au Président ukrainien?
D. KOURKOULAS : Le premier message est que le recours à cette sorte de violence est inadmissible. L’Europe a toutefois transmis aussi un message à l’opposition, à savoir que cette dernière devrait se distancier de certains groupes qui utilisent eux aussi la violence et sont, dirais-je, animés d’idées extrémistes. Il existe, malheureusement, au sein de l’opposition aussi, certaines forces antidémocratiques extrémistes qui doivent être isolées.
En outre, le message est qu’il ne s’agit pas d’un antagonisme en matière d’influence stratégique. La stabilité en Ukraine est dans notre intérêt, dans l’intérêt de l’Union européenne et de la Russie.
JOURNALISTE : Leur avez-vous imposé un délai pour la normalisation de la situation ?
D. KOURKOULAS : La négociation est un programme de sortie de la crise bien précis lequel prévoit le changement de gouvernement, la formation d’un gouvernement d’union nationale, la révision de la constitution qui est l’une des demandes de l’opposition et la tenue des élections, plus tôt que la date initialement prévue, législatives et présidentielles. Nous verrons ce qui va se passer dans les prochaines heures.
JOURNALISTE : Le Président de l’Ukraine accepte-t-il ces demandes ? Je pense que non. Sa position est immuable.
D. KOURKOULAS : Des négociations sont en cours, au moins elles l’étaient jusqu’à minuit hier. Les trois ministres, de la part des 28, sont encore là-bas.
Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Evangelos Vénizélos lequel j’ai représenté lors de ce Conseil, est en contact avec Mme Ashton qui est la représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, ainsi qu’avec d’autres ministres car la situation est en fait gravissime.
Actuellement, ce n’est pas seulement Kiev qui est confronté à la violence mais aussi d’autres villes de l’Ukraine. Malheureusement, les évolutions sont très graves. Je pense qu’il est dans l’intérêt de tous, de l’Union européenne et d’autres pays voisins de l’Ukraine d’établir la stabilité. Nous, en tant que présidence, nous poursuivons nos efforts, nous nous coordonnons avec tous nos partenaires, afin de parvenir à une solution, ne fût-ce qu’au dernier moment. Malheureusement, les choses sont très graves.
JOURNALISTE : Nous avons l’impression qu’il y a un affrontement entre l’Union européenne et la Russie. Est-ce que cela est vraiment le cas ? La Grèce a ses propres intérêts. En ce moment, il est dans son intérêt d’entrer en conflit avec la Russie au sujet de l’Ukraine ?
D. KOURKOULAS : Ni les intérêts de la Grèce et, bien entendu, ni ceux de l’Europe vont dans ce sens. Je vous prie de consulter la déclaration de Mme Merkel hier qui s’est entretenue avec la Fédération russe. Il faut éviter un retour à la guerre froide. Il n’y a aucune raison. Les intérêts stratégiques tant de la Russie que de l’Europe est une Ukraine stable et c’est finalement le peuple ukrainien qui doit décider de manière démocratique de ses relations tant avec l’Union européenne qu’avec la Fédération de Russie.
JOURNALISTE : Si la direction ukrainienne ne fait pas preuve de la retenue requise afin de mettre fin aux affrontements, au bain de sang, aux francs-tireurs, etc., que fera l’Union européenne ?
D. KOURKOULAS : Je n’ose même pas y penser.
JOURNALISTE : Y a-t-il un plan B ? Dites-nous s’il existe un tel plan, sans toutefois nous répondre par un oui ou non simplement.
D. KOURKOULAS : Le plan que l’Union européenne essaye maintenant d’imposer et d’appliquer est celui de la sortie de la crise et je pense que cela est dans l’intérêt des deux parties. Je ne suis pas aussi pessimiste. Je pense que, ne fût-ce qu’au dernier moment, on pourra éviter une guerre civile ce qui aurait des conséquences néfastes tout d’abord pour l’Ukraine mais aussi pour toute l’Europe.
JOURNALISTE : Est-ce que les intérêts de la Grèce dans la région élargie sont actuellement en danger ?
D. KOURKOULAS : L’instabilité, quelle qu’elle soit, dans la région est dangereuse.
JOURNALISTE : C’est vrai.
D. KOURKOULAS : Et cela je pense doit servir de leçon pour nous ici en Grèce, pour ce qui est de la grande importance que revêt la stabilité politique. La Grèce, en dépit de la crise économique et sociale profonde à laquelle est confrontée, constitue un pôle de stabilité dans toute la région, où, comme vous le savez, il y a une grande volatilité, tant dans la partie sud que dans celle de l’est.
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, nous vous remercions beaucoup pour cette communication d’informations.
D. KOURKOULAS : Merci.
Février 21, 2014