Interview du ministre des Affaires étrangères Giorgos Gerapetritis à la chaîne CNN et à la journaliste Becky Anderson (22 avril 2026)

Interview du ministre des Affaires étrangères Giorgos Gerapetritis à la chaîne CNN et à la journaliste Becky Anderson (22 avril 2026)

JOURNALISTE : Nous accueillons aujourd’hui le ministre grec des Affaires étrangères, George Gerapetritis. Nous sommes ravis de vous avoir parmi nous, Monsieur. Merci de vous joindre à nous. C’est un jour important pour aborder ce sujet. Que pouvez-vous nous dire au sujet de ce navire battant pavillon grec pris dans l'attaque iranienne d'aujourd'hui et de son équipage ?

G. GERAPETRITIS : Merci de m'avoir invité. Je peux confirmer qu'une attaque a été perpétrée contre un cargo battant pavillon grec, mais je ne peux pas confirmer qu'il ait été saisi par les Iraniens. Il y a donc des dégâts importants, mais pour l'instant, il n'est pas détenu.

JOURNALISTE : Votre bureau ou tout autre service du gouvernement grec, à votre connaissance, a-t-il eu des nouvelles de l’équipage ou de toute personne directement impliquée dans ce navire battant pavillon grec depuis qu’il a été pris pour cible ?

G. GERAPETRITIS : Nous avons déjà contacté le propriétaire du cargo et la compagnie qui assure actuellement la surveillance du navire. Tous les marins sont en bonne santé. Les dégâts sont extrêmement importants, mais pour l'instant, il n'y a aucun risque de dégâts supplémentaires ni de naufrage du cargo.

JOURNALISTE : Il s'agissait, si je comprends bien, d'un navire de propriété grecque battant pavillon libérien qui se dirigeait vers l'Inde, d'après ce que nous avons compris. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur la situation de ce navire ?

G. GERAPETRITIS : En effet, il s’agissait d’un navire battant pavillon libérien et appartenant à un armateur grec. Il tentait de sortir du détroit d’Ormuz. C’était un cargo qui se dirigeait vers une destination que je ne peux malheureusement pas confirmer. La situation sur le terrain est assez préoccupante. Ce n’est évidemment pas une situation facile ni apaisée. Nous avons donc envoyé un avis général à tous les navires appartenant à des Grecs leur demandant d’être très vigilants, de faire preuve d’une retenue maximale et d’éviter de traverser le détroit.

JOURNALISTE : Savez-vous si des compagnies maritimes grecques ou des équipages de navires appartenant à des Grecs ou battant pavillon grec ont collaboré directement avec le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) et/ou payé un droit de passage pour assurer leur sécurité ?

G. GERAPETRITIS : À l'heure actuelle, je peux confirmer qu'il y a 11 navires grecs, battant pavillon grec, dans le golfe, et qu'ils y demeurent. Et nous en avons au moins 40 ou 50 autres qui sont de propriété grecque mais battent pavillon d'autres pays. Je peux confirmer que des efforts ont été déployés pour sortir du détroit, mais je ne suis pas en mesure de confirmer que des droits de passage ont été versés au gouvernement iranien ou aux Gardiens de la révolution à cette fin. Mais il est vrai qu’il y a eu quelques cas, un petit nombre de cas, de pétroliers qui ont quitté le détroit d’Ormuz.

JOURNALISTE : Vous dites que vous ne pouvez pas confirmer s’ils ont payé ou non des droits pour effectuer ce trajet. J’ai du mal à comprendre pourquoi vous n’êtes pas en mesure de fournir cette information. Excusez-moi.

G. GERAPETRITIS : Parce que je ne dispose pas de cette information, car celle-ci est restée secrète par les armateurs. Il existe, vous savez, des secrets industriels qui ne peuvent être révélés. Donc, à ma connaissance, je peux confirmer qu’il y a eu quelques cas, mais je ne peux pas dire si un péage a été payé ou non.

JOURNALISTE : Je comprends. La Grèce va-t-elle enquêter sur les navires qui auraient collaboré directement avec le CGRI, qui est bien sûr une organisation terroriste désignée par l'Union européenne ?

G. GERAPETRITIS : S'il existe des preuves solides étayant un quelconque lien avec des organisations terroristes, les autorités grecques prendront évidemment les mesures qui s'imposent. Pour l'instant, nous ne disposons d'aucune information ni d'aucun élément en ce sens, je ne peux donc pas affirmer que nous allons mener une enquête plus approfondie.

Nous nous coordonnons avec les autres États membres de l’UE en vue d’une action concertée pour enquêter sur de tels cas, mais pour l’instant, nous ne disposons d’aucune preuve tangible à ce sujet.

JOURNALISTE : Quel impact pensez-vous que ces attaques iraniennes contre, d’après ce que nous comprenons, au moins trois navires à ce stade, auront sur ce cessez-le-feu que le président américain vient de prolonger il y a quelques heures ? Quelle est votre évaluation à ce stade ?

G. GERAPETRITIS : Ce n'est pas une approche constructive. Je tiens tout d'abord à saluer l'initiative du président Trump de prolonger unilatéralement le cessez-le-feu. Il est important que nous épuisions tous les moyens diplomatiques possibles afin de résoudre le conflit. C'est absolument crucial non seulement pour les deux pays, l'Iran et les États-Unis, mais aussi pour le monde entier, car cela affecte fortement l'économie de tous les États. Il est donc important de poursuivre les efforts diplomatiques. J'exhorte les autorités iraniennes à faire preuve d'un maximum de retenue en ce qui concerne de telles attaques. La liberté de navigation n'est pas négociable.

JOURNALISTE : La Grèce est fortement impliquée dans la mission navale de l'UE ASPIDES, qui protège bien sûr les navires en mer Rouge. La chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, m'a récemment confié qu'il y avait des discussions sur l'extension de cette mission au détroit d'Ormuz. Pouvez-vous confirmer que cette possibilité est en cours de discussion au niveau ministériel de l'UE ? Et comment la Grèce a-t-elle réagi à cette idée ?

G. GERAPETRITIS : Cela a en effet été discuté entre les ministres des Affaires étrangères de l'UE. Et il existe d'autres initiatives, émanant essentiellement du Royaume-Uni et de la France, visant à mettre en place une future opération – essentiellement une opération d'escorte de navires – dans le détroit d'Ormuz. Pour l’instant, nous n’avons pas encore décidé d’étendre le mandat de l’opération ASPIDES. Comme vous l’avez justement souligné, la Grèce fait partie des rares pays à avoir fourni des navires de guerre pour apporter une aide concrète dans la mer Rouge, où la situation est également très instable. Notre position initiale est que nous n’excluons pas une opération européenne dans le Golfe, mais cela ne pourra se faire que si le conflit armé est au moins suspendu, voire terminé.

JOURNALISTE : Je comprends. Pouvez-vous brièvement nous donner une idée de l’impact de ce conflit sur le secteur maritime grec ? Plus précisément, que se passe-t-il dans le détroit, et quel est l’impact que la Grèce a subi, ainsi que les répercussions que tant de pays à travers le monde ressentent, en raison de ces problèmes d’approvisionnement en énergie et en autres produits ?

G. GERAPETRITIS : Comme vous l'avez justement mentionné, la Grèce possède la plus grande flotte marchande, il y a donc évidemment des répercussions considérables sur l'économie grecque et la communauté des armateurs grecs. À l'heure actuelle, comme je l'ai mentionné, nous avons 11 navires battant pavillon grec et 40 à 50 autres navires appartenant à des armateurs grecs, qui sont pour l'essentiel bloqués dans le Golfe. Nous subissons effectivement une flambée des prix du pétrole, du pétrole brut et d'autres produits pétroliers. Nous nous attendons à de nouvelles hausses des prix d'autres marchandises. À l’heure actuelle, nous connaissons une inflation importante pour certains biens spécifiques tels que les engrais et les produits pétroliers, mais nous nous attendons à un effet domino sur d’autres prix. Nous coordonnons notre action avec nos partenaires de l’UE afin de voir comment gérer la situation. Aujourd’hui, le Premier ministre grec a annoncé un ensemble important de mesures financières en faveur des personnes vulnérables pour faire face aux problèmes de pénurie ou de hausse des prix liés à l’utilisation du pétrole. Nous continuerons à soutenir la population pour faire face à la situation. Mais la vérité est que, sans une paix véritablement durable et résiliente dans la région, l’économie connaîtra d’importantes turbulences à l’échelle mondiale.

JOURNALISTE : Moniseur Giorgos Gerapetritis, c’est un réel plaisir de vous avoir parmi nous. C’était une conversation constructive. Je vous remercie vivement de nous avoir accordé votre temps aujourd’hui. Merci.

Avril 22, 2026