Propos recueillis par les journalistes Iordanis Chasapopoulos et Anthi Voulgari
JOURNALISTE : Nous sommes très heureux d'accueillir parmi nous aujourd'hui, en cette journée difficile, le ministre des Affaires étrangères, M. Giorgos Gerapetritis. Nous le remercions vivement.
G. GERAPETRITIS : C'est un grand plaisir et un honneur, M. Chasapopoulos, Mme Voulgari.
JOURNALISTE : Et plus que jamais d'actualité, je pense. C'est l'une des personnes avec lesquelles nous souhaitions nous entretenir aujourd'hui, car elle présente un intérêt journalistique particulier. Monsieur le ministre, nous sommes prêts à commencer.
G. GERAPETRITIS : Je me permets toutefois de préciser que nous avons passé une nuit très difficile. Hier, nous avons rapatrié 140 citoyens de la zone de guerre en Israël, dans des conditions extrêmement difficiles, après un long voyage par voie terrestre via l'Égypte. En coordination avec l'état-major général, des avions militaires ont été envoyés et ont ramené les personnes à l'aube aujourd'hui, afin qu'elles puissent se sentir en sécurité. Les opérations se poursuivent.
JOURNALISTE : Y a-t-il d'autres Grecs ?
G. GERAPETRITIS : Il y a encore beaucoup de Grecs qui se trouvent en Israël. Ceux qui souhaitaient partir ont été évacués. De nouvelles opérations vont avoir lieu. Une opération encore plus difficile est le retrait d'Iran.
JOURNALISTE : Y a-t-il aussi des Grecs là-bas ?
G. GERAPETRITIS : Oui, il y en a aussi là-bas. Il y a un petit nombre de Grecs là-bas et, bien sûr, notre mission diplomatique est sur place. Nous veillons à ce que la procédure de leur départ commence aujourd'hui. Nous comprenons tous qu'il s'agit d'une tâche extrêmement difficile.
JOURNALISTE : Le C-130 ne va pas y aller ?
G. GERAPETRITIS : Non, il n'ira pas. Nous n'irons pas par avion, car les conditions ne sont pas sûres pour le faire. Un plan d’évacuation très spécifique a déjà été mis en place. Vous me permettrez de ne pas entrer dans les détails. Je voudrais toutefois, depuis cette tribune accueillante, remercier chaleureusement les services du ministère des Affaires étrangères pour les efforts surhumains qu'ils déploient.
JOURNALISTE : Et ceux de l'armée de l'air.
G. GERAPETRITIS : Toutes les nuits, et bien sûr, l'armée de l'air, qui a fait preuve d'un zèle sans faille pour pouvoir rendre service aux citoyens grecs.
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, le C-130 au Caire, en Égypte, va-t-il repartir ?
G. GERAPETRITIS : Comme vous le savez déjà, je vous l'ai dit, nous avions trois avions, un C-27 et un C-130. Bien sûr, si nécessaire, nous mènerons une autre opération. Je tiens toutefois à vous dire que cela nécessite une coopération très difficile avec les Israéliens et les Égyptiens, car ils traversent des zones difficiles. Et surtout, parce que, comme nous le comprenons tous, les conditions sont actuellement telles qu'elles sont devenues extrêmement asymétriques. C'est pourquoi, dès le jour où le conflit entre Israël et l'Iran a éclaté, nous avons lancé une opération surhumaine, dès l'aube, afin de recenser tous les Grecs qui se trouvent en Iran et en Israël, afin de pouvoir communiquer avec eux. Nos missions diplomatiques à Téhéran, Tel-Aviv et Jérusalem sont en contact permanent avec les Grecs. Nous appelons les Grecs à rester en sécurité et à rester en contact permanent avec le consulat et l'ambassade.
JOURNALISTE : La situation semble plus difficile que d'habitude. Hier, tous les ministres européens des Affaires étrangères se sont réunis. Quelle position l'Europe va-t-elle adopter et qu'est-ce qui vous inquiète ?
G. GERAPETRITIS : À l'heure actuelle, nous sommes confrontés à un très grand nombre de conflits régionaux impliquant des acteurs clés. Je dirais malheureusement que nous sommes à un moment critique, et c'est le lieu approprié pour le dire, car de grands pays, qui ont une forte influence et un arsenal puissant, se trouvent actuellement dans une situation de grande tension et de conflit. Malheureusement, environ 130 conflits armés sont actuellement en cours dans le monde. C'est un chiffre qui n'a jamais été atteint depuis la Seconde Guerre mondiale. C'est un chiffre effrayant. Et ce qui est particulièrement effrayant, c'est que des pays qui disposent d'un arsenal extrêmement puissant et qui ne sont pas les plus démocratiques du monde sont impliqués dans ces conflits. Nous comprenons tous que nous nous trouvons actuellement dans une situation asymétrique qui nécessite une action collective. C'est dans ce contexte qu'a eu lieu hier le Conseil extraordinaire des Αffaires étrangères de l'Union européenne, afin que l'Europe adopte une position harmonisée. La position de la Grèce, qui a été transmise à l'Union européenne, est que la priorité aujourd'hui est de désamorcer les tensions dans la région au sens large et de poursuivre les discussions sur le futur arsenal nucléaire dont l'Iran pourrait potentiellement disposer.
JOURNALISTE : Mais permettez-moi de vous dire que l'axe franco-allemand n'a pas de position commune. Nous avons entendu M. Macron dire, rejoignant ainsi la position de la Grèce, qu'il fallait que la paix règne et qu'une issue diplomatique soit trouvée pour mettre fin à la guerre. Et nous avons entendu le chancelier allemand dire qu'Israël fait le sale boulot pour nous tous.
G. GERAPETRITIS : Permettez-moi de dire que les positions ne sont pas si éloignées. Malheureusement, ces dernières années, l'Union européenne n'a jamais eu de position commune, ce qui est lié à la diversité des États membres. Ce que je veux dire, c'est que nous reconnaissons tous que la menace iranienne est réelle et qu'elle doit absolument être désamorcée, car cela ne concerne pas seulement la sécurité régionale, mais aussi la sécurité mondiale et la politique de sécurité globale. D'autre part, une nouvelle escalade représente un risque très important, car elle constitue un foyer d'inflammation. Le monde ne peut pas supporter une autre grande guerre, une guerre à laquelle, je le répète, participeront des États qui sont actuellement dans un état d’alerte maximale en cas d’incidents armés.
JOURNALISTE : La Türkiye vous inquiète-t-elle, ainsi que la position qu'elle adoptera ? Car la Türkiye est un acteur qui, selon nous, agit selon ses envies. Nous avons récemment vu les cartes qu'elle a publiées et qui, si je ne me trompe pas, s'étendent jusqu'à Eubée. Plus de la moitié de la mer Égée. Cela vous inquiète-t-il ? Après tous ces développements et si la carte géopolitique change, quelle position adoptera-t-elle et quelle position adoptera-t-elle à notre égard ?
G. GERAPETRITIS : Nous suivons toujours de près l'attitude de la Türkiye, comme nous suivons l'attitude de tous les pays voisins, en particulier bien sûr celle de la Türkiye, avec laquelle, comme vous le savez, nous avons un lourd passé historique. À l'heure actuelle, l'important est de faire preuve d'autant de sang-froid que possible. La Türkiye a déjà fait preuve d'une attitude très revendicative à l'égard de la Grèce par le passé. Les cartes qui ont été publiées ne datent ni d'aujourd'hui ni d'hier. Elles remontent à des années, voire à des décennies, si vous me permettez, et sont en réalité le reflet d'un dogme qui est totalement infondé et n'a aucun fondement en droit international, le dogme de la patrie bleue. Nous comprenons que cette position ne changera pas. D'autre part, ce qui importe aujourd'hui, c'est que nous puissions adopter une attitude qui n'implique pas notre pays plus activement dans des zones de risque accru. Ce que je veux dire par cela est - parce que j'entends cela sans cesse - que la Grèce se trouve actuellement, pour le meilleur ou pour le pire, dans une situation géographique extrêmement dangereuse. Nous sommes entourés par la Libye, qui est un État en proie à une division totale, par l'Égypte, dont nous connaissons les graves problèmes, avec le canal de Suez pratiquement fermé et un risque important pour la navigation maritime, par le Moyen-Orient, où les foyers d'inflammation se multiplient chaque jour, et par les Balkans, où les nationalismes semblent à nouveau gagner du terrain. Dans un tel voisinage, il est donc non seulement simpliste de discuter de la possibilité pour la Grèce de brandir le drapeau de la révolution, mais cela est également extrêmement dangereux pour le pays.
JOURNALISTE : C'est votre réponse à M. Samaras ?
G. GERAPETRITIS : Je ne réponds pas à M. Samaras.
JOURNALISTE : Pourquoi, hier après-midi, en fin d'après-midi, M. Samaras a-t-il fait référence à vous et, pour le dire simplement, a-t-il déclaré que l'attitude de la Grèce était purement défensive et que la Grèce n'avait aucune raison d'agir ainsi ?
JOURNALISTE : Il a dit que les eaux de la mer Égée n'étaient pas calmes. Pour reprendre ses propres termes, c'est une tempête, une tempête sous un crâne. Et que nous ne participons pas à cette histoire, et que ce que nous faisons est, pour le dire ainsi...
G. GERAPETRITIS : Pour être honnête, comme nous avons mené hier l'opération de sauvetage de 140 personnes par Israël, j'ai dû rester en permanence au centre des opérations et je n'ai pas suivi le discours. Mais, en tout état de cause, je dois vous dire que je ne répondrai pas. Je respecte les opinions de chacun. Vous savez, par nature, je considère mon interlocuteur simplement comme un concitoyen ayant des opinions différentes. Je ne le considère pas comme un ennemi. Je ne suis animé par aucune intolérance, aucune hostilité. Je tiens à dire ceci, et ce n'est pas une réponse, mais une prise de position. Je ne ferai jamais référence aux propos d'autrui. Je me contenterai de présenter notre propre politique. Et parce que je suis un homme issu de la société et que je retournerai dans la société, je ne suis pas un homme politique de carrière qui pense à son avenir politique ou à la défense de son passé politique, je serai très clair dans mes propos. Aujourd'hui, le citoyen grec préférerait-il se trouver, au cœur d'un conflit armé, préférerait-il que nous ayons en ce moment, alors que toute la Méditerranée est en feu, préférerait-il que nous ayons des milliers de survols de chasseurs turcs, comme c'était le cas par le passé ?
Préférerait-il avoir d'énormes flux migratoires en provenance de Türkiye, comme c'était le cas il y a quelques années ? Au lieu d'avoir actuellement le calme qui règne, d'avoir du tourisme dans les îles, au lieu d'avoir des flux migratoires. Préférerait-il que nous n'ayons pas notre plan d'aménagement maritime, nos parcs marins, Chevron et Exxon ? Car tout ce que je vous énumère, et je pourrais vous en énumérer beaucoup d'autres, s'est produit au cours des deux dernières années, et au cours des deux dernières années, nous avons agi avec prudence et respect pour le peuple grec. - mon souci était toujours, depuis que je suis au service du ministère des Affaires étrangères, de servir mes concitoyens et l'intérêt national - je tiens donc à dire qu'au cours des deux dernières années, notre objectif n’implique aucune concession - et il n'y a eu aucune concession, je le dis catégoriquement - chacun peut avoir son opinion.
JOURNALISTE : M. Samaras a un autre point de vue, car à Chypre, vous vous souvenez de son dernier discours ? M. Samaras avait mentionné quelque chose qu’il discernait dans l’arrière plan.
G. GERAPETRITIS : En ce qui concerne Chypre en particulier, puisque vous en avez parlé. Je dirais ceci : je considère que la plus grande réussite de la politique étrangère grecque au cours des deux dernières années est la reprise des discussions informelles sur la question chypriote, qui étaient au point mort depuis longtemps. À l'heure actuelle, grâce à l'amélioration des relations gréco-turques, nous ne sommes pas naïfs. Il est évident que nous ne pensons pas que les problèmes avec la Türkiye, qui remontent à plusieurs décennies, seront résolus du jour au lendemain. La carte publiée ces derniers jours par la Türkiye est une carte qui circule depuis quinze ans. Nous nous attendions donc à cette réaction de la part de la Türkiye, une réaction déclarée d'ailleurs bien en avance.
JOURNALISTE : Je voudrais toutefois vous dire que deux anciens Premiers ministres de votre parti, M. Karamanlis et M. Samaras, ont depuis maintenant un an et demi une opinion différente sur la stratégie suivie par la Grèce et affirment que celle-ci adopte cette tactique parce qu'elle cède des droits souverains.
G. GERAPETRITIS : Qu'ils nous citent donc un droit souverain qui a été cédé. Vous avez suivi les discussions. Veuillez donc me citer un droit souverain qui a été cédé. Je peux vous dire, en revanche, ce qui n'a pas été cédé et ce que nous avons obtenu.
Car il est facile de parler à posteriori mais il serait bon qu'à un moment donné, vous mentionniez également vos propres réalisations. L'aménagement du territoire maritime du pays a été réalisé au cours des deux dernières années. Les parcs maritimes ont été créés au cours des deux dernières années. La réduction à zéro des violations, qui s'élevaient à 7 000 par an, a été réalisée au cours des deux dernières années. La réduction significative des flux migratoires a été réalisée au cours des deux dernières années. Mais où étaient donc toutes ces politiques ?
JOURNALISTE : Mais dans l'accord, comme on le dit, sur l'exploitation conjointe de la mer Égée, dans les coulisses, en secret, se prépare-t-il quelque chose qui sera ensuite dans l’intérêt du peuple grec ?
G. GERAPETRITIS : La réponse est claire : il n'y a absolument aucune réflexion ni aucune politique à ce sujet. Avec la confiance que je pense avoir du Premier ministre et, bien sûr, dans le cadre des décisions collectives du Conseil gouvernemental des Αffaires étrangères et de la Défense, je suis l'organe exécutif de l'État grec et j'exerce en fait la politique étrangère dans le cadre du gouvernement et selon les instructions du Premier ministre. Nous continuerons à mener une politique ferme. À l'heure actuelle, la Grèce fait partie des 15 pays qui déterminent l'architecture mondiale de la sécurité. Au Conseil de sécurité des Nations Unies, la Grèce a été élue à la quasi-unanimité. Il s'agissait d'un vote de confiance en une politique de principes, non pas en une politique transactionnelle, non pas en une politique qui divise, mais en une politique qui rassemble. À l'heure actuelle, et je tiens à le dire, nous pouvons dialoguer avec le Moyen-Orient, nous pouvons dialoguer avec l'Afrique, avec ceux qui sont en conflit armé, et nous pouvons dialoguer dans le respect et la dignité. Pourquoi ? Parce que notre politique ne repose sur aucune pensée sous-jacente, sur aucune transaction. Au cours des cinq derniers jours, j'ai discuté avec quinze ministres des Affaires étrangères de la région élargie du Moyen-Orient. Tous, sans exception, m'ont fait part de leur respect pour la position de la Grèce. Et ce respect a été gagné, non pas avec des discours patriotiques, ni en réalité avec une politique transactionnelle.
JOURNALISTE : S’agissant de la position vis-à-vis de la Türkiye, nous entendons de la part de la droite de la Nouvelle Démocratie, nous entendons des critiques de l'opposition, à savoir que nous avons abandonné les Palestiniens, que nous nous sommes identifiés aux Israéliens et que nous avons abandonné les Palestiniens.
G. GERAPETRITIS : Vous comprenez que dans le cadre de cette surenchère qui a lieu autour des critiques de la politique étrangère, j'entends à la fois que je suis propalestinien et pro-israélien. La réponse est claire. Je suis philhellène. Et cette position ne changera pas. J'ai discuté avec le ministre des Affaires étrangères d'Israël, tout comme je discute régulièrement avec le Premier ministre de l'Autorité palestinienne. Je suis très clair. La Grèce sera toujours du côté du droit international. Pourquoi sera-t-elle du côté du droit international ? Parce que si vous n'êtes pas du côté du droit international, vous ne pourrez pas l’invoquer lorsque viendra le moment critique.
JOURNALISTE : Si les États-Unis s'engagent maintenant dans la guerre, car nous attendons-nous de voir les réactions de Trump aujourd'hui Comment cela affectera-t-il la Grèce ? Serons-nous impliqués indirectement ?
G. GERAPETRITIS : La Grèce ne s'impliquera activement dans aucun conflit. C'est notre position immuable. Ce que nous ferons, c'est veiller, grâce à notre position, mais surtout grâce aux alliances très solides dont nous disposons dans la région, à jouer un rôle actif et constructif. Vous savez, rares sont ceux qui peuvent dialoguer d'égal à égal, avec respect et sagesse, avec toutes les parties. Il n'y a pas beaucoup de pays et de gouvernements qui peuvent parler en même temps avec Israël, la Palestine, l'Iran, l'Égypte, l'Arabie saoudite, la Jordanie, le Liban. Il n’y a pas beaucoup de pays qui ont une empreinte diplomatique telle qu’elle leur permet de mener une politique substantielle. Réfléchissons-y un instant. Nous vivons aujourd'hui la pire période depuis la Seconde Guerre mondiale. Il n'y a jamais eu de moment comparable. Et au milieu de ce véritable chaos, la Grèce ne se contente pas de rester debout, mais elle a une voix très forte sur la scène internationale.
Voulons-nous, au lieu de cette attitude prudente, adopter une attitude agressive, provoquer en réalité des antipathies, au lieu de former des alliances ? Non. Permettez-moi de dire clairement quelle est cette attitude. Je veux être clair. L'attitude qui, à l'heure actuelle, veut que la Grèce se présente de manière agressive est une attitude très dangereuse pour le pays. Je le répète, aucune concession ne doit être faite aux intérêts nationaux. D'autre part, la Grèce est synonyme de synthèse et non de division.
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, abordons un peu la question sous l'angle politique, car aujourd'hui est une journée difficile pour le gouvernement, avec l'arrivée à l'Assemblée nationale du rapport d'enquête préliminaire. Je voudrais que nous terminions en parlant un peu de politique. Laissons de côté les questions nationales, car lorsqu’il est question de sujets nationaux, l’attitude est différente. Politiquement, pourquoi vous a-t-on pris pour cible personnellement ? J'ai été frappé hier par le fait que Samaras, je ne veux pas rouvrir le débat, mais j'ai été frappé par le fait qu'il vous a cité personnellement en disant que Mitsotakis ne devait pas s'inquiéter, parce qu'il avait Gerapetritis à ses côtés et que Dieu lui vienne en aide. Politiquement, quelle est votre opinion ? Laissez donc le reste de côté.
G. GERAPETRITIS : Je pense que c’est très clair. Les questions nationales déclenchent des réactions émotionnelles très fortes chez les gens. Il est extrêmement facile de se rendre populaire auprès des citoyens en attisant leurs instincts nationaux, et c'est pourquoi, malheureusement, ce type de critique est extrêmement dangereux. En effet, toute critique qui comporte des éléments simpliste ou populiste, quel que soit le domaine, peut-être une critique négative pour le pays et, sur le plan des questions nationales, elle est dangereuse. Je vais donc vous dire, à ce sujet, que j'ai le sentiment qu'à l'heure actuelle, la Grèce mène la politique étrangère la plus solide qu'elle puisse mener. Je suis extrêmement clair. Je ne le fais pas pour soutenir ma propre politique, mais pour rappeler qu'il s'agit d'une stratégie qui a une continuité. Sous la précédente composition du gouvernement du premier ministre nous avons conclu des accords qui ont renforcé et consolidé le pays. Nous avons eu l’accord avec l'Italie et l'Égypte. L'extension des eaux territoriales.
Nous progressons chaque jour vers un pays plus fort. Mais je tiens à le dire en tant que citoyen grec et non en tant qu’homme politique – ce que je ne suis d'ailleurs pas professionnellement. Lorsque nous parlons de questions nationales, il est bon de s’exprimer en se basant sur des faits. Le fait de soupçonner qu’il existe un accord sous la table, le fait de soupçonner qu'à l'avenir nous pourrions nous retrouver dans une position de subordination, le fait de soupçonner qu’en ce moment même nous perdons nos positions en mer, ce ne sont que des suppositions - extrêmement dangereuses. Lisons tous « Conflits et divisions » de Kalyvas pour comprendre où a mené la division entre patriotes et traîtres. Pour bien le comprendre.
JOURNALISTE : Les critiques sévères ne concernent pas seulement M. Samaras, mais aussi M. Karamanlis. Je tiens à dire que dans tous ses discours, M. Karamanlis s'exprime de manière plus institutionnelle. Par exemple, dans le discours en question, M. Karamanlis a déclaré qu'en insistant pour maintenir une image embellie, nos partenaires ne se rendent pas compte de l'audace de la Türkiye. En substance, que dit-il ? Que nous adoptons une attitude de « profil bas » et que la Türkiye a la possibilité de se sauver.
G. GERAPETRITIS : Je respecte les opinions de M. Karamanlis, il a bien sûr le droit d'avoir son opinion et de l'exprimer publiquement. Les opinions de chacun d'entre nous sont sujettes à critique. Je tiens toutefois à dire qu'il existe ici des faits incontestables. La Türkiye a élaboré un cadre politique dont elle ne dévie pas. Nous ne sommes pas non plus naïfs au point de croire qu'elle s’écartera de cette position du jour au lendemain. La carte qui a été publiée est une carte qui circule depuis 15 ans. La Türkiye avait annoncé qu'elle ferait cette démarche auprès de l'UNESCO. Rien de plus n’a été fait. Mais je veux à nouveau poser la question : face au fait que nous avons publié une carte indiquant les limites extrêmes du plateau continental grec potentiel et de la Zone Économique Exclusive (ZEE), lesquelles font désormais partie de l’acquis européen — c’est le droit international — contrairement à ce que la Türkiye a déposé, qui n’est qu’une mission non contraignante, sans aucune valeur juridique particulière. Alors, face à tout cela, quels sont les éléments réels et objectifs qui justifient de dire que nous avons reculé en quoi que ce soit ? Avez-vous suivi les faits
JOURNALISTE : Je comprends.
G. GERAPETRITIS : Je comprends. Je voudrais donc que vous me disiez sur quel point nous avons reculé. Je vous ai donné des exemples concrets. L'aménagement du territoire maritime, Chevron et Exxon, les parcs marins, la réduction à zéro des flux migratoires en provenance de l'Est, la réduction à zéro des violations. Et tout cela en deux ans. La relance du dossier chypriote avec un optimisme modéré quant à la possibilité de pouvoir enfin, dans le cadre des résolutions de l'ONU, avoir du progrès. Nous aurons la réunion à cinq parties sur le dossier chypriote à la fin du mois de juillet. Nous comprenons que tout cela n'est pas le fruit du hasard ni d'une évolution naturelle, et je le répète car il est souvent facile de critiquer depuis la tribune, mais c’est beaucoup plus difficile lorsqu’il s’agit de prendre des décisions. Je tiens donc à dire qu'à l'heure actuelle, nous traversons la période d'après-guerre la plus difficile de l'histoire mondiale.
JOURNALISTE : Je pense, Monsieur le Ministre, que vos propos vont déclencher un grand débat, car vous avez du mal à vous exprimer. Vous avez du mal à dévoiler votre jeu, tant sur les questions internes qu'externes, mais c'est aussi la période que vous qualifiez de plus difficile de l'après-guerre. Je vous remercie beaucoup.
JOURNALISTE : Je pense, Monsieur le Ministre, qu’avec ce que vous venez de dire, un très grand débat va s’ouvrir, car vous vous exprimez rarement. Vous révélez rarement vos intentions, que ce soit sur les questions internes ou autres. Mais c’est aussi cette période-ci, comme vous le dites, que nous traversons — la plus difficile depuis l’après-guerre. Je tiens à vous remercier sincèrement
G. GERAPETRITIS : Je vous remercie.
Juin 18, 2025