JOURNALISTE : Suite à la décision de la réunion au Sommet, dans 6 mois sera de nouveau abordée la question des nouveaux gardes-frontières de l’Union européenne. Est-ce que nous utiliserons notre droit de veto si les partenaires s’accordent au sujet d’interventions sans l’accord d’un Etat membre ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : La Grèce a toujours été en faveur du développement d’une Union européenne démocratique avec des frontières communes. Je rappellerais que ce sont nous qui (et avec ma participation personnelle) avons inculqué en 1999 dans le Traité d’Amsterdam la notion de « frontières » et les dispositions concernant la politique spéciale de l’Union européenne vis-à-vis des îles. Toute mesure dans ce sens sera la bienvenue, encore faut-il que celle-ci ne soit pas appliquée à la hâte et n’aille pas à l’encontre des conventions de l’Union européenne, en l’espèce, les articles 72 et 79 du Traité de Lisbonne.
JOURNALISTE : C’est-à-dire ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Les changements des traités suivent des procédures différentes de celles des règlements, comme celui de la FRONTEX par exemple. Ce que l’on ne peut pas faire, c’est de cacher un changement d’un traité, qui nécessité l’unanimité et une conférence intergouvernementale, derrière le changement d’un règlement. Je pense que tout le monde s’en rendra compte.
JOURNALISTE : Est-ce que finalement la réunion tripartite Allemagne, Turquie et Grèce aura lieu à Chios ? Est-ce que vous souhaitez la présence de l’Union européenne, de Juncker ou de Tusk ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Une discussion doit avoir lieu entre le pays d’origine des réfugiés, le principal pays de réception et le pays dans lequel la plupart d’entre eux sont transférés. Cette discussion peut se dérouler sur une île grecque, comme la belle Chios et une visite peut être organisée de l’autre côté, à Izmir. Certes, dans ce genre de discussions, concernant les flux migratoires, il est préférable que l’Union européenne y participe au plus haut niveau possible.
JOURNALISTE : Dans le cas où l’ARYM essaye d’adhérer à des organisations internationales sous son nom provisoire, que fera le gouvernement ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Le pays voisin doit, enfin, remplir l’exigence de l’Accord intermédiaire de 1995. Qu’il contribue à la résolution de la question du nom avec courage, constance, qu’il montre davantage de volonté à mener un dialogue substantiel et à vouloir parvenir à des compromis honnêtes. Soumettre une demande pour adhérer à des organisations internationales ne dit rien en soi. La question est de savoir sous quel nom souhaite-t-il adhérer, selon quels termes et modalités ? Est-ce que par exemple la question de la sécurité et de la stabilité dans la région est une priorité pour l’ARYM, ou bien est-ce qu’elle continuera à se soumettre à l’irrédentisme provocateur sans précédent ? Nous tiendrons compte des évolutions et nous agirons toujours en fonction de nos intérêts nationaux et de la vérité historique.
JOURNALISTE : Nous notons un optimisme international concernant la résolution de la question chypriote dans le courant de l’année 2016, optimisme que semble nourrir l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, Espen Barth Eide. Partagez-vous cet optimisme ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Ma philosophie est celle de l’optimisme historique. Dans le même temps, certes, je suis à la fois réaliste et pragmatique. Il y a aussi un optimisme excessif erroné qui est utilisé comme moyen pour remplacer l’essence même des négociations ou pour dissimuler les problèmes et les contradictions. Je verrai M. Eide la première semaine de l’année 2016. Il ne doit jamais oublier qu’il est le représentant du Conseil de sécurité de l’ONU et chacun de ses actes doit viser à la mise en application de ses décisions.
JOURNALISTE : Le Parlement a adopté une résolution invitant le gouvernement à reconnaitre l’Etat palestinien. Allez-vous y répondre et quand ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : En tant que ministre des Affaires étrangères je soutiens cette résolution et en tant que parlementaire je vais voter pour. Il s’agit d’une action symbolique et dans le même temps l’expression même de notre position, à savoir que la résolution du problème au Moyen-Orient est lié à la création de deux Etats qui coexisteront pacifiquement et avec sécurité. Un Etat où les deux parties reconnaitront les droits et les particularités de l’autre partie. La Grèce sert d’intermédiaire entre les deux parties et chacune de ses actions diplomatiques contribue dans ce sens.
JOURNALISTE : Est-ce que la majorité gouvernementale des 153 députés peut supporter le vote et la mise en application du mémorandum ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Si notre peuple avait souhaité un autre gouvernement, il l’aurait choisi. Certes, tout le monde sait que l’enchevêtrement d’intérêts et les intérêts étrangers souhaitent d’autres solutions que celle exprimée par notre peuple. Notre devoir est que nous fassions bien notre travail, sans tergiverser, avec calme, modération, sérieux et efficacité. Que nous appliquions les accords conclus avec les institutions, dont je n’approuve pas la logique, et dans le même temps que nous mettions en œuvre notre programme de justice sociale ainsi qu’un projet de restructuration de l’économie et de la société. Quant au dernier point, je dirais que des pas en avant ont été accomplis, mais il reste encore beaucoup à faire.
Décembre 28, 2015