Interview du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, G. Delavekouras à l’APE-MPE

JOURNALISTE : Il semblerait qu’un pas important ait été fait dans le sens du parachèvement de l’accord de réadmission UE – Turquie. Qu’est-ce que cela signifie pour la Grèce ?

G. DELAVEKOURAS : Pour la Grèce cet accord revêt une importance majeure et nous espérons qu’il sera adopté sans heurts. Cet accord vient confirmer que les grands problèmes auxquels la Grèce est confrontée dans le domaine de l’immigration clandestine sont des problèmes européens – force est de rappeler que 90% des migrants illégaux, selon les rapports de la FRONTEX, qui pénètrent en Union européenne sont interpelés aux frontières grecques. L’année dernière seulement, 132.524 arrestations ont été enregistrées. Pour cette raison, ces problèmes doivent être envisagés de manière collective par l’UE. La coopération de la Turquie sera suivie par l’Union européenne elle-même. Par ailleurs, l’accord met l’accent sur des points qui nous préoccupaient et renforce la coopération avec Ankara dans ce domaine, au niveau européen, ce qui est un objectif ferme de notre pays.

JOURNALISTE : Il est question d’une période transitoire de trois ans qui concernera seulement les ressortissants turcs selon l’accord. Est-ce que seuls les ressortissants turcs seront refoulés ? La majorité des immigrés clandestins ne sont pas turcs.

G. DELAVEKOURAS : L’accord prévoit une période transitoire de trois ans, comme le prévoient également d’autres accords, par exemple avec la Russie. Dans le même article toutefois, après insistance de la Grèce et dans un même esprit d’engagement, il est prévu que les accords bilatéraux de réadmission existants soient appliqués. C’est un développement important auquel nous sommes parvenus, car de cette façon l’application du protocole bilatéral de réadmission fait désormais partie d’un accord entre la Turquie et l’ensemble des pays de l’UE. Pour la Grèce, pendant la période transitoire, conformément à l’accord bilatéral avec la Turquie, la procédure de réadmission est appliquée dans tous les cas, indépendamment de la nationalité du migrant.

JOURNALISTE
: Est-ce que le nouvel accord ne concerne que ceux qui sont arrêtés aux frontières avec la Turquie ?

G. DELAVEKOURAS : Non, cela n’est pas exact. Au contraire, nous avons atteint un développement très important. Le champ d’application de l’accord s’étend à toutes les frontières extérieures de l’UE et non seulement aux frontières avec la Turquie. Cela signifie qu’une procédure de réadmission est prévue à nos frontières avec la France ou l’Italie ou en Mer Ionienne.

JOURNALISTE : L’accord prévoit deux procédures de «réadmission», une procédure normale et une procédure accélérée. Quelle est la différence entre les deux ?

G. DELAVEKOURAS : La procédure accélérée de réadmission concerne tous les individus interpelés dans un rayon de 20 kilomètres des frontières extérieures des Etats membres, indépendamment du fait que ces frontières soient communes avec la Turquie ou pas. Dans ce cas, le déroulement de la procédure de réadmission est enfermé dans des délais très stricts (8 jours ouvrables).
Respectivement, la procédure normale inclut tous les autres cas d’immigrés clandestins arrêtés sur le territoire des Etats membres et au-delà des régions frontalières. Dans ces cas, la réponse des services turcs compétents devra être apportée dans un délai de 25 jours.

JOURNALISTE : La Turquie est supposée avoir un protocole de réadmission valide conclu avec la Grèce. De quelle façon ce protocole est-il influencé ?

G. DELAVEKOURAS : Le protocole bilatéral de réadmission continuera d’être valide pendant toute la durée de la période transitoire, sous la surveillance, désormais, de l’UE et après la période de transition, il sera remplacé par l’accord UE – Turquie.

JOURNALISTE
: Comment la coopération bilatérale avec la Turquie dans le domaine de l’immigration clandestine évolue-t-elle ?

G. DELAVEKOURAS
: En mai 2010, pendant la visite de M. Erdogan en Grèce, la Turquie est convenue de définir un port sur les côtes turques pour le retour des immigrés clandestins, ce que notre pays demandait depuis 2002. Ce port a été défini, il s’agit de Dikili et récemment il a été activé avec l’envoi des 38 premiers immigrés clandestins. Dans le même temps, la Turquie s’est engagée à accepter 1000 demandes de réadmission annuellement soumises par la partie grecque. J’aimerais souligner que chaque demande concerne un plus grand nombre d’immigrés qui ont été arrêtés car ils entraient clandestinement dans notre pays.

Janvier 28, 2011