JOURNALISTE : Vous conservez des ponts de communication avec des capitales européennes mais aussi avec la Commission européenne. Dans quelle mesure les commentaires au sujet des performances du gouvernement sont-ils vraiment honnêtes ?
D. KOURKOULAS : Il ne fait aucun doute que notre pays se trouve sur une voie de sortie de la crise. Nous avons définitivement évité la catastrophe qu’aurait signifiée notre sortie de la zone euro. Les résultats sont impressionnants dans le domaine crucial de la politique budgétaire, des signes de rythmes de croissance positifs dans un avenir proche et un progrès satisfaisant dans le domaine des changements structurels. L’économie a retrouvé la quasi-totalité de la compétitivité que nous avions perdue après notre adhésion à la zone euro. Mes interlocuteurs étrangers, représentants de pays étrangers, d’organisations internationales et du secteur privé, reconnaissent les progrès impressionnants de ces derniers mois. Seuls ceux qui avaient politiquement tablé sur le scenario de l’effondrement total font semblant de ne pas voir, ni entendre. Ceux qui avaient misé sur la destruction totale du pays, sont entrain de perdre le pari et s’efforcent par mesquinerie de réduire à néant tout pas positif qui est fait.
JOURNALISTE : Pouvons-nous nous attendre a quelque chose de mieux, peut-être une restructuration de la dette après les élections allemandes ?
D. KOURKOULAS : Si nous nous tenons aux objectifs fixés, non seulement nos partenaires et bailleurs de fonds répondront positivement, mais aussi le marché lui-même. Il est prématuré de discuter à l’heure actuelle de mesures précises qui pourraient renforcer la viabilité de la dette. N’oublions pas les décisions positives qui ont été prises récemment pour débloquer les différentes tranches du prêt. Ce que j’attends après les élections allemandes, c’est la mise en œuvre rapide de l’unification bancaire et autres décisions qui concernent la protection institutionnelle de la zone euro et des mesures visant à soutenir la croissance.
JOURNALISTE : Nombreux sont ceux qui constatent certaines lacunes dans le fonctionnement du gouvernement. Quelle en est la raison, d’après vous ?
D. KOURKOULAS : Par définition, il y a toujours des marges d’amélioration sur le plan organisationnel. Toutefois, il serait injuste d’oublier que nous avons – pour la première fois depuis les années d’après-guerre – un gouvernement de coopération qui accompli une mission et produit des résultats. C’est une évolution sans précédent pour notre tradition politique. Permettez-moi de vous rappeler que jusque très récemment nous pensions que les gouvernements opérationnels de coopération faisaient partie de ces choses qui ne se « font pas en Grèce ». La question du remaniement relève exclusivement du Premier ministre. C’est lui qui choisira le moment approprié et la constitution de celui-ci.
JOURNALISTE : La réunion au sommet extraordinaire a été notamment consacrée aux questions énergétiques. Quels ont été les avantages qu’Athènes en a tirés et qu’attendons-nous dans le cadre de la politique énergétique européenne au moment où le domaine des extractions maritimes et des recherches sismiques connaît d’importantes évolutions ?
D. KOURKOULAS : A l’heure actuelle, la carte énergétique mondiale connaît des bouleversements. La découverte de nouveaux gisements en Mer Caspienne et en Méditerranée orientale ainsi que l’exploitation de gaz schiste viennent renverser des données énergétiques fondamentales et changer le paysage énergétique. Ces évolutions créent de nouveaux risques et de nouvelles opportunités pour l’Europe et notre pays. Nous suivons les évolutions et y participons et notre objectif stratégique est de promouvoir la diversification des sources d’énergie, des fournisseurs et des routes de transit en coopération avec d’autres Etats membres. La mise en œuvre du couloir Sud-est et notamment du gazoduc TAP. Lors du récent Conseil européen, la partie grecque a souligné l’importance de la promotion des sources d’énergie nationales qui se trouvent sur le territoire et les zones maritimes des Etats membres. C’est la meilleure façon de diminuer notre dépendance à l’égard des sources d’énergie tierces et cette position a été adoptée par le Conseil européen. Nous avons souligné par ailleurs la nécessité de prendre des mesures spéciales en vue de l’approvisionnement énergétique de régions éloignées comme les îles.
JOURNALISTE : La date de la sélection définitive entre le gazoduc TAP et le Nabucco West approche. Etes-vous optimiste ? Certains craignent des retards…
D. KOURKOULAS : En juin 2012 il y a eu une seule proposition d’investissement qui était mure et qui jouissait du soutien de tous les acteurs internationaux importants, à savoir la proposition du Nabucco West à destination de l’Europe centrale. Au moment où le nouveau gouvernement a entamé son mandat, nous avons signé un accord interétatique avec l’Italie et l’Albanie et avons réussi à nous attirer le soutien, voire la neutralité d’importants acteurs qui influenceront la décision finale. J’ai visité Bakou deux fois au cours de ces derniers mois, une fois en accompagnant M. Avramopoulos. Le Premier ministre s’y rend également dans le cadre d’une visite de travail cruciale.
Non seulement il n’y a pas eu de retards, mais notre mobilisation tout aussi rapide qu’efficace nous met dans une position avantageuse par rapport au concurrent Nabucco West. En tout cas, le choix final du trajet du gazoduc incombe au consortium.
JOURNALISTE : Les discussions sur les gisements d’hydrocarbures en Méditerranée vont bon train. Constatez-vous, de ce fait, une certaine évolution dans le dossier chypriote ? Et quelles sont les perspectives d’une coopération entre Israël, Chypre et la Grèce ?
D. KOURKOULAS : La Grèce suit avec un grand intérêt les évolutions concernant les découvertes de gisements de gaz naturel à Chypre et en Israël. Elle a, à maintes reprises, fait part de sa volonté de coopérer afin d’exploiter les quantités de gaz naturel exportées à partir de ces pays. Quoi qu’il en soit, j’estime que les découvertes de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale constituent une nouvelle source énergétique qui contribuera à la sécurité énergétique et au développement de la région.
JOURNALISTE : Au premier semestre 2014, la Grèce assume la présidence de l’UE. Vous devez assumer le rôle difficile de l’organisation. Quelles sont nos priorités ?
D. KOURKOULAS : Le programme exact de la présidence est présenté traditionnellement un peu avant le début. Toutefois, la Grèce a déjà fait les préparations appropriées et je peux dire que l’accent sera mis sur les questions ayant trait à la croissance et à l’emploi, à l’accélération des réformes institutionnelles de l’UEM, mais aussi à des questions de mobilité et d’immigration clandestine. Compte tenu des conséquences de la crise non seulement pour la Grèce, mais aussi pour la plupart des Etats membres, la prise de décisions et la mise en œuvre d’initiatives pour l’emploi tant au niveau national qu’européen, est une priorité absolue.
JOURNALISTE : La Grèce est-elle prête à formuler ses propres idées sur l’avenir de l’Europe et de la zone euro afin qu’elle puisse accumuler un capital diplomatique important ?
D. KOURKOULAS : La présidence sera valorisée afin que notre pays se retrouve de nouveau au cœur des évolutions européennes, et non plus en tant que « problème », mais en tant que « facteur de stabilité ». La discussion sur l’avenir de l’Union et de la zone euro dominera pendant la période de la présidence puisqu’en mai 2014 auront lieu les élections européennes. Nous y participerons activement en apportant des idées et des propositions. Le dialogue sur l’avenir de l’Europe revêt plusieurs facettes complexes et comprend éventuellement la révision du Traité de Lisbonne. Je ne m’attends pas à ce qu’il y ait, pendant notre présidence, des décisions précises dans ce sens. Le dialogue est toutefois nécessaire. Dans le même temps, il ne faut pas que la discussion sur l’avenir de l’Europe soit utilisée comme alibi pour retarder la mise en œuvre de réformes mures et déjà convenues, comme l’Union bancaire.
Mai 26, 2013