JOURNALISTE: Quels sont les objectifs de la présidence hellénique de l'UE pour le premier semestre de 2014?
VENIZELOS : L'imminente Présidence hellénique du Conseil de l'Union européenne - la cinquième présidence hellénique depuis l'adhésion de la Grèce à l'UE - nous offre l'occasion de mettre en avant la physionomie de la Grèce en tant qu'Etat membre qui est sur le même pied d'égalité du point de vue institutionnel que les autres Etats membres, le mémorandum et les discussions sur les agrégats budgétaires et financiers.
Comme vous le savez, avec le traité de Lisbonne, les compétences de la présidence tournante de six mois ont été limitées, en raison des présidences permanentes institutionnalisées ainsi que de la présidence permanente de l'Eurogroupe pour ce qui est des pays de la zone euro. En outre, cette présidence hellénique a la particularité d'être d'une durée limitée en raison des élections européennes au mois de mai.
Toutefois, heureusement, après la Présidence hellénique c'est la présidence italienne qui prendra le relais, avec laquelle nous avons coordonné nos actions afin d'instaurer l'année méditerranéenne européenne qui mettra l'accent sur les priorités qui promouvront la notion du sud européen, un concept basé sur des critères pas géographiques, mais politiques.
Pour ce qui est maintenant de nos priorités politiques générales au cours de la présidence hellénique, comme il a été convenu par le Conseil ministériel, celles-ci s'articulent autour de quatre axes :
Le premier est celui de la croissance, de l'emploi et de la cohésion sociale. Cela signifie que nous nous efforçons de promouvoir les textes et les initiatives communautaires liés à nos intérêts nationaux. Notre objectif est de résoudre le grand problème de la liquidité, d'accorder des crédits aux entreprises et de réaliser des investissements. On doit éviter le danger d'une croissance sans crédits et sans emplois. Et, bien évidemment, nous insisterons sur la question majeure du chômage des jeunes, tout en cherchant, entre autres, à valoriser de manière anticipée les ressources du CNSR
Le deuxième axe est l'achèvement et l'approfondissement de la gouvernance économique au sein de la zone euro et de l'UE. La question majeure est à cet égard l'union bancaire vers laquelle d'importants pas ont été réalisés pour ce qui est du système de surveillance unique. Mais cela ne suffit pas. Maintenant, nous sommes en train de discuter du système de la recapitalisation et de la mise en liquidation des banques. Cela dont nous avons besoin toutefois est un Système européen de garantie des dépôts. Il ne faut pas qu'il y ait au sein de la zone euro un système de dumping inverse aux dépens des pays en crise, puisque ce sont les pays financièrement plus sûrs qui accumulent les dépôts. Le critère final des déposants n'est pas le taux d'intérêt, mais le sentiment de sécurité,
Le troisième axe est la protection des frontières européennes et la gestion des flux migratoires. Des fonds doivent être alloués afin de prévenir des catastrophes humanitaires comme celle survenue à Lampedusa. Il faut alors coopérer avec les pays d'origine. Un système de surveillance des zones côtières dans la partie non européenne de la Méditerranée en coopération avec les pays méditerranéens non européens. Et tout cela doit être fait dans le cadre du droit international et en respect des droits de l'homme.
Le quatrième axe qui est horizontal est la politique maritime globale qui englobe la sécurité des frontières maritimes, la croissance bleue, l'énergie, la pêche, le tourisme, la protection du patrimoine archéologique marin et les zones maritimes. Cela est lié à d'autres initiatives aussi, telles que la proclamation de la grande région de l'UE "Région adriatique-ionienne" ou l'approvisionnement par le gazoduc TAP des pays adriatiques.
Dans le même temps, nos priorités générales comprennent également le Voisinage sud car l'Union européenne doit promouvoir sa coopération avec les pays arabes de l'Afrique du nord et du Moyen-Orient.
JOURNALISTE : Est-ce que la Grèce actuellement est en mesure d'influer sur l'Europe?
E. VENIZELOS : Le fait que la Grèce est dans la phase de l'application d'un programme d'adaptation et en négociation ouverte avec la Troïka, ne signifie pas qu'elle ne peut pas prendre des initiatives. Personne ne dicte et ne dictera à la Grèce ce qu'elle fera. Comme je l'ai, à maintes reprises, affirmé toutes ces années, la Grèce n'a pas subi de pressions sur des questions relevant de sa politique étrangère ou des questions nationales.
Cela dit, nous assumerons la Présidence de six mois du Conseil de l'UE, tel que prévu par les traités, en tant qu'un Etat membre qui est sur le même pied d'égalité du point de vue institutionnel que les autres Etats membres, qui participe à un "terrain" ayant d'énormes problèmes et avec un rapport de forces très défavorable. Toutefois, il n'y a pas de mieux.
L'important est que la Grèce, après six ans de récession et trois ans et demi marqués par une crise profonde, par des négociations continues et des questions en suspens, exerce la Présidence. C'est un Etat membre qui se trouve sur le même pied d'égalité du point de vue institutionnel que les autres Etats membres et qui dirigera les travaux du Conseil de l'UE dont il sera le représentant. Cela est très important et la Grèce soulèvera, lorsqu'elle sera en position de le faire, des questions d'intérêt pour nous, des questions liées à la lutte contre la crise, à la sortie du mémorandum, au redressement de l'économie grecque réelle.
JOURNALISTE: Quelles opportunités sont offertes par la Présidence hellénique de l'UE, tant pour cette dernière que pour la Grèce?
E. VENIZELOS : Comme je l'ai tout à l'heure affirmé, la Présidence hellénique a des priorités bien définies européennes et pas nationales. Mais le grand défi de l'UE est de pouvoir à un certain moment identifier l'intérêt national de chaque Etat membre avec celui de l'Europe ce qui n'est pas facile à faire et, surtout, à mettre en avant au sein des sociétés de l'UE.
Dans ce cadre, la Présidence hellénique est structurée autour de quatre axes que je vous ai présentés en détail, lesquels revêtent une très grande importance tant pour la Grèce que pour l'UE. A titre d'exemple, j'évoquerais la réunion avec les ministres des Affaires étrangères et du Développement de la Ligue arabe que nous allons organiser au cours de la Présidence hellénique. Car, nous accordons une très grande importance à la relation de l'UE avec la Ligue arabe et, dans une large mesure, cela est lié à nos priorités nationales pour ce qui est par exemple de l'Egypte dans laquelle nous avons beaucoup investi.
JOURNALISTE: Est-ce que l'UE soutient toujours le projet de l'élargissement sur le fond? Et les pays régionaux font-ils preuve du même zèle à l'égard de leur adhésion?
E. VENIZELOS : Pour un grand nombre de pays la perspective d'adhésion à l'Union européenne demeure un choix stratégique fondamental. Cela est valable pour tous les pays des Balkans occidentaux dont nous soutenons fermement la perspective euro-atlantique. Cela est également valable pour l'ARYM à la condition que la question du nom soit réglée, conformément au droit international et aux relations de bon voisinage.
L'Union européenne se montre, bien évidemment, plus réservée à l'égard de son élargissement ultérieur, mais la politique d'élargissement et les politiques de voisinage - sud et oriental- demeurent les axes fermes de sa politique.
JOURNALISTE: Il y a ce sentiment d'attente au niveau de nos questions nationales.
E. VENIZELOS : Je ne partage pas du tout cette vue. Au contraire, sur tous les fronts de la politique étrangère et pour ce qui est notamment de nos questions nationales, le gouvernement s'adapte aux conditions qui sont en constante évolution et procède aux actions nécessaires, en prenant des initiatives qui s'intègrent dans un cadre stratégique.
Pour ce qui est des relations avec la Turquie, en septembre dernier, a eu lieu le 55e tour des contacts exploratoires qui nous a donné l'occasion de présenter en toute clarté notre approche sur le cadre de nos relations. Je m'attends maintenant à ce que M. Davutoglu effectue à son tour une visite à Athènes.
Pour ce qui est de la question chypriote, nous avons une coordination absolue avec le gouvernement chypriote et nous soutenons pleinement les efforts consentis par le Président Anastassiadis en vue de la publication d'un communiqué commun qui servira de cadre de référence clair et de base de négociation solide. Notre objectif est de parvenir à une solution juste et viable sur la base des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et en respect de l'acquis communautaire. Une solution qui prévoira la transformation de la République de Chypre en une fédération bizonale et bicommunautaire, ayant une seule personnalité internationale, une seule nationalité et une seule souveraineté. Une solution qui pourra être acceptable par le peuple chypriote par la voie d'un référendum.
S'agissant de la question de Skopje, nous avons clairement décrit à toutes les parties concernées, à nos partenaires et alliés, aux dirigeants de Skopje et au médiateur spécial des Nations Unies, Mathew Nimetz, le genre de solution que la Grèce serait disposée à accepter, à savoir une appellation composée, erga omnes, dotée d'un déterminatif géographique qui définira l'appellation de l'Etat et non le système de gouvernement. Une appellation composée pour tous les usages.
Par ailleurs, nous œuvrons d'arrache-pied en vue de résoudre une série d'autres questions qui sont aussi importantes pour la société grecque et la croissance du pays que nos relations nationales au sens strict. Des questions comme la gestion de l'immigration illégale et la délimitation des zones maritimes en Méditerranée orientale.
Novembre 29, 2013