Présentation des priorités de la Présidence hellénique par E. Vénizélos, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères devant le Parlement européen -Séance Q & R (Bruxelles, 20/01/2014)

M. Evangelos Vénizélos, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères a tenu le lundi 20 janvier devant la Commission des Affaires étrangères du parlement européen une séance d'information sur les priorités de la Présidence hellénique du Conseil de l'UE.

M. Vénizélos a tout d'abord informé les députés européens pour le compte de Mme Catherine Ashton, Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, des conclusions du Conseil « Affaires étrangères », qui s'est réuni aujourd'hui à Bruxelles. Par la suite, il a présenté les priorités de la présidence hellénique, tout en signalant que celles-ci étaient celles de toutes les sociétés européennes.

Il a également signalé que parmi les priorités ne figurait pas la politique d'élargissement, ce qui est dû au fait que l'élargissement était la première priorité de la présidence hellénique précédente (2003) qui a été matérialisée par le biais de l'agenda de Thessalonique et adoptée par le Conseil. Les présidences helléniques, a indiqué le vice-Premier ministre, ont été assimilées aux grandes vagues d'élargissement de l'UE puisqu’en 1994 a été tenue la réunion au sommet de Corfou qui a scellé la transition de l'Europe des 12 à l'Europe des 15, tandis qu'en 2003, a été signé le Traité d'Athènes qui a conduit à l'adhésion de dix nouveaux Etats membres.

Par conséquent, vu l'adoption de l'agenda de Thessalonique par le Conseil, la perspective d'adhésion des Balkans occidentaux constitue la politique actuelle de l'UE et n'est plus une proposition de la présidence hellénique sous forme de priorité, car « il est de notre devoir d'appliquer la décision prise par le Conseil européen ». Dans ce cadre, il a souligné l'importance de la tenue, demain mardi 21 janvier, de la Conférence intergouvernementale UE-Serbie et de l'adhésion de la Croatie à l'UE, tandis qu'il a affirmé que la Grèce soutenait le lancement immédiat des négociations d'adhésion avec l'Albanie, une question qui sera abordée en juin. Il s'est référé à la position du Conseil concernant le parcours d'adhésion du Monténégro ainsi qu'aux difficultés institutionnelles auxquelles se heurte le parcours d'adhésion de la Bosnie-Herzégovine. Il s'est également référé à la conditionnalité qui doit être appliquée dans le cas de l'ARYM, afin d'ouvrir les négociations d'adhésion.

Pour ce qui est de la Turquie, il a salué l'ouverture du chapitre 22 et a souligné que le parcours d'adhésion du pays était jugé en fonction du respect de la part de la Turquie des critères fondamentaux de l'UE, notamment dans le cadre de la crise politique et institutionnelle actuelle dans le pays voisin, ainsi que sur la base de sa conformité avec les critères de Copenhague dans le cas de Chypre. S'agissant plus particulièrement de cette question, il a souligné qu'il était inconcevable que la Turquie ne reconnaisse et n'accepte toujours pas l'existence de la République de Chypre. Dans ce cadre, il a signalé qu'il existait des chapitres dans le cadre des négociations d'adhésion qui n’étaient pas influencés par ces questions et lesquels pouvaient être valorisés pour préserver l'élan donné aux relations entre la Turquie et l'UE, puisque pour « la Grèce, la Turquie européenne, la Turquie stable du point de vue institutionnel et politique, constituait toujours un objectif majeur et une priorité fondamentale de sa politique étrangère ».

Par la suite, les députés européens présents ont posé des questions dont les thématiques ont porté sur :

- Les relations de l'UE avec l'Ukraine et la Russie, à la lumière des développements récents, après l'annulation de la signature d'un accord d'association entre l'Ukraine et l'UE et du rapprochement du pays de la Russie. Dans ce cadre sont également inscrites les questions relatives à l'avenir du Partenariat oriental de l'UE.
- L'état d'avancement des négociations avec les Etats Unis sur la signature d'un accord interatlantique de libre échange.
- Les évolutions en Syrie, les perspectives de l'initiative Genève II et la question de la destruction de l'arsenal chimique du pays.
- Les évolutions en Egypte, au Liban et en Irak.
- Les évolutions en Afghanistan et en République centrafricaine
- Les évolutions au Moyen-Orient, pour ce qui est notamment de la question palestinienne.
- Les évolutions en Turquie et l'éventualité de réaliser des progrès au niveau de la question chypriote au cours de la présidence hellénique.
- Les relations avec l'ARYM et l'éventualité de réaliser des progrès au niveau de son parcours d'adhésion au cours de la présidence hellénique.
- Le rôle de la Troïka en Grèce, les erreurs qui ont éventuellement été commises et la montée de l'euroscepticisme en Europe.

S'agissant de l'Ukraine, M. Evangelos Vénizélos a confirmé devant le parlement européen que la question de l'Ukraine - tout comme celles de la Syrie et de l'Egypte - était à la table des discussions au cours de toutes les réunions de ces derniers mois.

Il a également signalé que la politique du dilemme « avec l'UE ou avec la Russie » n'avait pas apporté des fruits car « le vrai dilemme de l'Ukraine au cours de la période marquée par la réunion au sommet de Vilnius n'était pas de choisir entre le parcours européen et l'établissement de nouveau d'une relation étroite avec la Russie mais de choisir, en vue de l'imminent effondrement budgétaire du pays, où elle irait chercher du secours, chez le FMI ou chez une autre entité qui viendrait à son secours » .
A cet égard, il a signalé qu'au lendemain de la réunion au sommet de Vilnius, le gouvernement russe a décidé d'acheter des obligations ukrainiennes à hauteur de 15 milliards en sauvant ainsi l'Ukraine d'une catastrophe budgétaire avec tout ce que cela implique pour les rapports internationaux dans la région.

M. Vénizélos a signalé que la présidence hellénique avait le devoir d'appliquer les décisions prises à Vilnius et elle le ferait, tandis qu'il a confirmé qu'au niveau du Conseil « Affaires étrangères » le principal objet de l'une des prochaines réunions serait le Partenariat oriental, à la demande d’un grand nombre d'Etat membres.

Dans ce cadre, il a souligné qu'à la lumière de Vilnius et des évolutions en Ukraine, « nous sommes en train de revoir notre relation stratégique avec la Russie et nous nous préparons à la réunion au sommet UE-Russie qui se tiendra le 28 janvier ». « Nous devons, en faisant preuve de sincérité, voir si nous pouvons continuer d'exercer une politique axée sur des dilemmes ou si nous devons adopter une autre approche qui prendra en considération une nouvelle réalité laquelle impose en fait, avant l'évaluation du Partenariat oriental, l'évaluation du partenariat UE-Russie », a-t-il signalé.

« S'il n'y a pas avant tout une clarification de la stratégie européenne avec la Russie, l'ensemble des relations avec tous les pays qui participent au Partenariat oriental sera caractérisé par des contradictions et des insuffisances », a souligné M. Vénizélos en indiquant que cette question avait été abordée lors du déjeuner de travail des ministres des Affaires étrangères et lors d'un déjeuner de travail de longue durée en décembre en présence du ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov.

« Il est vrai que notre partenariat stratégique avec la Russie a été en proie à une très grande contradiction intérieure » a-t-il déclaré. « Car la position européenne commune à l'égard de cette question est inférieure à la somme des politiques exercées par tous les Etats membres au niveau bilatéral à l’égard de la Russie » a-t-il affirmé tout en ajoutant que « la contradiction intérieure est clairement manifestée par le fait que l'UE accepte par la force des choses la priorité des Etats Unis pour ce qui est des grandes questions (Syrie, Iran), où d'importantes initiatives communes sont conjointement prises par l'Etats Unis et la Russie ».

S'agissant des droits de l'homme, tout comme en Ukraine, « nous parlons d'une façon abstraite, mais nous oublions d'indiquer que l'Ukraine, tout comme la Fédération de Russie, est depuis un grand nombre d'années membre du Conseil de l'Europe » et que l'UE et le Conseil « Affaires étrangères » ne sont pas en position d'élaborer une politique qui engloberait aussi les institutions du Conseil de l'Europe en matière de démocratie, de droits de l'Homme et d'Etat de droit.

Par la suite, M. Vénizélos s'est référé aux questions de la politique énergétique, des investissements russes en Europe et de la présence entrepreneuriale des Etats européens en Russie, tout en soulignant que « tous agissent au niveau bilatéral et souhaitent protéger des privilèges traditionnels ou prendre une nouvelle position devant la nouvelle donne des choses, mais pas au nom de l'UE ». « L'UE doit unifier sa stratégie, clarifier le cadre stratégique Europe-Russie afin de reconsidérer de manière sérieuse le Partenariat oriental » a-t-il indiqué. Sinon, il s'agira d'une « approche frivole et non efficace ».

Enfin, il s'est référé aux pressions exercées sur les Etats pour ce qui est de leur politique énergétique au nom de la saine concurrence et du fonctionnement du marché unique. Plus précisément, il s'est référé aux grandes pressions que subit la Grèce concernant le programme de privatisation d'importantes entreprises publiques du secteur énergétique. Personne ne veut, a-t-il signalé, que la Commission européenne négocie au nom de l'UE avec la Russie les prix du gaz naturel avec Gazprom d'une manière concertée. La diversification des prix du gaz naturel entre la Grèce et l'Allemagne est pour l'économie grecque tout aussi importante que la diversification des taux d'intérêts des subventions accordées aux petites et moyennes entreprises. « En Grèce l'argent et l'énergie sont plus chers pour nos entreprises. Nous avons du mal à redresser l'économie grecque. Cela n'est pas une question géopolitique abstraite. C'est une question très concrète qui est liée à la situation de l'économie dans tous les pays, les sociétés et les ménages. C'est en cela que consiste, à mon sens, le grand problème concernant l'Ukraine et la Russie », a-t-il indiqué.

Toutes aussi importantes que la relation avec la Russie sont les relations de l'UE avec l'espace euro-atlantique ainsi que le dialogue euro-atlantique. Il a noté que le débat sur l'Accord interatlantique de libre échange (TTIP), sur le nouveau cadre de coopération dans l'espace élargi du marché international, devrait aussi prendre en considération les paramètres institutionnels qui découlent de « notre participation à l'OMC, à l'OTAN, etc. ».

S'agissant de la Syrie, le dossier principal qui a monopolisé aujourd'hui le Conseil a été l'invitation adressée par le Secrétaire général de l'ONU à l'Iran afin que ce dernier participe à Genève II et la question de savoir dans quelle mesure cette invitation pourrait créer des problèmes ou se heurter au refus de l'opposition syrienne modérée de participer à la Conférence. Se référant à son intervention lors du Conseil, M. Vénizélos a indiqué : « Nous devons préserver le prestige, la crédibilité et la légalisation de ce processus. Nous ne devons en aucune manière donner l'impression que l'UE est en désaccord avec le Secrétaire général de l'ONU qui est l'hôte de cette conférence ainsi que le garant institutionnel et nous ne devons pas laisser l'opposition syrienne modérée faire marche arrière et ne pas participer à la conférence car sans celle-ci il n'y a pas le minimum d'interlocuteurs » et il a souligné que l'opposition syrienne devait absolument y participer. Il a par ailleurs reconnu que n'y étaient pas représentés toutes les ethnies, les entités et les acteurs et que seule une partie de l'opposition modérée y était représentée laquelle constituait toutefois le noyau dur d'où l’on devait commencer. « Nous devons sauver le processus et protéger la relation triangulaire Nations Unies - Etats Unis - Union européenne ainsi que la relation avec la Russie » car, sans l'initiative Kerry-Lavrov ce processus n'aurait jamais été entamé, a-t-il indiqué.

S'agissant de la destruction des armes chimiques, il a noté que cette question n'a pas a été à l'ordre du jour du Conseil, car tous les processus qui y sont liés sont dirigés par l'organisation internationale compétente en la matière sous l'égide de l'ONU. Il a toutefois signalé que le rôle des Etats qui ont accepté de participer à cette opération était d'importance majeure. Il a signalé que, pour ce qui est des Etats européens, le rôle du Danemark qui participe au transport était critique, tout comme celui de la Norvège (bien que cette dernière ne soit pas membre de l'UE), de l'Italie qui dispose du port de la Calabre spécialisé dans le transport des substances chimiques dangereuses et des Etats Unis qui disposent d'un navire transformé en laboratoire où aura lieu le processus d'hydrolyse.

En tant que pays, a-t-il noté, il est évident que la Grèce ne souhaite pas que cette opération ait lieu en Méditerranée et qu'il serait plus logique et sûr qu'elle ait lieu dans l’océan Atlantique. Il a également signalé que le gouvernement portugais était prêt à mettre à disposition le port des Açores pour le transbordement.

Il a assuré que, sur la base de l'exploration qui a été faite et des discussions avec d'autres gouvernements, tels que le gouvernement allemand, il n'y aurait pas de déchets en mer. Le produit de l'hydrolyse sera transporté par voie terrestre en Allemagne où sera achevée la destruction dans des usines spécialisées. Il a conclu en déclarant son intention d'adresser à l'organisation internationale compétente en la matière une lettre conjointe de la part de la présidence hellénique, de la ministre italienne des Affaires étrangères et de la Commission européenne qui prendrait une initiative y relative. Une demande a été adressée à Mme Catherine Ashton afin que cette dernière agisse au nom du Conseil européen, en vue d'assurer que l'environnement méditerranéen ne soit pas mis en danger, a-t-il ajouté en signalant que cette garantie devrait être donnée par l'ONU et l'organisation responsable pour les armes chimiques.

En ce qui concerne l’Egypte, M. Vénizélos a souligné que, conformément au Conseil, l’adoption de la nouvelle Constitution du pays constituait un important pas en avant, en dépit d’une participation restreinte pour les standards européens et a déclaré que pour les standards égyptiens la participation était beaucoup plus importante que dans le passé. Il a souligné l’importance pour l’UE d’insister dans le sens d’un processus consensuel qui inclura toutes les forces politiques du pays et a indiqué que les conclusions du Conseil reflètent la pression exercée par l’UE pour appliquer la feuille de route annoncée par le gouvernement de transition en Egypte dans le but de parvenir progressivement à la normalité.
En ce qui concerne l’Afghanistan, il a souligné l’importance de la signature de l’accord de sécurité entre les Etats-Unis et l’Afghanistan, tout en indiquant que le forum approprié est l’OTAN et la mission de l’ISAF.

Pour ce qui est du dialogue pour la paix au Moyen-Orient, M. Vénizélos a noté que le moment était manifestement opportun puisque le gouvernement palestinien est prêt à faire d’importants pas en avant. Par ailleurs, il a noté que, du côté israélien, les rapports de forces suivaient une courbe bien précise, mais il existe une dynamique (momentum) notamment après les efforts laborieux consentis par le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry. Il a lui-même souligné la violation manifeste des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, mais que le plus important était de ne pas interrompre le dialogue entre les deux parties pour que celui-ci acquiert un contenu substantiel. Dans ce contexte, il a souligné que l’UE était prête à apporter son aide financière en offrant un « appât » économique, encore fallait-il maintenir le dialogue et parvenir à un accord politique fondamental, évolution qu’il a qualifiée de particulièrement difficile.

En ce qui concerne la situation en République centrafricaine, M. Vénizélos a mentionné la décision du Conseil de ne pas activer le groupement tactique de l’Union européenne (battle group), puisque le comité militaire de l’UE n’approuve pas ce choix. Il a indiqué que, par pure coïncidence, le groupement tactique européen est composé aujourd’hui en majorité de soldats grecs (1 100 sur un total de 1 500). En outre, M. Vénizélos a indiqué la décision du Conseil de prendre une initiative dans le cadre de la PESD tout en soulignant que la Grèce coopère avec la France en matière de formation de l’unité qui sera envoyée en République centrafricaine. Cette unité sera formée à l’Etat-major de Larissa, sans la participation de soldats grecs.

En ce qui concerne le Liban, M. Vénizélos a souligné la nécessité de former un gouvernement et d’entreprendre une initiative ambitieuse de l’UE, question ayant fait l’objet de discussions lors du Conseil « Affaires étrangères » de décembre. Il a indiqué que le Liban est sans cesse « victime des circonstances », en raison des vagues consécutives de réfugiés qui affluent dans le pays (Palestiniens et Syriens), tandis que la situation dans le pays reste tendue.

S’agissant de l’Irak, il a indiqué qu’il existait un risque de dissolution du pays au niveau institutionnel tout en soulignant que la réunion du Conseil d’association UE – Irak aujourd’hui à Bruxelles, sous la présidence de M. Dimitris Kourkoulas, Secrétaire d’Etat grec aux Affaires étrangères, dans les circonstances actuelles et la flambée de violence dans le pays, est particulièrement importante et est un signe d’encouragement pour le gouvernement irakien.

En ce qui concerne l’élargissement aux pays des Balkans occidentaux, M. Vénizélos s’est particulièrement référé à l’ARYM. « La Présidence grecque appliquera tout ce qui est inclus dans les conclusions du Conseil européen des 19 et 20 décembre 2013 et du Conseil « Affaires étrangères » du 17 décembre. En ma qualité de président du Conseil je suis prêt à visiter dans les prochains jours tous les pays de la région et bien naturellement je me rendrais également à Skopje, sans faire de distinction, et nous aurons l’occasion d’engager des discussions entre la présidence du Conseil et le gouvernement de l’ARYM. J’ai déjà rencontré à deux reprises mon homologue de l’ARYM, une fois à Bruxelles et une fois à New York, depuis que j’occupe mes nouvelles fonctions. J’ai rencontré le chef du parti albanais le plus important qui participe au Gouvernement, à savoir M. Ahmeti et vous savez très bien que la position de la Grèce est modérée et responsable. Nous avons déclaré fermement que nous respectons le processus engagé sous l’égide des Nations Unies ainsi que le rôle de M. Nimetz. Nous sommes en contact étroit avec lui et acceptons une appellation composée avec un déterminatif géographique à côté du mot Macédoine. Un nom pour tous les usages, c’est le fameux sens d’erga omnes. Un nom pour usage interne et externe.

L’objection selon laquelle nous « ne pouvons changer notre Constitution » est une objection incompréhensible pour un pays européen, car tous les pays européens changent constamment leur constitution pour pouvoir se conformer au droit européen ou à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme et, de manière générale, pour pouvoir former un espace constitutionnel européen unique. L’accord d’Ohrid, d’ailleurs, qui est un accord binational conclu entre la communauté slave et la communauté albanaise était un accord hybride, international et constitutionnel et il a changé indirectement la constitution. La question, toutefois, n’est pas le nom. Le problème pour la perspective d’adhésion de l’ARYM est l’application générale et la validité des critères de Copenhague, la démocratie, l’Etat de droit, la situation politique interne, les droits de l’homme, le fait que nous avons une idéologie étatique officielle, le fait qu’il y a beaucoup de questions en suspens avec d’autres pays, comme la Bulgarie, des questions ayant trait aux valeurs de l’UE et aux critères que doivent remplir les pays candidats à l’adhésion », a-t-il indiqué.

En ce qui concerne la Turquie, M. Vénizélos a indiqué : « Je crois que nous devons attendre de voir demain la teneur des discussions entre M. Erdogan et le Président Van Rompuy, le président Barroso et le président Schultz. Mais bien entendu, il y a les critères européens, qui sont valables pour chaque pays candidat. A partir du moment où la Turquie est un pays candidat, elle doit remplir ces critères et respecter les valeurs et les sensibilités [de chaque pays, N.d.T.]. Pour la Grèce, au niveau bilatéral, il faut éviter que la tension interne soit exportée. Historiquement parlant, les crises internes en Turquie sont liées aux crises en mer Egée et en Méditerranée orientale. Au niveau des contacts diplomatiques, les voies de communication sont ouvertes. Les temps ont changé. Il y a beaucoup de problèmes irrésolus. Nous ne voulons pas revivre l’expérience consistant à exporter la crise interne ».

En ce qui concerne la question chypriote, M. Vénizélos a indiqué : « Y a-t-il une dynamique pour la question chypriote ? Il y a une dynamique pour la question chypriote s’il y a une dynamique en Turquie. Ce n’est pas moi qui le dis. Ce n’est ni le Conseil « Affaires étrangères », ni le gouvernement grec. C’est la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme qui le dit, car elle considère que c’est la Turquie qui exerce le contrôle sur la partie occupée, au nord de Chypre ; et c’est contre la Turquie que sont intentés des recours individuels, des recours intentés par tous ceux dont les droits fondamentaux sont violés et qui saisissent la Cour de Strasbourg. Donc, la position de la Turquie est totalement différente de notre position et de celle de tout autre pays.

Le dialogue est établi entre les deux communautés, la communauté chypriote grecque et la communauté chypriote turque, mais il est basé sur certains principes. M. Davutoglu et moi-même sommes convenus qu’Athènes reçoive le représentant de la communauté chypriote turque, qui est une entité institutionnelle de la Constitution chypriote de 1960 et qu’Ankara reçoive le représentant de la communauté chypriote grecque, mais cela aura lieu une fois le communiqué conjoint entre les dirigeants des deux communautés convenu et une fois les négociations engagées. Les conditions vont de soi : respect des résolutions du Conseil de sécurité, de l’acquis européen et des trois principes régissant tout Etat fédéral, car nous voulons un pays [Chypre] fédéral, bizonal et bicommunautaire avec une personnalité juridique unique, une souveraineté unique et une citoyenneté unique. Et tout cela doit être accepté au moyen d’un référendum car si le peuple chypriote ne vote pas, il n’y aura pas de solution. Nous devons donc opter pour une solution qui puisse être acceptée au moyen d’un référendum sur la base des principes de l’autodétermination qui ont été acceptés depuis 2003 par le Secrétaire général de l’ONU lui-même ».

En réponse à une question relative à la stratégie européenne de sécurité, M. Vénizélos a souligné que « l’OTAN a pris les devants. L’OTAN a changé de doctrine lors du Sommet de Lisbonne qui a coïncidé avec le Sommet OTAN – Russie. L’OTAN a été transformée en une organisation de sécurité, s’efforçant de trouver le nouvel objectif, à savoir la nouvelle menace. Vous comprendrez bien que cela n’a pas été fait de la même façon au niveau de l’Union européenne, et que cela est en rapport avec la façon dont nous percevons historiquement la sécurité européenne après la première guerre mondiale, à savoir après les 14 conditions du Président Wilson et comment était la situation à l’époque de la Société des Nations et de l’Organisation des Nations Unies ».

Enfin, en réponse à une question posée au sujet de la troïka, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Vénizélos a déclaré : « Pourquoi je réponds à la Commission des Affaires étrangères sur la troïka ? Car la question de la troïka est en effet une question de politique étrangère et de souveraineté et une question d’égalité institutionnelle entre Etats membres. La troïka a une forme institutionnelle hybride et n’est pas prévue par les traités fondateurs, le droit primaire de l’Union européenne. Quel élément saute aux yeux ? Le fait que le FMI participe à un processus européen, qui appartient au noyau de l’UE et de la zone euro. Et ce, parce que l’on n’avait pas prévu des mécanismes de gestion de la crise. Parce que le projet de la zone euro avait été pensé pour des conditions normales de température et de pression. Donc, les gouvernements européens ont demandé à ce que le FMI vienne contribuer à la gestion de la crise, exprimant ainsi leur méfiance à la Commission. La Troïka est l’expression de méfiance à la Commission européenne. Et il y a également un changement et un élargissement du rôle institutionnel de la BCE qui ne s’intéresse pas seulement à son objet découlant des statuts, mais au suivi des politiques budgétaires et économiques de certains Etats membres. Elle ne s’intéresse pas seulement à la politique monétaire et à la stabilité des prix qui est son principal objectif. Il y a donc un problème. Et ce problème est en rapport avec la planification des programmes d’ajustement.

Mais il n’y avait pas de meilleure solution pour nous. La solution qui nous a été imposée n’était pas une bonne solution, mais c’était la meilleure solution qui s’offrait à nous. Car c’est la conception prévalant en Europe. Pour nous, il n’est pas de meilleur environnement et de meilleur partenaire que l’Europe, que nos partenaires européens à l’UE et dans la zone euro. Oui, le prêt qui nous a été octroyé est considérable, il s’élève à 240 milliards. Oui, si nous n’avions pas ce prêt, nous irions vers la faillite désordonnée et un effondrement économique, social, politique et peut-être institutionnel. Oui, nous devions éviter l’effondrement et opter pour une solution contrôlée. Les conditions imposées sont des conditions très strictes. Des conditions qui procèdent d’une conception économique, politique et idéologique. C’est la corrélation interne à l’UE. C’est ainsi que procèdent tous les gouvernements, tous les pays, car les relations ne sont pas politiques entre les gouvernements. Ce sont des relations de stratégies nationales entre Etats membres. Et ces relations ne changent pas si facilement en même temps que les changements de gouvernements. Il y a donc une question importante que nous devons voir.

Mais permettez-moi de dire que le programme d’ajustement est conçu de sorte qu’en dépit des erreurs de « construction » qui ont été commises par les concepteurs du programme, en dépit de nos erreurs et des retards dans l’application d’un programme aussi difficile, dans des conditions de crise – car il est très difficile d’avoir une récession à 25%, un chômage des jeunes à 60% et une perte de revenus de 35% en moyenne – en dépit donc des difficultés internes, en dépit des erreurs des concepteurs du programme, nous avons réussi à concevoir un programme qui n’a rien coûté au contribuable européen. Car la dette est servie, les garanties qui ont été octroyées ne s’effondreront pas et les contribuables européens ne devront payer qu’à une seule condition : si le programme échoue et que la Grèce se retrouve hors du cadre européen car certains ne comprennent pas qu’ils doivent respecter les sacrifices du peuple grec et cesser de recycler une discussion injuste et dont le sujet est de savoir si la Grèce peut ou ne peut pas.

La Grèce peut, notre dette a été restructurée et je prierais tout ceux qui participent à des commissions et ont des compétences y relatives de soumettre vos questions au dirigeant du MES, M. Regling qui vous dira combien la dette grecque est viable en termes de valeur actuelle nette, qui nous permettra de voir combien la restructuration a été grande et combien la dette grecque est viable par rapport à la dette d’autres Etats membres. Je vous remercie beaucoup M. le Président de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer ».

Janvier 20, 2014