Réponses du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Konstantinos Koutras à des questions de la presse au sujet des derniers développements au niveau européen concernant la crise des migrants et des réfugiés

Nous vous communiquons ci-après les réponses, en dix points, du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Konstantinos Koutras à des questions de la presse au sujet des derniers développements au niveau européen concernant la crise des migrants et des réfugiés :

1.    Tout le monde reconnaît que compte tenu de l’ampleur de la question des migrants et des réfugiés, tout pays, quel qu’il soit et quelle que soit sa taille, ne peut gérer à lui-seul ce problème qui dépasse le niveau européen et constitue une crise mondiale.
2.    S’agissant d’un problème mondial, il est illogique – tout le monde le reconnait – de demander une solution grecque ou nationale ou encore une solution disproportionnée au détriment de certains Etats seulement. Malheureusement, cela arrive.
3.    Nombreux sont ceux qui prétendent hypocritement, sans courir de risque, qu’à la place de la Grèce ils auraient des solutions toutes prêtes, des réponses à toutes les questions, toutes les infrastructures au point pour faire face à ce « tsunami » sans précédent des flux de migrants et de réfugiés.
4.    Ce qui est déplorable est qu’ils s’égosillent à critiquer la Grèce parce qu’ils ne veulent pas se retrouver sous les feux de l’actualité et sous l’effet d’une publicité négative en raison de leurs pratiques.
5.    Alors qu’ils vivent dans cette réalité virtuelle, la Grèce et le peuple grec vivent la réalité implacable en première ligne du front, en portant sur leurs épaules l’Europe et les valeurs européennes, en dépit des éventuelles erreurs commises et des insuffisances inévitablement enregistrées devant ces crises aux dimensions terrifiantes. Certains chiffres et faits parlent d’eux-mêmes :
•    Les garde-côtes grecs ont sauvé plus de 90 000 personnes au cours de ces derniers mois.
•    La réponse des sociétés locales au drame des migrants / réfugiés est un vrai témoignage de la grandeur d’âme humaine.
•    En novembre 2015 seulement, sur les 54 000 enregistrements effectués dans des hotspots en Europe, 51 300 concernaient la Grèce.
•    Les dépenses primaires de la Grèce pour la gestion des flux de migrants / réfugiés sont estimées à plus de 1,5 milliards d’euros sachant que ce pays réalise en ce moment un ajustement budgétaire sans précédent et que les dépenses indirectes ainsi que le manque à gagner en raison de la crise ne sont pas pris en compte.
6.    La Grèce a d’emblée fait pression pour des réponses européennes et efficaces au problème des réfugiés / migrants.
•    Elle a fait pression, dès mai, au moment de la planification de l’opération maritime Sophia en Libye afin que des dispositions soient prises en Méditerranée orientale, région vers laquelle auraient été dirigés les flux migratoires de la Méditerranée centrale.
•    Elle a fait pression, des le mois de juin passé, pour augmenter la présence des agents / navires de la FRONTEX en Egée et la réponse des Etats membres de l’UE n’était pas à la hauteur des circonstances. La FRONTEX doit, en réalité, son existence à la Grèce. Dès 2012, elle exerçait son activité dans le pays pour appuyer les services grecs en matière de surveillance et de protection de nos frontières terrestres (Evros) dans un premier temps, puis maritimes (Poséidon, îles de la Mer Egée) et de nouveau les frontières terrestres avec l’ARYM.
•    Elle a fait pression, dès juillet, pour activer les équipes d’intervention rapide (RABIT) dans des îles de la mer Egée, qui avaient été mobilisées avec succès et en 2012 aux frontières terrestres avec la Turquie – la demande a en fait été rejetée par la FRONTEX en raison d’une incapacité à répondre aux besoins.
•    Elle a fait pression pour le contrôle opérationnel des flux de migrants / réfugiés et pour la création de centres de relocalisation (hotspots) en Turquie, en tant que solution réelle pour la gestion du problème des réfugiés et pour la lutte contre les réseaux de passeurs – elle n’a pas été entendue.
•    Elle a fait pression pour la conclusion de nouveaux accords de réadmission et l’application des accords existants au niveau européen aux fins du retour des migrants clandestins dans leur pays d’origine – les résultats de l’UE sont, comme chacun sait, décourageants, avec le Pakistan, par exemple, qui a récemment refusé l’entrée à Islamabad à vingt de ses ressortissants sur un vol spécial organisé en coopération avec l’UE.
•    Elle a fait pression pour obtenir au moins 100 machines de reconnaissance d’empreintes digitales Eurodac – seulement 39 ont été mises à disposition. En dépit de cela, toutes les nouvelles arrivées sont enregistrées et les empreintes digitales relevées systématiquement.
•    Elle a fait pression en faveur d’un vrai mécanisme de répartition égale des charges entre les Etats membres de l’UE, par le biais de la relocalisation. Malheureusement, jusqu’à présent, le système, à quelques exceptions près, a échoué. Les décisions pertinentes de l’UE au niveau le plus haut, non seulement ne sont pas respectées, mais il est annoncé que ces décisions feront l’objet d’un recours devant la Cour de Justice de l’Union européenne pour qu’elles ne soient pas appliquées. Quels sont ceux qui l’annoncent ? Ceux qui sont les premiers à demander à la Grèce de respecter toutes les obligations, en la pointant du doigt.
7.    Nonobstant les problèmes, les manquements ou les retards, la Grèce s’acquittera de toutes ses obligations, sans exception. Mais elle exige des autres d’en faire de même. Et l’Union européenne se doit de l’imposer à tous.
8.    D’aucuns peuvent mépriser le principe européen de la « solidarité ». La Grèce insiste et elle insistera pour penser au niveau européen. Et malgré le fait qu’elle supporte la plus grande charge de la crise des réfugiés déclenchée par des choix erronés d’autres parties, la Grèce demeure un pôle de stabilité et de valeurs, au milieu du triangle d’instabilité défini par l’Ukraine, la Libye et la Syrie, cette dernière étant la plaie béante du Moyen-Orient et à l’origine des réfugiés de guerre.
9.    Car la Grèce souhaite ce que souhaitent ceux qui veulent réellement sauvegarder l’idée européenne contre les phénomènes de dissolution : un contrôle efficace des frontières européennes extérieures et un traitement européen concerté de chaque réfugié / migrant, avec l’enregistrement, l’identification et le traitement de chacun d’eux d’une manière humaine. C’est seulement ainsi que sera sauvegardé l’acquis de Schengen en tant qu’union de sécurité, de solidarité et de liberté.
10.    Enfin, d’aucuns peuvent critiquer l’attitude humaine de la Grèce et de ses habitants vis-à-vis des réfugiés / migrants pour leur propres raisons internes / démagogiques. La Grèce respecte et respectera toutes les règles de droit international et humanitaire acceptées dans les sociétés développées.
11.    La Grèce respecte et respectera les valeurs européennes. Cela n’est pas négociable.

Décembre 11, 2015