M. DROUTSAS : L’Italie a été aux côtés de la Grèce dès le début et, lors de mes entretiens d’aujourd’hui, a été soulignée la confiance qu’accorde l’Italie à la Grèce et aux efforts consentis par le peuple grec et notamment à l’économie grecque, à ses perspectives et à ses capacités. La Grèce poursuit avec détermination les réformes, ce qui est reconnu également par nos partenaires.
JOURNALISTE : Avez-vous évoqué la crise en Libye ?
M. DROUTSAS : Nous sommes de plus en plus confortés dans la position que nous avons exprimée dès le début, à savoir que cette crise ne pourra être désamorcée à travers seulement des moyens militaires. Il est désormais besoin impérieux de déployer des efforts sérieuses, responsables et coordonnées en vue de parvenir à une solution politique, et ce, toujours sous l’égide des Nations Unies. Nous avons également souligné cela dans notre intervention d’aujourd’hui. La Grèce œuvre dans ce sens et apporte sa propre contribution en présentant ses réflexions, ses propositions et ses interventions. La question humanitaire demeure toujours car il s’agit d’une tragédie humanitaire. J’ai eu l’opportunité lors de la rencontre d’aujourd’hui d’informer mon homologue des préparations de la Grèce en vue d’envoyer à bord d’un navire une aide humanitaire et du matériel pharmaceutique.
JOURNALISTE: Est-ce que la crise économique a également fait l’objet de vos discussions ?
M. DROUTSAS : Tout d’abord, M. Frattini a de nouveau signalé la solidarité de l’Italie avec la Grèce et le peuple grec. Force est de signaler que les efforts consentis par le gouvernement cette dernière année ont été pleinement reconnus et notamment les efforts et les sacrifices du peuple grec. J’aimerais souligner cela. Ces efforts sont pleinement reconnus et M. Frattini l’a également souligné de manière claire. Dans ce contexte, j’ai pu de nouveau présenter des données telles que la réduction du déficit de plus de 5% en l’espace d’une année, les réformes du système de protection sociale et le plan « Kallikratis ». Pour nous en Grèce, ces données sont bien connues mais il est très important de les rappeler à nos partenaires aussi. Et tous ces progrès ont été reconnus. Bien évidemment, je suis le premier à souligner que le chemin est encore long. Nous nous trouvons en milieu de chemin et pour venir à bout il faut faire preuve de détermination.
J’ai informé M. Frattini des décisions adoptées hier par le conseil ministériel grec et de notre détermination d’appliquer le plan triennal à moyen terme. Nous avons notamment abordé à fond la question des privatisations. La partie italienne a également manifesté un intérêt marqué à l’égard des modalités de coopération qui permettra aux entreprises italiennes d’investir dans notre pays. Car il est communément admis que nos deux pays se trouvent dans la même région. La méditerranée, les évolutions en Afrique du nord sont importantes mais il ne faut pas oublier les Balkans qui est une région servant de liaison entre nos deux pays. Parfois, les intérêts économiques et entrepreneuriaux peuvent sembler compétitifs dans cette même région, mais de nombreuses opportunités sont offertes en faveur de notre coopération. C’est pourquoi, nous sommes convenus d’envoyer en Italie une délégation constituée de spécialistes grecs afin que ces derniers présentent aux entreprises italiennes les possibilités offertes en Grèce en matière d’investissements. Et nous allons procéder de manière systématique en faisant preuve de sérieux et d’un esprit responsable. C’était M. Frattini lui-même qui a formulé la proposition d’organiser cette manifestation en Italie, en Italie du nord et à Milan, afin que nous présentions aux entrepreneurs italiens les opportunités en matière d’investissements offertes en Grèce. A mon sens, cela est une preuve tangible, si vous voulez, de la confiance qu’accorde l’Italie à la Grèce, à l’économie grecque ainsi qu’aux perspectives et aux capacités de l’économie grecque. Je pense que cela constitue un résultat et un message très important que l’on peut retenir de mon entretien avec M. Frattini.
JOURNALISTE : Sur l’immigration illégale ?
M. DROUTSAS : Nous avons abordé à fond les évolutions en Afrique du nord et notamment en Libye. J’aimerais souligner que dès le début la coopération entre la Grèce et l’Italie a été très étroite. Je vous rappelle mon déplacement à Rome à l’occasion de la réunion du Groupe de contact.
Ce qui unit les deux pays pour ce qui est des évolutions dans la région est la question de l’immigration illégale. A l’heure actuelle l’Italie encourt bien évidemment des dangers plus pressants, si vous voulez, par rapport à la Grèce, mais la question de l’immigration illégale est plus générale et nous avons discuté à fond de cette question pour une autre raison aussi : en juin, lors du Conseil européen, une discussion sera engagée sur la question de l’immigration illégale et de la politique européenne à cet égard. Il est très important de profiter de cette discussion qui sera engagée au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement afin de sensibiliser nos partenaires européens également à cette question ce qui donnera lieu à une véritable solidarité entre les Etats membres de l’UE – ce qui sera manifesté non seulement en théorie mais sera traduit également dans des actes – qui sera matérialisée dans les textes de conclusions du Conseil européen. Comme vous le savez, la Commission européenne a d’ores et déjà soumis ses premières propositions sur ce dossier. Nous sommes convenus de suivre ces évolutions au sein de l’UE et de présenter ensemble nos positions afin de sauvegarder nos propres intérêts. Bien évidemment, la question de l’immigration illégale est un dossier urgent à l’égard duquel les approches de l’Italie et de la Grèce convergent. Certes, M. Franco Frattini dispose à cet égard d’une expérience particulière car il y a quelques années il a assumé les fonctions de commissaire aux questions intérieures, à la justice et aux droits de l’homme et s’est vu obligé de faire face à des situations d’urgence, en conséquence de quoi il est tout à fait compétent en la matière. C’est pourquoi je pense que l’Italie et notamment M. Franco Frattini, est un interlocuteur précieux et, si vous voulez, un allié même dans la lutte contre ce problème.
JOURNALISTE : Est-ce que la question de l'accord de réadmission avec la Turquie a été soulevée ?
D. DROUTSAS : Nous ne sommes pas entrés dans les détails concernant cette question. Bien entendu, nous avons abordé les relations entre l’UE et la Turquie, les perspectives d’adhésion de la Turquie. L’Italie et la Grèce ont une approche commune, qui est de voir la Turquie devenir membre de l’UE. Lors de notre discussion, j'ai souligné l'évidence, à savoir que pour adhérer à l'UE, la Turquie devait s’acquitter de toutes les obligations assumées vis-à-vis de l'UE et de tous les Etats membres et bien entendu nous avons également discuté de l'accord de réadmission. Et à ce sujet, la position de nos deux pays n’est pas divergente, nous avons grand intérêt à ce que cet accord de réadmission soit appliqué. Nos deux pays s’accordent également sur tout ce qui concerne l’octroi de permis / visas pour les ressortissants turcs et la Grèce a un intérêt direct à ce qu’il y ait des facilitations pour les citoyens turcs voyageant en Europe. En tant que pays, la Grèce a également un intérêt particulier en raison du tourisme. Nul besoin de répéter les chiffres que nous connaissons tous et qui concernent les touristes turcs visitant la Grèce, les îles grecques. L'année dernière seulement, la Grèce a pris l'initiative d’abolir les visas pour lesdits passeports verts, ce qui a eu comme résultat une hausse spectaculaire des visiteurs turcs en Grèce. Nous sommes d’avis que nous pouvons faire face efficacement à la question de l’immigration clandestine, protéger notre pays et en définitive l’Europe du problème de l’immigration clandestine, en y associant l'ouverture de la question des visas pour les citoyens turcs. Si l'on considère les données disponibles en Grèce concernant l’immigration illégale, nous constaterons que cette immigration transite par le biais de la Turquie mais elle ne concerne pas des ressortissants turcs. Nous connaissons tous le pays d’origine de ces immigrés clandestins. Donc, pour ce qui est de la question d’octroi de visas pour les ressortissants turcs, la Grèce et l’Italie ont une ligne de conduite commune.
JOURNALISTE : [Question hors micro concernant les Balkans et le gazoduc ITGI]:
D. DROUTSAS : J’ai expliqué et décrit à M. Frattini l’objectif et le plan de la Grèce en tant que présidence de l’UE au premier semestre 2014. D’ailleurs, l’Italie succèdera à la Grèce. Notre objectif est de convoquer une conférence au sommet avec les pays des Balkans occidentaux, comme ce fut le cas à Thessalonique en 2003, ce que nous appelons d’ores et déjà Thessalonique II, dans l’espoir que d'ici là les choses auront mûri et nous voulons œuvrer dans ce sens. Et sur ce plan, la Grèce et l’Italie peuvent de concert prendre des initiatives, afin que lors de la présidence grecque, si les choses ont mûri, comme je l’ai dit, nous puissions aboutir et que les chefs d’Etat et de gouvernement puissent s’accorder sur une feuille de route précise pour l’adhésion des pays des Balkans occidentaux. Si nous pouvons, l’objectif est de décider d’une date butoir précise à laquelle prendra fin le processus d'adhésion. Et c'est un objectif que partage l'Italie. D’ailleurs dans les Balkans, nous avons des intérêts communs et nous avons affirmé que nous examinerons des moyens de coopération pratiques et bien précis et dans ce domaine à l'UE également. Car notre constatation commune est et a toujours été que la question de l'adhésion des pays des Balkans occidentaux est tout en bas de l'agenda de l'UE. En tant que nouveau gouvernement grec, lorsque nous avons assumé la gouvernance du pays en octobre 2009, nous avons de suite proposé une nouvelle initiative, l'Agenda 2014 dans le but de réintégrer dans l’agenda européen la question du parcours d'adhésion des Balkans occidentaux, assortie de conditions politiques. Et je pense que nous avons réalisé cet objectif. La preuve en est par exemple qu’à la fin de la présidence espagnole en 2010, une réunion spéciale des ministres des Affaires étrangères s'est tenue à Sarajevo sur cette question. Mais comme M. Frattini et moi-même l’avons constaté, la question des Balkans occidentaux figure de nouveau parmi les priorités de l'UE, en raison justement de la crise économique à laquelle nous faisons face en Europe, ce qui a comme résultat que dans de nombreux pays l’opinion publique ne voit pas d’un bon œil la perspective d’élargissement. Bien entendu, les développements actuels en Afrique du nord contribuent à ce que des questions comme les Balkans occidentaux et leur parcours d’adhésion ne tombent pas dans les oubliettes. C’est la raison pour laquelle nous avons affirmé qu’à l’UE nous nous efforcerons de concert de réintégrer cette question tout en haut de l’agenda de l’UE et de ses priorités.
Une autre question importante que nous avons abordée est sur laquelle nous coopérons étroitement et avons des intérêts communs est la question des gazoducs. La Grèce et l'Italie avancent ensemble pour ce qui est du soutien du gazoduc ITGI. Nous avons de nouveau réitéré notre attachement à ce plan. D'ailleurs les deux premiers ministres, MM. Papandréou et Berlusconi sont en contact direct à ce sujet. Quoi qu’il en soit, notre objectif est que les travaux liés au gazoduc ITGI s'achèvent dans les plus brefs délais et que celui-ci puisse commencer à opérer. Le gazoduc pourrait même commencer à opérer en 2017, selon certains.
Mai 24, 2011