Article de Kostas Fragogiannis, Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères chargé de la Diplomatie économique et de l'Extraversion, dans le journal « Naftemporiki » (20.06.2022)

Nous entendons souvent dire que « les crises engendrent des opportunités ». Et cela a été soutenu par des personnalités au prestige indéniable, comme Winston Churchill, Albert Einstein, John F. Kennedy.

Mais jusqu'à quel point pouvons-nous y croire ? Et où en trouver la preuve, alors que les crises se sont succédé, sur de multiples fronts et à l'échelle mondiale ?

Et pourtant, les preuves sont là et près de nous. C'est notre propre pays et nous, en tant que peuple, après avoir été au bord du désastre et avoir connu notre propre crise durable, qui sommes maintenant en mesure de jouer un rôle actif dans la gestion des crises et des défis mondiaux d'aujourd'hui.

La Grèce est aujourd'hui sur la voie du redressement économique, revendiquant une place parmi les plus fortes de l'UE et consolidant sa position de pont entre l'Est et l'Ouest et de pilier de stabilité et de prospérité dans le voisinage fragile de l'Europe du Sud-Est.

C'est précisément parce que, en tant que gouvernement qui a pris ses  fonctions en juillet 2019, nous avons saisi et exploité l'opportunité la plus précieuse qui s'est présentée lors de la crise économique - et pas seulement - de 2009-2019. Le changement de mentalité du monde politique et de nous, citoyens. Nous avons mûri politiquement, bien que tardivement, mais brusquement et violemment. Nous avons réalisé que de nombreuses pratiques passées, telles que le populisme extrême, les exigences corporatistes constantes, la dépendance de sources d’argent imaginaires, l'introversion et la résistance au progrès, ne mènent nulle part et doivent être modifiées.

La crise nous a offert l’occasion de changer d’attitude et d’opter pour la raison, le sérieux,  la responsabilité et le professionnalisme. De promouvoir les réformes nécessaires, et parmi elles l'extraversion de l'économie et le soutien à l'esprit d'entreprise et à l'investissement. Les fruits de la valorisation des opportunités de la crise à ce jour sont réels et visibles. A titre indicatif :

C’est la transition numérique de l'État et notre réussite désormais bien connue, le portail gov.gr, qui a littéralement changé la vie quotidienne des citoyens et des entreprises.

Ce sont  - dans mon principal domaine d'expertise au ministère des affaires étrangères, la diplomatie économique - les investissements stratégiques en Grèce de géants mondiaux tels que Microsoft, Amazon, Pfizer, Cisco, Google, JP Morgan. Et ce sont des investissements qui ne se limitent pas aux secteurs qui ont traditionnellement suscité l'intérêt des investisseurs en Grèce, à savoir l'immobilier et le tourisme. Il s'agit d'investissements dans des secteurs de pointe tels que la haute technologie et les sciences de la vie.

C'est l'accent mis par notre politique énergétique sur les sources renouvelables. Un choix qui a revalorisé le rôle géostratégique de la Grèce dès le départ, et qui, en pleine crise énergétique mondiale, est aujourd'hui plus crucial que jamais.

C'est dans ce contexte que les infrastructures stratégiques construites ou en cours de construction dans le nord de la Grèce, le gazoduc TAP, le gazoduc IGB et l'interconnexion Grèce-Macédoine du Nord, ainsi que l'unité FSRU d'Alexandroupolis, sont des projets d'importance stratégique pour les Balkans et l'Europe du Sud-Est. Des projets également cruciaux pour l'effort collectif de l'UE visant à devenir indépendante de la Russie sur le plan énergétique.

C'est également dans le domaine de l'énergie et de l'environnement, avec le projet phare de la transformation d’Astypalaia en île intelligente et durable. Un projet auquel j'ai adhéré personnellement dès le premier instant. Un partenariat public-privé exemplaire avec une empreinte environnementale et sociale. Une image du futur créée aujourd'hui, en première mondiale, dans une île de Grèce.

Enfin, c'est la décision de se tourner vers l'innovation et de soutenir l'écosystème grec correspondant, avec la mise en place du registre national des start-ups, Elevate Greece. Le secteur des start-ups, qui sont actuellement au nombre de 618 et emploient environ 6 000 personnes, est un secteur prometteur disposant un potentiel de partenariats importants avec des entreprises internationales.

Donc, en effet, « les crises engendrent effectivement des opportunités ». Et comme les crises sont de plus en plus fréquentes et mondialisées, nous devons être vigilants et prêts à identifier les opportunités dans ces crises. Pour la Grèce et pour l'avenir de chacun d'entre nous.

Juin 20, 2022