Article du ministre délégué aux Affaires étrangères, M. Varvitsiotis dans le journal « TA NEA Savatokyriako » (04.03.2022)

Les grands moments donnent naissance à de grandes opportunités. Nous vivons aujourd'hui de tels moments historiques, en voyant l'architecture de sécurité du monde être redessinée sur le territoire de l'Ukraine.

L'Europe connaît une crise sécuritaire sans précédent dans son voisinage. La Russie menace directement d'utiliser des armes nucléaires, ce que personne n'a osé faire même pendant la guerre froide. L'Allemagne se réarme après 80 ans, abandonne sa stratégie d’Ostpolitik et réduit sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie en suspendant le projet Nord Stream 2. La Suède, la Finlande et la Suisse, traditionnellement neutres, choisissent leur camp.

Face à ces bouleversements majeurs mondiaux, l'Europe se transforme, accomplissant des avancées spectaculaires  dans des domaines où, jusqu'à récemment, elle était lente et nombriliste. Elle crée une doctrine défensive, intervient d'une seule voix, forme un front uni avec le reste de l'Occident contre le révisionnisme du président Poutine. Elle élabore par réflexes rapides une politique étrangère commune, en adoptant de manière décisive et en appliquant rapidement des sanctions économiques sévères ayant un impact immédiat. Elle agit comme une union politique et projette sa puissance économique. Elle tente d'émerger en tant qu'acteur mondial. En bref, elle mûrit et devient politiquement consciente d’elle-même.

Cette réponse européenne donne raison à ceux qui pensaient que les crises favorisent l'intégration de l'Europe. Lors de la pandémie, nous avons créé le Fonds de relance - brisant des années de tabous - et un  programme européen de vaccination intégré.

La crise à la frontière d'Evros, puis à celle de la Biélorussie et de la Lituanie, nous a obligés à réagir avec force à l'instrumentalisation des migrants. Aujourd'hui, ce défi sécuritaire historique agit à nouveau comme un accélérateur : il pousse l'Europe à développer son pilier de défense et à renforcer son autonomie stratégique. Les citoyens européens ont également joué un rôle à cet égard, en exerçant des pressions pour l’imposition de sanctions plus nombreuses et plus lourdes.

La Grèce, bien évidemment, soutient ce développement européen. Nous avons toujours demandé plus d'Europe, avec une voix forte en matière de politique étrangère et de défense. Dans le même temps, nous avons toujours et sans réserve défendu le droit international et les principes d'intégrité territoriale, de souveraineté et d'indépendance. Nous ne nous sommes pas cachés derrière des politiques à égale distance. Au contraire, entre nous et le révisionnisme de M. Poutine  il existe un fossé de valeurs – alors qu’entre le peuple russe et nous il existe des liens très anciens.

La crise mondiale actuelle n'est pas comparable aux crises nationales passées ou récentes. Mais cela nous permet d'espérer un soutien européen plus fort pour les défis futurs, qui pourraient également provenir du révisionnisme turc. Ainsi, au lieu de ressasser le passé, réfléchissons à ce que signifie pour la Grèce une Europe politiquement, militairement et stratégiquement forte, qui demain garantira plus efficacement la sécurité dans notre région.

La crise en Ukraine est en cours et probablement elle va  durer. Jusqu'à présent, elle a provoqué tout ce que le président Poutine voulait éviter : plus d'OTAN en Europe de l'Est, le ralliement de l'Occident, le retrait des Ukrainiens de la Russie. Il reste à voir si cette crise servira aussi de catalyseur à l’achèvement de la « croisade pour l'Union de l’Europe », comme le disait Konstantinos Karamanlis.

Mars 4, 2022