JOURNALISTE : Monsieur le Ministre, merci beaucoup de votre intervention au journal « Naftemporiki » et surtout aujourd'hui, à l'occasion du lancement de notre nouveau site web. Les relations gréco-turques sont entrées dans une phase où beaucoup craignent même un conflit. Dans quelle mesure ces craintes sont-elles valables ? Alors que même des articles de la presse allemande qualifient le président Erdogan de « bombe à retardement » ? Plus le jour des élections en Turquie se rapproche, plus l'atmosphère se détériore ? L'UE et l'OTAN vont-elles enfin faire quelque chose pour freiner les provocations turques ? Et enfin : dans quelle mesure est-il possible de mener aujourd’hui un dialogue avec la Turquie fondé sur le droit international ? Merci beaucoup.
N. DENDIAS : Monsieur Psylos, je voudrais d’abord vous souhaiter tout le succès pour le nouveau site web du journal « Naftemporiki ». Comme vous l'avez souligné à juste titre, l'année prochaine sera une année électorale dans notre pays, en Turquie, et permettez-moi d'ajouter à Chypre, également, puisque les élections présidentielles s'y tiendront en février prochain. Dans ce contexte et dans le climat qui commence à se dessiner, la maturité, la prudence et le calme sont de mise. Cela ne veut pas dire, bien sûr, que nous ne maintiendrons pas notre détermination à défendre notre souveraineté territoriale et nos droits souverains. La Grèce ne souhaite pas voir une escalade de la tension. Au contraire, elle cherche à consolider la sécurité et la stabilité dans la région. Malheureusement, nous observons de fréquents excès de l'autre côté, avec l'exemple récent de la vidéo de la présidence turque à l'occasion de l'anniversaire de la déclaration de l'État turc en tant que République. Pour notre part, nous rejetons et condamnons les déclarations extrêmes à chaque occasion et nous continuerons à le faire. Notre pays n'est pas découragé par les provocations et les menaces. C'est précisément pour éviter une détérioration de la situation qu'il serait utile de disposer de canaux de communication à tous les niveaux. Et si les circonstances le permettaient, ce qui n'est malheureusement pas le cas dans la situation actuelle, la Grèce serait prête à engager un dialogue constructif, toujours sur la base du droit international. En même temps, il est de notre devoir, et nous le faisons quotidiennement, comme par exemple hier avec mon homologue néerlandais, de souligner à nos alliés et partenaires la recrudescence des provocations turques. Notre message aux partenaires et aux alliés est simple. Afin d'éviter la situation que nous connaissons aujourd'hui en Ukraine, il faut ériger une barrière contre tout révisionnisme. Je crois que ce message est maintenant compris. Les déclarations constantes de nos partenaires traditionnels, mais aussi d'autres pays avec lesquels nous n'avions jusqu'à présent que des contacts limités en sont la preuve. Nous évaluons le résultat de nos efforts de manière positive. Mais nous ne baissons pas pour autant les bras. Nous restons constamment vigilants et continuons à promouvoir nos positions au sein des forums internationaux. Des positions qui sont toujours fondées sur le droit international.
Novembre 1, 2022