JOURNALISTE : Le ministre des Affaires étrangères, M. Giorgos Gerapetritis, est avec nous et je l’en remercie sincèrement. Bonjour, Monsieur le Ministre.
G. GERAPETRITIS : Bonjour, Monsieur Tsimas. Je vous remercie de cet honneur.
JOURNALISTE : Bon, le fait que le mémorandum ne soit pas conforme au droit international, que nous ne le reconnaissions pas, qu’aucun pays européen ou autre ne le reconnaisse, tout cela est un fait établi. Mais dans les faits, ce que la Grèce a tenté d’empêcher pendant sept ans s’est produit. Est-ce un échec ?
G. GERAPETRITIS : Examinons les faits, Monsieur Tsimas, et ensuite, chacun de vos auditeurs aura la possibilité d’évaluer ces faits.
JOURNALISTE : Oui, je vous écoute.
G. GERAPETRITIS : Précisons tout d’abord que le mémorandum turco-libyen n’est pas une affaire récente. Ce mémorandum a été signé en 2019.
JOURNALISTE : En novembre 2019, oui.
G. GERAPETRITIS : En novembre 2019. Et il a d’ailleurs été signé par un gouvernement de l’ouest de la Libye qui n’avait pas la légitimité de le faire, car le mandat dont il disposait n’était que transitoire et ne lui permettait pas de s’engager. Malgré cela, il a été signé. Et nous savons tous comment il a été signé. Il a été signé parce que la Turquie avait mis en place un réseau d’influence en Libye, cherchant en substance à faire valoir ses propres intérêts.
JOURNALISTE : Ce qui s’est réellement passé à l’époque, c’est que la Libye était en proie à une guerre civile, Haftar, originaire de l’est de la Libye, avait lancé une offensive pour s’emparer de Tripoli, et la Turquie a aidé Sarraj, le chef du Conseil présidentiel libyen, à résister à cette pression ; en échange, elle lui a donné le mémorandum. C'est à peu près cela.
G. GERAPETRITIS : C'est exactement comme vous le dites, Monsieur Tsimas. Au fil du temps, au cours des années qui se sont écoulées, la Turquie a déployé des efforts systématiques pour imposer la ratification du mémorandum par le Parlement. Ce dernier siège dans l’est de la Libye et n’est pas issu d’élections périodiques, comme vous pouvez l’imaginer. Les auditeurs doivent garder à l’esprit que la Libye n’est pas un pays « ordinaire » ; c’est un pays qui présente de grandes particularités, un pays divisé où s’exercent deux pouvoirs distincts, et où il existe, au sein de chaque région, des piliers du pouvoir séparés. Ainsi, en tout état de cause, ce qui a commencé comme une situation défavorable en 2019 était une bataille d’arrière-garde visant à nous permettre de conserver ce que nous avions. Cependant, il est évident que lorsque les équilibres, celles d’origine humaine, venaient à changer, comme cela s’est produit avec l’expulsion violente du président de la Chambre des représentants il y a deux semaines et la mise en place d’une personnalité favorable à la Turquie, nous aurions alors assisté à des développements différents. Ce n’était pas inattendu. Maintenant, si vous me demandez quelles en sont les véritables conséquences, la réponse est on ne peut plus claire. Premièrement, comme vous l’avez justement souligné, il n’y a absolument aucune conséquence en ce qui concerne la mise en œuvre de ce mémorandum. Ce mémorandum ne sera pas appliqué. Et il ne le sera pas pour la raison très simple qu’il ne produit aucun effet juridique en tant qu’acte relevant du droit international.
JOURNALISTE : La question est simple. En effet, il ne produit pas d’effets juridiques, et nous avons eu hier les déclarations à ce sujet de la part de responsables de l’Union européenne, ainsi que du président du Conseil et de la présidente de la Commission. Et, en tout état de cause, il n’est reconnu par aucun autre pays. Cependant, il produira des effets concrets. Autrement dit, lorsque le navire ira effectuer des recherches sur le câble GSI, la Turquie dira : « Attendez un instant, cette mer est la nôtre, nous la partageons avec la Libye. »
G. GERAPETRITIS : La Turquie pourrait affirmer cela indépendamment de l’existence du mémorandum turco-libyen, et elle pourrait même le dire s’il n’avait pas été ratifié. Elle pourrait l’affirmer en invoquant le mémorandum turco-libyen, qui a été signé en 2019. Mais là n’est pas la question. La question est la suivante : à l’heure actuelle, la Turquie et la Libye choisissent de conclure un accord qui sort du cadre établi, en assumant toutes les conséquences de cet acte. Car tous les actes conclus au niveau bilatéral ont des conséquences.
Et quelles sont ces conséquences ? Que la Grèce va désormais mettre en œuvre ses propres mécanismes afin de dénoncer ce mémorandum. Ce mémorandum ne sera pas appliqué, Monsieur Tsimas, sous aucune forme ; même s’il n’avait pas été ratifié, il n’aurait tout de même pas été appliqué. D’ailleurs, je vous rappelle que la Grèce a mis en vente des terrains au sud de la Crète, là où se situe le mémorandum turco-libyen. La Grèce a des intérêts bien plus importants, elle a des projets d’interconnexion qui sont en cours, donc ce mémorandum ne sera pas appliqué. Et laissez-moi vous dire autre chose. Deux niveaux. Premier niveau : le plus grand mécanisme qui pouvait être mobilisé, il a été mobilisé. Nous avons eu des déclarations, quelques heures seulement après l’adoption du mémorandum turco-libyen, de la part de la présidente de la Commission européenne et du président du Conseil européen. D’autres déclarations suivront, car la Grèce a mobilisé tous ses alliés et partenaires ; il y aura donc un soutien unanime sur cette question et une dénonciation du mémorandum. Et le deuxième aspect, tout aussi important, est que la Grèce a actuellement la possibilité de prendre des mesures très concrètes pour la non-application, de toute façon, et dans la pratique, de ce mémorandum sans fondement.
JOURNALISTE : Un exemple ?
G. GERAPETRITIS : C’est par la Grèce que transitent tous les protocoles financiers de la Libye, c’est par la Grèce que passe la mission de paix qui se trouve en Libye, c’est par la Grèce que passe le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. La Grèce est la porte qui, en ce moment même, ouvre la voie à quiconque sur la scène internationale. Par conséquent, nous allons dès à présent mettre en œuvre nos mécanismes ; des communications spécifiques seront diffusées, comme cela a déjà été le cas. Depuis hier, j’ai discuté avec mes homologues et les dirigeants des autorités, et il y aura une réaction unanime face à cette question.
JOURNALISTE : Je voudrais revenir à ma question initiale. Compte tenu de tout ce que vous dites, qui est manifestement juste, je veux dire en ce qui concerne la validité ou l’applicabilité du mémorandum, le fait qu’après sept ans, ce que la diplomatie grecque s’efforçait d’empêcher se soit finalement produit, ne constitue-t-il pas un échec de la diplomatie grecque ?
G. GERAPETRITIS : La Grèce n’avait pas les moyens de l’empêcher. Commençons par les bases. La logique voudrait que, si quelque chose dépend entièrement de nous, nous ne devrions évidemment pas le permettre. Mais ce qui ne relève pas de notre pouvoir, nous ne pouvons pas le faire. Je vous rappelle que la sanction ne s’applique pas dans le vide. Nous avions un accord qui remontait à 2019. En 2019 donc, cet accord a été conclu de manière unilatérale, en violation du droit international et sans aucune légitimité. La ratification n’apporte absolument aucune valeur ajoutée, ni théorique ni pratique. Nous n’avons rien à attendre de la ratification du mémorandum. Il serait bon que ceux qui parlent de défaites nationales, etc., fassent très attention à la manière dont ils s’expriment.
JOURNALISTE : Puis-je vous interroger sur les réactions ? Vous avez évoqué des réactions, ce qui implique une mobilisation diplomatique, une communication et, bien sûr, des actions au niveau européen ainsi que des protocoles de financement, etc. L’extension de nos eaux territoriales au sud et à l’ouest de la Crète, jusqu’à 12 milles, dont on discute depuis longtemps, est-elle également prévue ?
G. GERAPETRITIS : La Grèce ne réagit pas de manière spasmodique. La Grèce réagit selon un plan et surtout dans l’intérêt national. Et c’est là une différence fondamentale par rapport à ce qui se passait au cours des décennies précédentes. Tout ce qui a été fait ces sept dernières années, nos accords de délimitation, l’extension des eaux territoriales dans la mer Ionienne, les parcs marins, la planification de l’espace maritime, la valorisation de notre capital, tout cela a été réalisé avant tout parce qu’il y a une stratégie. Nous ne nous laisserons pas influencer par une action qui est totalement nulle et qui ne produit aucun résultat. Il serait regrettable que nous soyons déterminés par la manière dont la Libye et la Turquie conçoivent leurs propres relations et qu’elles puissent influencer notre stratégie. La réponse est donc la suivante : la Grèce étendra ses eaux territoriales. Je l’ai dit à maintes reprises. C’est un droit qui découle de sa souveraineté, qui découle du droit international, mais elle le fera de la manière et au moment que l’État grec choisira lui-même.
JOURNALISTE : Maintenant, une deuxième question en lien avec cela.Vous vous êtes entretenu hier avec votre homologue égyptien. L’Égypte est, comment dire, directement impliquée dans ce dont nous discutons, car nous avons une délimitation partielle de la zone économique exclusive en mer avec l’Égypte. Êtes-vous certain que la position de l’Égypte sera celle que nous souhaitons, celle à laquelle nous nous attendons ou celle qui est légitimement attendue ? Et pouvons-nous envisager, dans notre arsenal de solutions, une extension de la délimitation avec l’Égypte ?
G. GERAPETRITIS : Ma réponse est catégorique. Nous entretenons avec l’Égypte une relation stratégique et, si vous me permettez de le dire, fraternelle. Il s’agit d’une relation qui ne repose pas uniquement sur l’accord de délimitation partielle de la zone économique exclusive, mais qui est structurée de manière stratégique. C’est pourquoi j’ai une confiance absolue dans notre compréhension commune, qui a d’ailleurs été confirmée par les échanges d’hier. Il est évident qu’à l’avenir, la question de la prolongation de l’accord existant sera également abordée. C’est un sujet dont nous discuterons en temps voulu, lorsque nous l’aurons évalué. Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne la question de la Libye, la Grèce et l’Égypte partagent une vision tout à fait commune. Tout comme les 27 pays de l’Union européenne, Monsieur Tsimas, partagent une vision tout à fait commune. Sans aucune exception.
JOURNALISTE : Bien. Passons maintenant à une conséquence pratique. On peut raisonnablement penser que la ratification du mémorandum par le Parlement de la Libye orientale a poussé la Turquie à agir, quelques jours heures avant le début prévu, ou plutôt la reprise des travaux, du fameux GSI, le câble d’interconnexion électrique entre Chypre et la Grèce. Nous disposons aujourd’hui des déclarations publiées dans le journal « TA NEA » de M. Fidan, qui affirme très clairement que nous ne soulevons pas la question des eaux contestées, nous demandons simplement que, lorsqu’un navire mène des recherches en mer, il nous envoie une notification écrite, et non pas simplement verbale, indiquant : « Nous allons faire telle ou telle chose dans cette zone » ; et c’est là, dit M. Fidan, la seule chose que nous demandons. Est-ce une condition avec laquelle nous pouvons nous accommoder ? Autrement dit, pouvons-nous le faire ?
G. GERAPETRITIS : Je pense que la réponse est claire. La Grèce est le seul pays auquel une autorisation sera demandée, et une demande d’autorisation a déjà été déposée pour l’interconnexion électrique Grèce-Chypre. À cet égard, dès lors que l’autorisation sera accordée par la Grèce, la communication d’informations concernant l’étude et la pose pourrait être envisageable, en précisant clairement qu’il ne s’agit pas d’une procédure d’autorisation.
JOURNALISTE : Il semble qu’il y ait également eu des contacts et des discussions franco-turcs, puisque c’est une entreprise française qui a pris en charge le projet. Des informations publiées aujourd’hui font état de l’existence d’un canal de négociation informel entre la Grèce et la Turquie. Je ne sais pas si...
G. GERAPETRITIS : Je l’affirme catégoriquement : il n’y a aucune concertation de ce type. Je dois le répéter pour la énième fois, mais malheureusement, je suis contraint à chaque fois de répondre à des scénarios fantaisistes. Il n’y a aucune communication avec la Turquie concernant la pose du câble électrique. Il s’agit d’un droit souverain de la Grèce. Les procédures prévues seront suivies. Comme vous le savez, la demande d’autorisation de travaux est déjà en cours d’examen au ministère des Affaires étrangères et sera soumise à la commission interministérielle compétente. La Grèce agira comme il se doit, compte tenu du fait qu’elle est elle-même l’autorité exerçant la juridiction maritime dans la région.
JOURNALISTE : Et si la Turquie tentait, « manu militari », comme vous dites, vous les juristes, d’empêcher le passage du navire, quelle serait notre réaction ?
G. GERAPETRITIS : Permettez-moi de vous dire que la Grèce est prête à faire face à tout scénario possible. D’après ce que je comprends, rien n’indique que la Turquie ait l’intention de réagir de cette manière. Et il vaudrait mieux qu’il n’en soit rien, dans la mesure où il s’agit d’un projet qui n’est pas grec. C’est un projet qui sert des intérêts français et bénéficie d’un financement européen.
On ne peut pas menacer un projet à vocation européenne tout en souhaitant adhérer à la famille européenne. C’est une évidence. Nous sommes bien sûr prêts à toute éventualité. J’estime toutefois qu’il ne devrait y avoir aucune réaction.
JOURNALISTE : Donc, le calendrier que vous aviez prévu pour le câble ne change pas ?
G. GERAPETRITIS : Monsieur Tsimas, je vous ai dit que nous n’agissons ni au gré des circonstances ni au cas par cas. Cela appartient à une époque révolue. Nous avons un plan très précis. Ce plan vise à défendre les intérêts de la patrie, à accroître son rayonnement géopolitique et à renforcer sa position sur la scène internationale. Nous agissons de manière systématique, professionnelle et cohérente. C’est ainsi que nous avons noué des alliances, qui sont indissolubles et très solides. Nous avons renforcé notre défense et nous disposons aujourd’hui d’une voix forte dans toutes les instances internationales. Nous assurons actuellement la présidence du Conseil de sécurité. La semaine prochaine, je présiderai moi-même une série de réunions du Conseil de sécurité, qui revêtent une importance cruciale pour la Grèce. J’aurai peut-être l’occasion d’aborder également les questions de la sécurité maritime et du droit international de la mer. Ainsi, à l’heure actuelle, la Grèce dispose de la voix la plus forte sur la scène internationale. Elle n’est pas déterminée par des éléments extérieurs et aucune conjoncture ne détermine sa politique étrangère.
JOURNALISTE : Passons maintenant aux affaires intérieures. Vous avez vu les réactions. Les partis d’opposition ont vivement réagi. M. Samaras s’est montré particulièrement virulent, réitérant que vous deviez démissionner.
G. GERAPETRITIS : M. Samaras est bien sûr libre de demander ce qu’il juge bon. Après tout, c’est un ancien Premier ministre, un chef politique potentiel. Ce que je me dois de dire, c’est qu’il va de soi, je pense, pour quiconque aborde les déclarations de M. Samaras avec lucidité, qu’elles sont empreintes d’une intolérance profonde. Je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse d’une critique. S’il s’agissait d’une critique, Monsieur Tsimas, la première chose qu’il aurait dite aurait été de condamner en tant que tel le mémorandum turco-libyen. Au lieu de cela, nous avons vu toutes les autorités européennes, les plus hautes instances de l’Europe, venir condamner l’accord turco-libyen, tandis que M. Samaras condamnait le gouvernement grec. Permettez-moi de dire que cela prouve bien que nous ne sommes pas animés ici par des idéaux nationaux. Nous sommes animés par une hostilité, une hostilité politique, qui n’a rien à voir avec les intérêts du pays. Et pour revenir à ce que j’ai commencé à dire : lorsque nous parlons de défaites ou de victoires nationales, il convient de garder une certaine perspective historique. On ne peut pas comparer le cas du mémorandum turco-libyen à d’autres cas, car ledit mémorandum ne produit aucun résultat – et il est bon de le dire et de le penser. En effet, il n’en produit pas. Ce n’est ni une figure de style, ni un juridisme. Le mémorandum turco-libyen n’a aucun résultat concret, et cela se vérifiera dans les faits. Ainsi, lorsqu’un ancien Premier ministre, des dirigeants politiques ou des partis viennent évoquer des défaites nationales, la première chose qu’ils méconnaissent, c’est que notre devoir national est avant tout de considérer les choses objectivement. Et nous avons ici un mémorandum sans fondement. Nous n’avons subi aucune défaite nationale. Nous bénéficions en réalité du soutien total de tous nos partenaires. La Grèce fait entendre sa voix forte et nous avons beaucoup à faire pour réagir à de telles actions, qui sont contraires au droit international.
JOURNALISTE : Je vais m’en tenir aux affaires intérieures et revenir à M. Fidan. M. Fidan fait une remarque dans les réponses qu’il a données au journal « NEA » à Maria Vassiliou. Il affirme que chaque fois que nous rencontrons des gouvernements grecs – et il ne fait pas uniquement référence au vôtre, mais aussi aux précédents, je suppose –, nous constatons qu’ils savent comment aborder la question, mais qu’ils sont incapables d’en assumer le coût politique, car la Turquie, sur la scène politique grecque, fait office d’antalgique. Sans la Turquie, la politique intérieure grecque ne pourrait pas exister. Cela revient donc à dire que vous ne concluez pas d’accord avec la Turquie ou que vous ne parvenez pas à un compromis parce que Samaras, Velopoulos aujourd’hui, ou quelqu’un d’autre demain, ou encore quelqu’un d’autre hier, vous met la pression.
G. GERAPETRITIS : Je pense que la première chose que M. Fidan devrait faire, c’est de critiquer la politique turque, car c’est la Grèce qui cherche toujours à résoudre les différends sur la base du droit international. C’est la Grèce qui a signé et ratifié la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), et non la Turquie. Et c’est la Grèce qui cherche également à porter l’affaire devant une juridiction internationale. C’est la Turquie qui n’a pas signé et qui refuse de se soumettre à la juridiction internationale. Et permettez-moi d’ajouter quelque chose, puisque M. Fidan a également évoqué la question de l’antalgique. Je vois les choses différemment. Ce que je constate, c’est que ces derniers temps, depuis un ou deux ans, ce sont les médias turcs qui exercent une pression sur le gouvernement turc. Je constate globalement une intensification du discours très hostile envers la Grèce en Turquie de la part des médias turcs. Je vois sans cesse des articles qui poussent le gouvernement turc à se montrer encore plus agressif. Je pense donc que la situation a changé aujourd’hui. Il se peut qu’autrefois, il y ait effectivement eu cette politique centrée sur la Turquie, cette dépendance vis-à-vis de la Turquie dans la politique étrangère grecque. Mais aujourd’hui, c’est exactement le contraire qui prévaut. La Grèce avance avec une boussole qui est autonome, indépendante et autosuffisante. Elle dispose de tels appuis et de telles alliances qu’elle n’a pas besoin, à l’heure actuelle, d’être déterminée par la politique de la Turquie.
Au contraire, je constate de plus en plus que la politique étrangère grecque, et la politique grecque en général, font l’objet d’une couverture médiatique turque qui, à son tour, exerce des pressions en ce sens. Il serait donc bon d’examiner la question de l’antalgique de l’intérieur également.
JOURNALISTE : Et même si c’est le cas, ce n’est tout de même pas une bonne chose. Je veux dire par là que cela ne fait pas du bien aux relations bilatérales.
G. GERAPETRITIS : Ah, vous avez raison. Bien sûr, pour dire les choses clairement, nous nous sommes toujours efforcés d’entretenir une relation fonctionnelle et, dans l’ensemble, nous y sommes parvenus. En d’autres termes, nous avons réussi à éviter les crises majeures au cours des trois dernières années. Nous avons réussi à réduire, voire à ramener à presque zéro, l’énorme problème migratoire qui existait dans les îles de la mer Égée orientale. Nous avons réussi à réduire considérablement les violations, à établir une relation qui, en tout état de cause, soit tolérable et permette de créer des canaux de communication afin de prévenir les crises. Cela ne signifie bien sûr pas que nous devions céder sur les questions fondamentales. Nos intérêts nationaux constituent nos lignes de défense absolues. Ce n’est pas quelque chose dont nous pouvons nous écarter, et tout le monde le comprend.
JOURNALISTE : Si vous me le permettez, une dernière question, car le sujet qui a le plus fait débat ces quinze derniers jours, c’est l’affaire de l’ambassadrice américaine à Athènes. Une critique est adressée au gouvernement, que je ne trouve pas injustifiée, selon laquelle il aurait toléré un comportement diplomatique tout à fait inhabituel de sa part et que son rappel à Washington est passé inaperçu et sans réaction de la part de la Grèce.
G. GERAPETRITIS : Pensez-vous que la partie grecque aurait dû réagir à la question de la nomination ou du rappel d’un ambassadeur d’un pays étranger ? Écoutez, Monsieur Tsimas, il existe des protocoles diplomatiques très précis, il y a une étiquette à respecter, ainsi que les relations diplomatiques fondamentales et les canaux de communication.
Ce que le gouvernement grec a fait, c’est établir un canal de communication avec l’ambassade américaine, comme il le fait avec toutes les ambassades étrangères qui ont leur siège à Athènes. Et cela parce que les États-Unis ne sont pas un simple pays, mais un pays allié, une puissance très influente sur la scène internationale ; c’est pour cette raison que nous souhaitions, et souhaitons toujours, maintenir ces canaux de communication ouverts. Cela a joué en faveur de notre pays, et je vous le dis en toute sincérité. Cela a permis de mettre en place une excellente coopération énergétique, une excellente coopération commerciale, ainsi qu’une collaboration au sein des organisations internationales. La Grèce et les États-Unis avancent sur une voie qui est mutuellement bénéfique. Nous avons accueilli la visite du Secrétaire d’État américain, qui a été, de l’avis général, un véritable succès. Si vous me demandez mon avis, c’est à juste titre qu’il n’y a pas eu de réaction de la part de la partie grecque. Il y a eu un démenti explicite, dans le cadre du contrôle parlementaire, selon lequel il n’y a jamais eu de menaces à l’encontre de la Grèce et du gouvernement grec.
JOURNALISTE : Les incidents sont nombreux, mais oui, c’est bien ce que vous dites.
G. GERAPETRITIS : Écoutez, Monsieur Tsimas, ce qui concerne le gouvernement grec, ce n’est pas la manière dont fonctionne la relation entre l’administration centrale américaine et l’ambassade à Athènes. Ce qui nous concerne, c’est qu’il existe une relation entre la Grèce et les États-Unis, régie avant tout par une approche d’égalité. Et à l’heure actuelle, nous sommes des partenaires égaux dans ce débat. Ainsi, dans la mesure où la question de savoir s’il y a jamais eu une menace a reçu une réponse négative, la Grèce a très justement agi et coopéré avec l’ancienne ambassadrice. Elle coopérera également avec l’actuel chargé d’affaires, avec lequel j’entretiens d’ailleurs personnellement d’excellentes relations. Et en fin de compte, ce que nous devons garder à l’esprit, c’est que ce qui compte au final, c’est dans quelle mesure nos positions nationales sont renforcées par les relations gréco-américaines. Et la réalité est que la position de la Grèce s’est considérablement renforcée.
JOURNALISTE : Monsieur le Ministre, je vous remercie infiniment.
G. GERAPETRITIS : Cela m’a fait grand plaisir.
JOURNALISTE : Je vous remercie de cette première intervention, de cette discussion, car je pense que tous les auditeurs et toutes les auditrices comprennent son caractère d’actualité. Je vous remercie beaucoup. Nous avons abusé de votre temps et de celui de l’émission, je vous prie donc de m’en excuser. Bonne journée.
Octobre 21, 2026