Intervention du ministre des Affaires étrangères Giorgos Gerapetritis lors du débat public du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le thème « Les femmes, la paix et la sécurité » (New York, 27.10.2026)

Intervention du ministre des Affaires étrangères Giorgos Gerapetritis lors du débat public du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le thème « Les femmes, la paix et la sécurité » (New York, 27.10.2026)

Excellences,

Je tiens à remercier le Secrétaire général des Nations Unies, M. António Guterres, pour son intervention, ainsi que pour son leadership inébranlable et son dévouement en faveur de la paix et de la sécurité internationales au cours de la dernière décennie. Nous vous en sommes tous profondément reconnaissants. Votre Excellence, permettez-moi d’exprimer la profonde reconnaissance de mon pays pour vos services et votre engagement inébranlable en faveur de la défense du droit international, ainsi que des valeurs et des principes de la Charte des Nations Unies. Je tiens également à remercier la Directrice exécutive d’ONU Femmes, Mme Sima Bahous, pour son intervention. La Grèce réaffirme son soutien indéfectible à sa mission et exprime sa profonde gratitude pour son engagement constant en faveur de l’autonomisation des femmes. Enfin, je remercie la représentante de la société civile, Mme Tamana Zaryab Paryani, pour le message fort qu’elle nous a adressé à tous. La responsabilité que vous nous confiez aujourd’hui est particulièrement grande.

Excellences,

C’est pour moi un immense honneur de présider aujourd’hui le débat public du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité. J’ai consacré une partie importante de mes 25 ans de carrière universitaire à la recherche et à la publication d’études sur les politiques d’égalité et de non-discrimination à travers le monde. Je considère que ces politiques constituent un impératif de portée universelle dans le domaine des droits internationalement garanties. Au-delà de cela, et surtout, les sociétés ne peuvent survivre ni prospérer sans une protection efficace des femmes et leur participation substantielle à tous les niveaux des interactions humaines.

L’héritage de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité est aujourd’hui plus pertinent que jamais. Alors que les répercussions des conflits sur les femmes ne cessent de s’aggraver, les femmes voient leurs droits humains de plus en plus restreints dans de nombreuses régions du monde, tandis que les technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle, engendrent de nouveaux risques pour leur participation à la vie publique et politique. Nous devons donc redoubler d’efforts afin que la mise en œuvre de l’Agenda pour les femmes, la paix et la sécurité devienne une réalité pour toutes les femmes et toutes les filles.

À la lumière de ce qui précède, je souhaiterais aujourd’hui souligner les points suivants :

Tout d’abord, la protection des droits humains et des libertés fondamentales de toutes les femmes et de toutes les filles doit demeurer une priorité absolue. Il ne peut y avoir de véritable égalité entre les femmes et les hommes tant que des millions de femmes continuent de subir des violations et des atteintes à leurs droits humains fondamentaux, notamment des violences sexuelles et des violences fondées sur le genre. Nous condamnons sans équivoque tous ces actes et demandons que leurs auteurs soient tenus de rendre des comptes. Au niveau du Conseil de sécurité, le rôle des comités des sanctions des Nations Unies est essentiel pour garantir que les violences sexuelles et fondées sur le genre figurent parmi les critères d’inscription à part entière dans tous les régimes de sanctions. Parallèlement, il est impératif que les victimes et les survivantes de violences sexuelles liées aux conflits, ainsi que de violences sexuelles et fondées sur le genre, bénéficient d’un accès sans entrave aux services de santé sexuelle et reproductive et à un soutien psychosocial. Cette aide doit reposer sur une approche centrée sur les survivantes, dans le plein respect de leurs droits, de leur dignité, de leur sécurité et de la confidentialité.

Il est tout aussi important de souligner que les femmes ne supportent pas seulement le plus lourd fardeau des conflits armés, mais qu’elles jouent également un rôle déterminant dans la consolidation de la paix. Les processus de paix affichent des taux de mise en œuvre des accords plus élevés et s’inscrivent davantage dans la durée lorsque les femmes y participent activement, grâce à la diversité des perspectives et des expériences qu’elles apportent. Par conséquent, nous appelons à la participation pleine, égale, effective et sûre des femmes aux processus de consolidation de la paix et réitérons l’appel du Secrétaire général en faveur d’une participation des femmes d’au moins un tiers aux processus de médiation et de paix. Une participation efficace et sans exclusion nécessite un financement suffisant, prévisible et durable, tant pour les femmes qui contribuent à la consolidation de la paix que pour les organisations de la société civile. La participation des femmes à la vie politique et aux postes de décision à tous les niveaux revêt une importance tout aussi grande. Cette participation doit être substantielle et ne pas se limiter au simple respect formel de quotas. De plus, les tentatives d’intimidation ou de diffamation à l’encontre des femmes actives en politique et dans la vie publique, tant dans l’espace physique que numérique, notamment sur les réseaux sociaux, ne peuvent être tolérées. La protection des femmes occupant des postes de direction, ainsi que des militantes, contre le harcèlement physique et en ligne, les menaces et les représailles, demeure notre responsabilité collective.

En ce qui concerne nos efforts nationaux, la Grèce, en tant que pays pionnier dans la promotion de l’Agenda pour les femmes, la paix et la sécurité, reste fermement engagée dans la mise en œuvre du Plan d’action national pour les femmes, la paix et la sécurité, tout en intégrant la dimension de l’égalité entre les sexes dans les plans d’action annuels de tous les ministères. Dans ce contexte, nous adoptons une approche holistique, qui intègre de manière transversale la dimension de genre dans les politiques et les budgets au niveau du gouvernement central. Cette approche contribue non seulement à une répartition plus équitable des ressources, mais aussi à l’élaboration de politiques visant à éliminer les obstacles auxquels se heurtent les femmes dans tous les domaines de la vie publique et politique.

Au-delà du niveau national, la Grèce reconnaît l’importance de traduire ces engagements en actions concrètes sur le terrain. Cela implique de relier les efforts de médiation à haut niveau à la perspective et aux expériences des communautés locales. C’est pourquoi nous soutenons le renforcement de la participation des femmes, des jeunes, des chefs religieux et des représentants de la société civile aux efforts de médiation en cours. Nous soutenons également le renforcement des capacités organisationnelles et techniques des organisations actives au niveau des communautés locales, afin qu’elles puissent concevoir et mettre en œuvre des initiatives en faveur de la paix qui tiennent compte de la dimension de genre et reposent sur le respect des droits de l’homme.

Parallèlement, la mise en œuvre concrète de ces engagements exige des efforts résolus pour faire face aux menaces et aux défis qui portent atteinte aux droits et à la participation des femmes. Nous devons faire face aux nouvelles formes de violences fondées sur le genre, favorisées par la technologie, et lutter contre les discours préjudiciables, tant sur Internet qu’en dehors, qui compromettent la participation pleine, égale et substantielle des femmes à la vie publique et politique. Il est tout aussi essentiel de lutter contre l’impunité pour les atrocités et les crimes commis à l’encontre des femmes et des filles, afin de garantir la responsabilité et le respect du droit international.

Excellences,

La mise en œuvre de l’Agenda pour les femmes, la paix et la sécurité au cours des vingt-cinq prochaines années coïncide avec l’ère de la révolution numérique. Il est de notre responsabilité commune de veiller à ce que toutes les femmes et toutes les filles disposent des moyens nécessaires pour relever ces nouveaux défis, qu’elles bénéficient d’une protection suffisante et qu’elles participent de manière effective à tous les processus décisionnels concernant leur avenir et celui du monde. Car une paix et une sécurité durables sont impossibles lorsque la moitié de la population touchée par les conflits est absente de la table des négociations.

Je vous remercie.

Octobre 27, 2026