Merci beaucoup pour cette opportunité ; c'est vraiment un grand plaisir pour moi de rencontrer les futurs dirigeants de ce monde.
La chose dont nous avons le plus besoin dans ce monde aujourd'hui, c'est le capital humain. Les jeunes gens talentueux qui se soucient de l'humanité et du monde sont, je pense, notre première priorité sur laquelle nous devons axer notre attention.
Cela dit, je vous remercie également de l'honneur que vous m’avez fait de venir au ministère des Affaires étrangères et de tenir avec moi cette discussion.
Eh bien, la Grèce est une démocratie européenne de taille moyenne avec une histoire énorme, une histoire importante.
Je vais juste vous donner un aperçu très rapide ; je vois la politique étrangère grecque comme le symbole des Jeux olympiques avec des cercles qui se croisent.
Le premier cercle est notre voisinage européen, principalement nos partenaires au sein de l'Union européenne, mais aussi, évidemment, le Royaume-Uni.
Le deuxième cercle est celui de notre sud. C'est un cercle plutôt grand et en expansion, c'est le Moyen-Orient, c'est le Golfe et c'est aussi l'Afrique du Nord et l'Afrique sub-saharienne. Nous considérons ces régions aussi comme étant assez bien reliées à notre voisinage.
En Europe du nord, si vous tenez la même discussion à Bruxelles, vous constaterez que beaucoup de gens voient la Méditerranée comme une frontière. Cela n'a jamais été le cas dans l'histoire. La Méditerranée a toujours été, depuis l'Antiquité grecque, un pont.
Et pourquoi est-ce que je dis cela ? Parce que de nombreux défis proviennent désormais de l'Afrique, et notamment de l'Afrique subsaharienne, et nous devons accorder une attention toute particulière à ce pont.
Le troisième cercle comprend les Balkans, en particulier aujourd'hui, les Balkans occidentaux. La Grèce a très bien réussi à aider les pays des Balkans orientaux à devenir membres de l'Union européenne. Les Balkans occidentaux constituent un défi ; les cas sont difficiles, mais la stabilité, la paix et la prospérité ne sont possibles que si ces pays rejoignent la famille européenne.
Le quatrième cycle qui est extrêmement important pour nous, sont les États-Unis, notre allié militaire numéro un depuis un demi-siècle. Nos relations avec les États-Unis n'ont jamais été aussi bonnes.
J'ai moi-même signé deux accords avec les États-Unis, et nous coopérons aussi très étroitement, même lors de la crise actuelle à laquelle nous sommes confrontés après l'invasion russe de l'Ukraine.
Le cinquième cercle est ce que nous appelons « au-delà de l'horizon », c'est-à-dire l'Asie orientale. Il y a quelques semaines, j'étais à Phnom Penh pour signer un accord avec l'ASEAN ; le Vietnam, un pays très important pour nous, la Chine, un pays extrêmement important pour la Grèce également, un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.
Mais aussi, le reste de l'Afrique ; l'Afrique est le continent qui se développe le plus rapidement dans le monde, économiquement mais aussi en termes de population ; l'Amérique du Sud et l'Amérique centrale.
Il y a un sixième cercle, qui a trait à certaines questions. Au-dessus de ce cercle, pour nous, il y a deux choses : Le droit international - un ordre fondé sur des règles - et l'environnement.
Il y a aussi d'autres choses. Par exemple, la Francophonie. Nous y sommes membres depuis des années, nous avons un rôle très actif au sein de l’organisation de la Francophonie. Mais aussi nous avons des relations avec les pays qui parlent portugais, les pays lusophones. Nous avons signé un accord avec eux.
Il y a également l'environnement, nous y tenons beaucoup. Nous sommes un gouvernement conservateur, mais nous pensons que si nous ne relevons pas le défi de l'environnement, tous les autres défis ne signifient rien. Nous détruisons notre monde à mesure que nous avançons.
Je vais rencontrer le secrétaire Kerry, dimanche, il vient à Athènes. Nous organisons en consultation avec les États-Unis la Conférence « Our Ocean 2024 » pour aider à préserver l'environnement maritime. Nous nous en soucions beaucoup, nous sommes la plus grande puissance maritime marchande du monde.
Mais aussi, sur la question du droit international, nous menons trois campagnes aux Nations unies parce que nous voulons jouer un rôle important dans ce domaine, nous voulons défendre le droit international.
Nous essayons d'être élus au Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2025-2026. Nous aimerions devenir membre du Conseil des droits de l'homme pour la période 2028-2030, et aussi, nous aimerions exercer la présidence de l'Assemblée générale au début de la prochaine décennie.
Il s'agit donc d'une présentation très brève de ce que nous essayons de faire. Mais je me réjouis d’écouter vos questions ouvertes et j'essaierai d'y répondre au mieux de mes capacités.
Encore une fois, je suis vraiment reconnaissant de l'opportunité que vous m'avez donnée.
QUESTION : Monsieur le Ministre, merci beaucoup de nous rencontrer aujourd'hui, c'est un grand honneur.
Quelques-uns dans cette salle s’intéressent beaucoup à la politique étrangère des États-Unis et rejoindront en fait le service des affaires étrangères américain en tant que diplomates après l'obtention de leur diplôme et – nous avons posé cette question à certains dirigeants que nous avons déjà rencontrés - je suis simplement curieux de savoir ce que vous pensez de la manière dont les États-Unis peuvent mieux soutenir la Grèce et ses futurs projets, y compris l'adhésion au Conseil des droits de l'homme et au Conseil de sécurité de l'ONU, et pourquoi vous pensez que l'objectif de la politique étrangère des États-Unis devrait se concentrer sur cela, dans le cadre de cette relation.
N. DENDIAS : Merci.
Nous sommes très satisfaits des relations gréco-américaines. Elles n'ont jamais été aussi bonnes. Cela dit, cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas faire plus.
Et nous sommes tout à fait en phase avec la politique étrangère des États-Unis en termes d'approche de la société fondée sur des règles. Nous pensons qu'une politique révisionniste, quel que soit l’acteur, n'a pas sa place dans ce monde. Les forts ne peuvent pas imposer leurs vues et leurs opinions aux faibles. Ce n'est pas le monde que nous aspirons à créer.
Nous ne sommes plus au 16ème siècle. L'humanité s'efforce depuis des siècles de surmonter l'approche machiavélique de la politique internationale.
Nous aimerions donc que les États-Unis aident les petits et moyens pays à devenir plus actifs sur la scène internationale dans le cadre de cet agenda, l'agenda du droit international.
Et nous pensons - si je lis correctement la Constitution des États-Unis - que cela est également dans l'intérêt américain à long terme. Parce que l'essentiel de la politique étrangère américaine au cours des siècles a été en faveur d'un ordre international fondé sur des règles, en faveur de principes et en faveur d'idéaux.
Alors pourquoi ne pas souscrire à cet effort d'un pays qui a été le premier à créer la démocratie dans ce monde.
Merci.
QUESTION : Merci encore, Monsieur le Ministre, de nous accueillir.
La question que je voudrais vous poser est la suivante : à votre avis, qu'est-ce qui compte plus pour les pays comme la Grèce lorsqu'ils doivent faire face à des relations asymétriques avec des pays plus importants en termes de positionnement de leurs intérêts nationaux dans la sphère mondiale ?
N. DENDIAS : Quand je suis arrivé ici, j'ai d'abord cru que les problèmes pouvaient être réglés quand on les abordait de manière rationnelle. Si vous comprenez l'intérêt de l'autre partie et l'acceptez, vous respectez la loi et agissez en conséquence. Et je ne pourrais pas me tromper davantage dans le cas de notre grand voisin, la Turquie.
Parce que pendant ces trois années, je dois vous dire que nous avons vécu une crise constante avec des hauts et des bas, mais pendant tout ce temps, nos relations avec la Turquie ont été marquées par de crises. Et cela ne s'est jamais produit depuis 1974.
Après 1974 – en 1974 a eu lieu l'invasion turque de Chypre - nous avons eu des hauts et des bas, des crises, de très graves crises, mais ensuite il y a eu presque immédiatement une désescalade. Dans le cas présent, au cours des trois années, nous avons assisté à une détérioration continue de cette situation.
Et je vais vous montrer pourquoi et quelle en est la raison principale. Je peux vous montrer des cartes. C'est une carte turque, vous pouvez voir où se trouve la ligne de démarcation et vous pouvez voir que la Crète est également colorée en rouge.
Maintenant, si la Turquie part de ce point de vue, comment pouvons-nous jamais avoir une bonne entente avec la Turquie ? Je suppose que cela ressemble beaucoup aux rêves du président Poutine sur ce à quoi ressemblerait une Ukraine « acceptable » à l'avenir. Non.
Si vous pensez que j'exagère, cela s'appelle la « patrie bleue », en turc « Mavi Vatan », l'idée que la Turquie a droit à tout ce qui est coloré en bleu.
Et pour vous prouver que nous ne rêvons pas, voici le président Erdogan qui s'adresse devant cette carte aux cadets de l'Académie navale turque.
Je dois donc dire, à mon humble avis, que les problèmes que nous avons avec la Turquie et les problèmes que les petits pays ont avec les grands pays sont possibles à résoudre. Mais la façon de les résoudre et de les traiter est d'accepter un ensemble de règles communes.
Et quelles sont ces règles ? Ce ne sont pas des règles par choix, ce ne sont pas des règles à la carte, ce sont des règles prévues par le droit international. Et dans ce cas, il s'agit du droit international de la mer.
Si nous l'acceptons tous deux comme base de notre discussion, nos problèmes sont très faciles à régler. Et nous avons un énorme respect pour notre plus grand voisin. Mais si, par exemple, nous essayons de résoudre ensemble un exercice de géométrie et que vous appliquez la géométrie euclidienne dans laquelle il y a des parallèles, et que j'applique la géométrie elliptique dans laquelle il n'y a pas de parallèles, comment pourrons-nous jamais résoudre cet exercice ensemble ? Nous n’y arriverons jamais.
La réponse est donc que les petits pays et les grands pays doivent accepter le droit international si nous voulons que l'humanité progresse.
QUESTION : Monsieur le ministre des Affaires étrangères, je voudrais aborder les cercles 5 et 6 de votre présentation, qui concernent l'Afrique, le monde émergent au sens large, et le cercle 6 qui concerne le droit international et le changement climatique que vous avez tout à l’heure mentionné. Une des questions que je voudrais vous poser concerne les engagements à long terme qui ont été pris pour le changement climatique envers le monde en voie de développement, cet engagement à hauteur de 100 milliards de dollars pour mitiger les effets du changement climatique et financer les efforts dans ce sens.
Et comment vous pensez, à votre niveau et aussi au niveau européen, que ces engagements seront honorés à la lumière des défis liés à l’énergie et à l’inflation. En outre, parce que le Premier ministre nous a signalé il y a deux jours la fin de la surveillance renforcée de la Grèce, j’imagine que l’une des choses que la Grèce veut faire, à mon avis, est de se lancer dans le monde et faire preuve de leadership, notamment dans le domaine du changement climatique.
J’aimerais donc écouter vos réflexions sur la réunion de la COP27 qui se tiendra en Afrique et qui est parallèle au cinquième cercle de votre présentation.
N. DENDIAS : Merci. Tout d'abord, nous sommes très heureux que l'Égypte accueille la COP à Sharm El-Sheikh. Comme je vous l'ai déjà dit, pour nous l'Afrique est extrêmement importante.
Mais vous avez également abordé la question sous un autre angle qui est extrêmement intéressant, à savoir la situation économique dans le monde après l'invasion russe.
Nous avons en même temps deux énormes défis à relever.
Le premier est le changement climatique qui, honnêtement, devient incontrôlable.
Nous devons donc lutter contre ce phénomène, sinon nous allons détruire l'humanité. Et il faut utiliser d'énormes ressources. Et je dois dire que 100 milliards, c'est un montant trop faible, et je ne fais que constater l'évidence.
Dans le même temps, l'invasion de l'Ukraine par la Russie a entraîné une hausse considérable des prix de l'énergie, une résurgence de l'inflation - que nous avons oubliée au cours des quatre ou cinq dernières décennies - et la nécessité de rétablir les équilibres internes des sociétés européennes et des pays, sociétés et démocraties occidentaux. Dans le même temps, nous avons le problème de l'inégalité interne, qui est à nouveau un problème qui perturbe le fonctionnement normal d'une société démocratique.
On ne peut pas permettre qu’une partie de notre population vive en dessous du seuil de pauvreté. Nous devons l’aider, tel est le rôle de l’Etat moderne et de la société moderne.
Et pour relever un défi, on s’expose à des problèmes dans nos efforts pour relever les autres défis. Et je suis désolé de le dire : il n'y a pas de solution miracle à ce problème.
À mon humble avis, la meilleure chose que les démocraties puissent faire est de faire preuve de franchise absolue envers les sociétés sur l'ampleur des défis auxquels nous sommes confrontés et de préparer nos sociétés à ce qui va arriver. Parce que cela ne va pas être facile.
QUESTION: Merci de nous recevoir aujourd'hui. Je me demandais si vous pouviez expliquer le processus permettant de garder efficacement un équilibre entre vos alliés et vos priorités. Ce sont les États-Unis, la Chine, l'Iran. Comment gardez-vous l'équilibre des priorités entre des alliés très importants pour vous.
N. DENDIAS: Et je pense que pour la Chine aussi, la Grèce est un pays important.
J'ai occupé à plusieurs reprises les fonctions de ministre d'un pays de taille petite et moyenne. Et pourtant, je me suis entretenu avec le président Xi trois fois dans ma vie. Cela ne peut pas être une coïncidence. Il est clair que dans la carte chinoise de la route de la soie, la Grèce a un rôle à jouer.
Et la Chine est importante pour nous, car elle a investi en Grèce, en période de crise, dans le port du Pirée. Et puis, la Chine est un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Compte tenu des défis auxquels nous sommes confrontés, nous avons besoin de bonnes relations avec tous les membres du Conseil de sécurité des Nations unies.
Cela dit, pour nous, notre appartenance est claire. Nous appartenons au monde occidental, nous appartenons au monde des démocraties, nous sommes un membre fier de l'OTAN depuis le début des années 50, et nous sommes un allié fort et dévoué des États-Unis et un membre de l'Union européenne.
Les investissements chinois et les bonnes relations avec la Chine dans un ordre international fondé sur des règles sont donc plus que bienvenus.
À Phnom Penh, j'ai rencontré le ministre Wang Yi et je me rends à Pékin cet automne. Nous continuerons à cultiver nos relations avec la Chine.
Mais cela ne signifie pas que nous compromettrons, en aucune circonstance, nos valeurs, nos principes et nos alliés.
QUESTION : Monsieur le Ministre, merci beaucoup pour votre temps. J'aimerais vous poser une question sur la crise énergétique actuelle. D'une part, cet hiver risque de mettre à rude épreuve les relations entre les pays de l'UE. Je serais donc curieux de savoir ce que vous considérez comme des défis et quelles sont les approches de politique étrangère pour atténuer certaines de ces tensions.
D'autre part, la Grèce est en train de construire un nouveau terminal GNL et pourrait devenir un point central pour l'importation d'énergie dans la grande région européenne.
Alors, où voyez-vous également des opportunités dans la crise actuelle ?
N. DENDIAS: Il y a un certain nombre d'éléments qui jouent en notre faveur. Le premier est notre position géographique, nous n'avons pas d'hivers trop froids. Deuxièmement, notre niveau d'importation, les importations d'énergie de la Russie ne sont pas si importantes. Mais ce n'est pas le cas pour la plupart de nos amis et partenaires européens.
Et d'autre part, nous sommes inflexibles sur les questions de principe, sur l'invasion russe de l'Ukraine. Nous avons mis en œuvre tous les trains de sanctions et nous continuerons à le faire, nous continuerons à aider l'Ukraine.
Pour nous, c'est plus difficile qu'il n'y paraît, car historiquement nous avions une relation étroite avec la Russie. La flotte russe a été l'une des trois flottes qui ont vaincu la flotte ottomane et cela a marqué un tournant dans la guerre d'indépendance grecque. Mais encore une fois, les principes sont des principes.
L'envahisseur ne peut jamais être accepté comme quelque chose qui, pour nous, est un sujet de discussion.
La chose intelligente que nous avons faite dans le passé, vous avez eu la gentillesse de le mentionner dans votre question, c'est non seulement d'équilibrer nos importations mais aussi de créer des sources de GNL. Et nous avons le terminal GNL de Revithoussa qui est juste à côté d'Athènes. Mais aussi, nous avons le terminal d’ Alexandroupolis qui est le deuxième point d'entrée.
Et comme vous le voyez sur la carte, la distance entre Alexandroupolis et Odessa est plus petite que la distance entre le détroit du Bosphore et Odessa.
Le terminal d’Alexandroupolis, qui fait partie des deux accords que j'ai signés avec les États-Unis, est potentiellement le principal point d'entrée de l'énergie en Europe centrale et orientale. En termes de distance, il est beaucoup plus proche, par exemple, de Vienne que de Rotterdam.
Nous avons donc vraiment fait un choix judicieux, ou la réalité nous a donné raison, en créant des sources alternatives. Mais bien sûr, cela nécessite beaucoup de pipelines et d'autres projets qui progressent en ce moment même.
Mais au moins, les bons choix ont été faits avant cette crise.
QUESTION : Merci encore, Monsieur le Ministre, d'avoir pris le temps de nous parler aujourd'hui.
L'un des cas de base qu'on enseigne à tous les étudiants de HKS et PP1 est la crise des réfugiés syriens et le fait que, comme vous le savez, l'impact du changement climatique n'influera pas seulement sur l'environnement mais aussi sur les conflits, la sécurité alimentaire, ce qui conduira à une plus grande migration et nous voyons aussi que les tensions géopolitiques peuvent aussi conduire à la migration, nous l'avons vu avec l'invasion de l'Ukraine.
Ma question porte donc sur la manière dont vous pensez que la Grèce, l'Union européenne et la communauté internationale dans son ensemble doivent travailler ensemble pour faire face aux problèmes de migration forcée.
N. DENDIAS: Oui, c'est aussi une question intéressante.
Je vais ajouter quelque chose à ce que vous dites. Une chose qui ne faisait pas partie du défi auquel nous étions confrontés auparavant, il s’agit de l'instrumentalisation de la migration, l'utilisation de la migration comme une arme.
Et nous l'avons vu dans deux cas ces dernières années, celui de la Turquie contre nous et l'Union européenne en 2020, où des milliers de personnes ont été littéralement poussées vers la frontière européenne. Et aussi, dans le cas du régime de Lukashenko en Biélorussie qui a envoyé des gens en Lituanie, encore une fois, pour faire chanter la Lituanie et l'Union européenne.
Et ces deux éléments sont en partie interconnectés, je vais vous donner un exemple. Lorsque nous avons vu évoluer la crise lituanienne, nous avons essayé de comprendre comment les migrants allaient arriver en Biélorussie. Parce que le Belarus n'est pas la destination évidente des migrants venant d'Afrique ou d'Asie, d'Asie centrale, etc.
Et nous avons remarqué qu'il y avait 35 vols par jour entre la Turquie et le Belarus. Soudain, il semble que le Belarus soit devenu la destination touristique préférée de l'aéroport Ataturk et du nouvel aéroport d'Istanbul.
Nous devons donc relever le défi de l'instrumentalisation de la migration. Dans le même temps, l'Union européenne est très fière de son régime de protection des droits de l'homme, qui est au cœur du projet européen.
Donc, si nous compromettons cela, nous compromettons l'ensemble du projet et c'est un exercice d'équilibre très délicat qui n'est pas toujours facile à réaliser, parce que nous parlons de chiffres énormes. L'Europe doit maintenant traiter des centaines de milliers, voire des millions de cas par an.
Nous devons donc trouver un équilibre entre la protection de nos frontières, la protection de nos sociétés, ne pas permettre l'instrumentalisation de l'effort des personnes pauvres aspirant à un meilleur avenir et, en même temps, préserver les droits de l'homme.
Et si je dois dire quelle est la priorité absolue, c'est toujours les droits de l'homme. En fin de compte, c'est de cela qu'il s'agit.
------
Merci beaucoup Monsieur le Ministre, ce fut un honneur.
N. DENDIAS : Merci. Je suis sûr que ce n'était pas un honneur, j'espère que c'était un petit plaisir.
Aout 25, 2022