Votre Excellence le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie,
Nous saluons votre présence aujourd’hui en Grèce, à Athènes, à l’ouverture d’une conférence consacrée à Ioannis Kapodistrias, qui atteste de l’étroitesse des liens historiques qui unissent la Grèce et la Russie.
Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, cette manifestation, dont je félicite les organisateurs, coïncide avec le 185e anniversaire de l’élection d’Ioannis Kapodistrias au poste de gouverneur de la Grèce indépendante.
Elle coïncide également avec le 185e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Grèce et la Russie, qui sont certes des relations politiques, mais avant tout des relations profondément culturelles, spirituelles et religieuses.
Ce n’est certainement pas un hasard si cette année nous fêtons également le 1 085e anniversaire de la christianisation des Russes et j’aimerais rappeler que, outre la participation grecque au comité d’organisation, en raison des efforts ou grâce aux efforts de Vladimir Yakounine, les organisateurs de cette manifestation sont également le Centre de la gloire nationale et la Fondation « Andreas le Protoklite », deux grandes fondations russes qui coopèrent avec le Centre d’Etudes européennes « Ioannis Kapodistrias ».
Ioannis Kapodistrias est pour nous, ici en Grèce, le symbole de l’effort acharné, souvent avorté, consenti par la Grèce pour obtenir un Etat européen organisé moderne. Cela a toujours été un objectif permanent, de l’époque qui a suivi la révolution jusqu’à aujourd’hui, époque de la crise économique profonde. Mais dans le même temps, cela a été également une source de dissension au sein de la société grecque : est-ce que la Grèce doit ou peut devenir un Etat européen moderne au service de la croissance, du peuple, de l’intérêt public.
Ce n’est certainement pas un hasard si Ioannis Kapodistrias s’était fixé comme priorité fondamentale la mise en œuvre de mécanismes et d’institutions au service de la justice, de l’éducation et de la prévoyance. Ioannis Kapodistrias est associé aux premiers efforts consentis pour que la Grèce puisse obtenir un système monétaire et financier rudimentaire ou encore une armée permanente et une formation militaire.
Ioannis Kapodistrias, comme d’autres le diront mieux que moi, était à son époque un pur homme de la Renaissance, un Ionien authentique, mais aussi un Grec avec une conscience patriotique profonde, à une époque où l’Etat devait être formé pour permettre la consolidation de la conscience nationale.
Il appartient à la même tradition culturelle que notre poète national Dionysios Solomos et Andreas Kalvos, également un poète national, et ce n’est certainement pas une coïncidence s’il avait une préférence marquée pour la médecine et la philosophie, à l’instar d’Adamantios Koraïs.
Ioannis Kapodistrias est certainement une personnalité d’importance majeure pour le ministère des Affaires étrangères de la Grèce et de la Fédération de Russie, car, comme nous le savons tous, il a été un très grand diplomate, avec une existence cosmopolite et dans le même temps un homme profondément patriotique, axé sur les intérêts nationaux.
Il a travaillé dans les services diplomatiques de la Russie tsariste, il a exercé les plus hautes fonctions, en parallèle avec son rival - sans doute personnel - Nesselrode, il a été au service de deux tsars, il a été assimilé non seulement à l’histoire de la Grèce, mais à celle d’autres pays. Et ce n’est pas un hasard s’il est honoré dans la Confédération helvétique, presque autant qu’il est honoré en Grèce et en Russie. Il a d’ailleurs été, de son vivant, un citoyen honoraire du canton de Vaud et de la ville de Genève.
J’aimerais remercier rétrospectivement Son Excellence le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, pour avoir trouvé le temps d’assister personnellement à l’inauguration du buste d’Ioannis Kapodistrias à Lausanne.
La Slovénie revendique également une partie de l’héritage intellectuel et politique d’Ioannis Kapodistrias et, bien entendu, en Grèce il est identifié à nos anciennes capitales, Nauplie et Egine. Au même titre qu’il est associé à l’un des chapitres les plus cruciaux de l’histoire diplomatique mondiale, avec la Conférence de Vienne, avec l’ère de la Sainte-Alliance. Il a été comparé dans la bibliographie internationale à des « géants » de la scène diplomatique mondiale, comme Maeterlinck et Talleyrand.
Ses combats diplomatiques en faveur de la Grèce, avant le début de la révolution et tout au long de celle-ci, avant et après sa prise de fonctions en tant que premier gouverneur, sont un élément très important de l’histoire grecque, de l’histoire de la formation du nouvel Etat grec.
Ce grand homme, ce grand patriote, a été victime de conspirations opportunistes minables, d’un assassinat politique, ce qui représente sans aucun doute une page noire de l’histoire grecque. Car les grandes initiatives engendrent toujours de grandes oppositions et contestations.
Je suis heureux, car la présence de M. Lavrov aujourd’hui nous permet d’honorer la personnalité emblématique d’Ioannis Kapodistrias, qui pour nous est une dette impayée, un devoir de faire de la Grèce un pays véritablement moderne, véritablement compétitif, un Etat de droit démocratique européen, au service de la croissance, de la prospérité, du progrès du peuple grec, qui plus est aujourd’hui après l’expérience dramatique de la crise des quatre dernières années, où l’on doit faire un récit optimiste à la société grecque et présenter de nouveau l’image optimiste et crédible de notre pays à la communauté internationale.
Je vous remercie.
Octobre 30, 2013