Conférence de presse conjointe du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, E. Vénizélos et de son homologue de la Fédération de Russie, S. Lavrov à l'issue de leur rencontre (Athènes, 30/10/2013)

Conférence de presse conjointe du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, E. Vénizélos et de son homologue de la Fédération de Russie, S. Lavrov à l'issue de leur rencontre (Athènes, 30/10/2013)E. VENIZELOS : C'est avec un grand plaisir que j'accueille au ministère des Affaires étrangères mon cher ami, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Serguei Lavrov, une grande personnalité de la scène diplomatique internationale.
L'occasion nous a été offerte ce matin de proclamer ensemble l'ouverture des travaux d'une conférence consacrée au premier gouverneur de l'Etat grec indépendant, Ioannis Kapodistrias, une conférence consacrée également au 185e anniversaire depuis l'établissement des relations diplomatiques entre la Grèce et la Russie.

La visite de M. Lavrov s'effectue quelques semaines après la visite de Mme Matvienko, présidente du Conseil fédéral russe, à Athènes, et aussi, quelques semaines après la réunion de l'Assemblée générale de l'ONU à New York.

Aujourd'hui, nous avons confirmé de la manière la plus solennelle et originale nos relations historiques, intellectuelles, religieuses, culturelles étroites et, bien évidemment, nos liens dans les domaines de la politique, de la défense et de l'économie qui unissent la Russie et la Grèce.

Nous sommes pleinement conscients de l'importance du rôle international de la Russie en tant que membre permanent du Conseil de sécurité et en tant qu'acteur qui influe sur l'ensemble des questions relevant de la politique internationale.
Nous sommes particulièrement satisfaits de la coopération très étroite entre les deux pays au sein de toutes les organisations internationales, dans le cadre de l'ONU, du Conseil de l'Europe, de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, de l'Organisation de Coopération économique de la Mer Noire et, récemment, au sein de l'Organisation mondiale du commerce.

Notre relation est un partenariat stratégique. La Grèce, comme j'ai eu l'occasion de l'affirmer lors de nos discussions avec mon cher collègue et ami, Serguei Lavrov, est, bien entendu, membre de l'Union européenne et ancien membre de l'OTAN. Toutefois, elle est pleinement consciente de son appartenance historique à la grande famille des peuples orthodoxes. Ses liens avec l'orient sont aussi importants que ses liens avec l'occident.

La Grèce est pleinement consciente de toutes ses identités régionales et accorde une grande importance à ses relations bilatérales. Notre rencontre s'effectue aujourd'hui quelques mois après la réunion réussie du Comité interministériel mixte Grèce-Russie qui s'est tenue en avril 2013. Aujourd'hui, nous avons confirmé les conclusions du Comité interministériel mixte dans un grand nombre de domaines et notamment dans ceux ayant trait aux investissements cruciaux dans le domaine énergétique.

La déclaration commune que nous avons signée aujourd'hui n'est pas un texte formel mais elle constitue une base solide, une base juridique supplémentaire qui nous permettra d'insuffler un nouvel élan à nos relations bilatérales. Nous aurons l'occasion au cours du déjeuner de discuter de toutes les autres questions majeures, des questions internationales qui demeurent en suspens et sur lesquelles nos points de vue convergent.

Nous avons mis un accent particulier sur notre coopération dans le domaine de l'économie, du commerce, du tourisme et de l'énergie. Nous sommes en faveur d'une présence russe marquée en Grèce par le biais des investissements directs et du processus de privatisation. Nous avons eu l'occasion de discuter d'une série de procédures ouvertes et d'importants projets lesquels viendront renforcer l'économie grecque réelle après six années de récession, après cette douloureuse expérience vécue par le peuple grec en raison de la crise.

Les domaines du tourisme et de l'énergie demeurent toujours deux domaines privilégiés où nous pouvons faire ensemble beaucoup de choses.
Il y a toujours, bien évidemment, cet aspect de notre coopération lié à la défense sur laquelle nous sommes déterminés à mettre l’accent nécessaire et à prendre des initiatives qui seront poursuivies dans le cadre aussi de la visite imminente en Grèce du ministre russe de la Défense.

Nous sommes en train d'élaborer le cadre de notre coopération culturelle pour les années à venir et, à notre sens, la signature aujourd'hui de la déclaration commune sur l'année 2016 qui a été proclamée année de la Grèce en Russie et année de la Russie en Grèce marque un événement important.

Il ne s'agit pas d'un geste purement symbolique, ni d'un geste de caractère exclusivement culturel. L'année 2016 devient une très grande opportunité pour rendre pleinement visible ce partenariat stratégique dont je vous ai parlé.
Avec mon cher ami Serguei Lavrov nous avons également discuté de l'imminente présidence grecque du Conseil de l'Union européenne. Nous voulons nous axer le plus possible sur la promotion des relations entre l'Union européenne et la Russie.

Nous voulons procéder au façonnement d'un nouvel accord global entre l'Union européenne et la Russie. Notre Déclaration commune en matière de mobilité est, au niveau bilatéral, un pas qui vise à la pleine application au niveau européen du projet mis en place pour exempter les ressortissants russes de l'obligation de visa. Comme vous le comprenez, cela revêt pour nous une importance particulière car le marché russe est d'une importance vitale pour l'industrie touristique grecque.

J'ai eu l'occasion de briefer mon collègue russe sur la situation dans notre région élargie, les Balkans occidentaux, et en général dans la région de l'Europe du Sud-est et de la Méditerranée orientale. Nous avons eu l'occasion de discuter particulièrement de la question chypriote et de la question bien connue du nom de l'Ancienne République yougoslave de Macédoine.

Le niveau de nos relations est historiquement excellent. Cela n'est pas une constatation rhétorique mais une conclusion pratique que nous avons confirmée aujourd'hui et je voudrais publiquement remercier Serguei Lavrov pour sa contribution personnelle en vue d'insuffler un nouvel élan aux relations gréco-russes.

Cher Serguei, je vous souhaite la bienvenue à Athènes et tout le succès dans l'accomplissement de votre mission, la mission du gouvernement de la Fédération de Russie et, bien entendu, dans la promotion de nos relations bilatérales.
(Traduction à partir du texte de retranscription de l’interprétation)

S. LAVROV: Mesdames et messieurs, je voudrais tout d'abord exprimer mes remerciements sincères à M. Evangelos Vénizélos et à tous les Grecs pour l'accueil qu’ils ont réservé à notre délégation.

La Russie et la Grèce entretiennent des liens étroits d'amitié, de respect mutuel, de confiance et cela constitue une base prometteuse pour le développement ultérieur de notre coopération constructive, au niveau bilatéral ainsi qu'aux niveaux régional et international.

Cette constatation est de nouveau pleinement confirmée aujourd'hui par les pourparlers entre notre délégation et le Président de la République, M. Papoulias et le Premier ministre, M. Samaras ainsi que tout au long des consultations que j'ai eues avec mon collègue portant sur toutes les questions figurant à l'ordre du jour.

Nous nous réjouissons du fait que les relations gréco-russes, à tous les niveaux, se dotent d'une dynamique positive. Le dialogue politique est activé. Les contacts entre les ministères et les autres services et organismes, parmi lesquels figure le ministère des Affaires étrangères, sont renforcés.
Cela est également confirmé par l'agenda des consultations du ministère des Affaires étrangères pour la période 2014-2016. Avec nos collègues grecs nous avons mis en place un programme de trois ans, ce qui atteste du caractère approfondi de notre relation de confiance en matière de politique étrangère.

Notre coopération en matière de commerce et d'économie se trouve à un bon niveau. L'année dernière le chiffre d'affaires de nos échanges commerciaux a atteint le niveau record de 6,5 milliards de dollars. Au cours de cette année, nos échanges commerciaux continuent d'afficher une tendance à la hausse, résultat de la coopération réussie du Comité mixte gréco-russe sur la coopération économique, industrielle, scientifique et technologique.

Ledit Comité s'est réuni en avril et a pris une série d'importantes décisions. Aujourd'hui, au cours des consultations que nous avons eues avec la direction grecque, nous avons discuté des projets permettant le renforcement ultérieur de notre coopération -le ministre a évoqué cette question - tout en prenant en considération les processus de privatisation engagés par le gouvernement de la Grèce ainsi que l'intérêt manifesté en faveur de la coopération entre les entreprises grecques et russes.

J'espère que l'approfondissement ultérieur de notre coopération économique aidera véritablement le gouvernement grec à s'acquitter de ses obligations pour sortir de la crise. En outre, nous soutenons pleinement la détermination du gouvernement grec d'assurer la stabilité et le développement constant du pays. Cela est dans notre propre intérêt, vu le rôle de la Grèce dans les Balkans et en Europe dans son ensemble.

Les relations entre les citoyens, la coopération et les contacts entre les organismes culturels et éducatifs constituent une importante composante de nos liens. Le fait que plus d'un million de citoyens russes ont visité la Grèce, et il paraît que cette tendance à la hausse se poursuivra, est particulièrement positif. Nous pensons que le programme de trois ans sur la coopération en matière de tourisme contribuera à l'amélioration ultérieure de ces indices.

Aujourd'hui, nous avons signé une déclaration commune sur la proclamation de 2016 comme Année de la Russie en Grèce et Année de la Grèce en Russie, au cours de laquelle nous allons organiser d'importantes manifestations. Nous sommes convaincus que ces manifestations susciteront l'intérêt vif de nos citoyens, tant en Russie qu'en Grèce.

Nous avons discuté des questions internationales, y compris de la situation dans les pays dudit "Printemps arabe". Nous avons évoqué la Syrie, nous avons examiné les perspectives du règlement de la question du Moyen-Orient, du programme nucléaire iranien, en fonction des dernières évolutions, des dossiers qu'il serait souhaitable de promouvoir davantage. Nous avons également abordé la question chypriote à l'égard de laquelle il existe des réserves, mais il y a toutefois un climat optimiste.

L'Europe du Sud-est est une région extrêmement importante pour les évolutions dans notre continent. Avec nos interlocuteurs grecs nous avons manifesté notre intérêt mutuel afin d'assurer la stabilité régionale, la sécurité, développer des relations de bon voisinage mutuellement profitables et constructives, entre tous les Etats des Balkans.

La Grèce assumera la présidence au cours du premier semestre de l'année prochaine, et par conséquent, dans ce cadre ont été examinées toutes les questions relevant des relations entre la Russie et l'Union européenne, tout en prenant en considération ce facteur très important.

Nous apprécions particulièrement la détermination de nos amis grecs de promouvoir pendant la période de la présidence grecque les relations entre la Russie et l'Union européenne. Cela porte, tout d'abord, sur la question de la délivrance de visas d'entrée tout en ayant comme objectif ultime la libéralisation ultérieure du régime de visas et idéalement la levée de l'obligation des visas d'entrée.
Tout comme sur la réouverture des négociations sur le nouvel accord suspendu, une évolution dont nous n'avons pas été responsables, sur la coopération entre la Russie et l'Union européenne qui sera dotée d'un nouveau contenu visant à la modernisation des relations entre la Russie et l'Union européenne.

L'attitude constante de la Grèce à l'égard de la perspective de la levée de l'obligation de délivrance de visas d'entrée entre la Russie et l'Union européenne est matérialisée dans la déclaration commune sur le programme en matière de mobilité. Nous espérons que ce programme trouvera un écho positif dans les autres capitales européennes et nous sommes en faveur de la poursuite de la coopération mutuellement profitable dans le cadre du Conseil Russie-OTAN.

De nombreuses actions sont engagées pour lutter contre le terrorisme, le trafic de stupéfiants et la piraterie. Il est extrêmement important toutefois d'accorder un caractère stratégique à cette coopération, notamment à la question de la défense antimissile qui demeure toujours en suspens à ce jour, mais aussi à l'ensemble de nos relations dans le cadre de ce Conseil.

Une telle relation d'égalité pour ce qui est de l'organisation des relations sur le continent européen, a été exprimée par cette grande personnalité grecque et russe, Ioannis Kapodistrias dont nous honorons les fonctions de Gouverneur de la Grèce. Nous avons abordé cette question le matin, dans le cadre de la conférence consacrée à l'anniversaire des 185 ans depuis l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux Etats.

Ceux qui ont assisté à cette conférence, ont, bien évidemment, ressenti la disposition sincère et mutuellement favorable des Russes et des Grecs à l'égard du renforcement des traditions précieuses marquées par la proximité culturelle et la lutte commune pour l'indépendance et la liberté, des traditions que nous voulons transmettre aux générations futures.
Je suis convaincu que les choses iront dans ce sens et je voudrais, bien évidemment, remercier mes collègues grecs pour la coopération et l'accueil qu’ils nous ont réservé.

Porte-parole : Deux questions pour les médias grecs et deux questions pour les médias russes. M. Papathanassiou vous avez la parole.

F. PAPATHANASSIOU (chaîne de télévision publique): Monsieur Lavrov, les relations gréco-russes ont eu des hauts et des bas, notamment au cours des quatre dernières années, le comble étant la récente déclaration du Président Poutine, à savoir que la Grèce présente des insuffisances pour ce qui est des futurs investissements.

Je voudrais donc que vous nous clarifiez l'opinion de Moscou à l'égard de la Grèce pour ce qui est des investissements et des privatisations. A quoi vous attendez-vous - au-delà, bien entendu, de votre présence qui atteste de l'amélioration des relations - en matière de résultats tangibles qui marqueront une amélioration réelle des relations bilatérales?

S. LAVROV: Nous nous attendons à un accord entre les acteurs économiques, entre les entreprises, grecques et russes, avec la participation des autorités officielles de la République de Grèce, par le biais des accords qui assureront justement la sécurité des investissements. Telle est la réponse la plus logique.
Les contacts n'ont jamais cessé. Il existe un intérêt mutuel de parvenir à un accord sur les conditions régissant les processus de privatisation. Il n'est pas facile à prévoir la façon dont ce processus sera promu. Toutes les deux parties ont exprimé leur volonté en faveur d'une coopération efficace, il faut avoir des accords mutuellement profitables dans l’intérêt tant de la partie grecque que des investisseurs.

E. VENIZELOS : Pour rebondir sur les propos de Serguei Lavrov, notre mission est de mettre en place un cadre politique stable et clair. De déclarer la volonté politique des deux gouvernements, afin de prendre d'importantes initiatives dans le domaine des affaires, des initiatives grecques en Russie et des initiatives russes en Grèce dans les secteurs public et privé.
Telle est notre volonté. Le processus de privatisation est ouvert à tous, mais il existe également d'autres domaines. La Grèce constitue un terrain favorable pour les investissements directs étrangers, il existe des entreprises russes qui sont déjà présentes en Grèce et bénéficient de notre soutien. Tous les touristes russes sont les bienvenus et, bien évidemment, nous voulons que des entreprises grecques commercialisant des produits agricoles, ainsi que des sociétés de construction grecques soient actives sur le marché russe.
Tel est le message que nous voulons transmettre aujourd'hui et que nous transmettons, sous la forme d’une position politique commune des deux gouvernements.

A. AMELYUSHKIN («RUSSIA TODAY») : J’ai une question pour les deux ministres. Vous dites que le dossier syrien a été abordé, dans quelle mesure les positions de la Grèce et de la Russie se rapprochent-elles pour sortir de la crise ?

Monsieur Lavrov doit savoir que l’armée syrienne libre accuse la Russie, l’Iran et d’autres pays de saper la situation en Syrie. Je vous remercie.

S. LAVROV : Pour ce qui est de la Grèce et de la Russie, je constate tout d’abord que nos positions convergent. Les deux pays souhaitent que cette crise – comme toute autre crise – soit réglée par la voie pacifique sans recourir à la violence, sans violer la charte de l’ONU, en renforçant le rôle central du Conseil de sécurité de l’ONU, renforcement qui est mis en place.

En ce qui concerne la situation en Syrie, ce n’est que lorsque toutes les parties appliqueront sincèrement les accords convenus et qui concernent le désarmement chimique de la Syrie – et tout le monde s’accorde pour dire que cet accord avance de manière efficace – que la paix pourra être instaurée dans la région. Nous espérons qu’il n’y aura pas de provocations ou des tentatives visant à interrompre ce processus.

Encore une fois, nous invitons tous ceux qui peuvent participer à de telles entreprises, et notamment ceux qui peuvent avoir une influence sur les hommes, d’empêcher l’interruption de ce processus de destruction de tout l’arsenal chimique.

En ce qui concerne Genève II, la situation est plus complexe. Des objections ont été exprimées ouvertement quant à l’application de cette initiative Russie – Etats-Unis et ce, non seulement de la part de différentes parties syriennes, mais aussi de la part de certaines capitales de pays voisins ou non.

D’un point de vue pratique, nous ne pouvons nier le fait que cette attitude négative vis-à-vis de l’initiative russo-américaine est basée sur le refus des Etats-Unis de lancer une attaque sur la Syrie. En d’autres termes, ils ne peuvent dissimuler leurs sentiments ; ils, ce sont ceux qui réclamaient le changement de régime à travers une intervention militaire afin que – volontairement ou involontairement – un Etat extrémiste y soit créé.

Il ne peut y avoir d’autre issue possible dans ce cas, ce qui entraîne de terribles menaces pour tous ceux qui vivent en Syrie et dans l’ensemble de la région.

Il est surprenant de constater que ces personnes ne peuvent cacher leurs sentiments. Il est surprenant de constater que face à de telles déclarations, les capitales occidentales ne réagissent pas très fermement je dirais, alors que notre ligne de conduite demeure inchangée.

Le communiqué conjoint de Genève, de juillet 2012 jusqu’en ce moment, est considéré comme la seule base réaliste existante pour le règlement de la question. Maintenant que l’initiative russo-américaine portant sur la réunion d’une conférence sur la mise en application pratique de ce communiqué conjoint entre dans une phase concrète, les positions sincères, véritables commencent à se manifester, même les positions de ceux qui se sont oralement positionnés favorablement.

Il faut empêcher que cette initiative perde de la vitesse. Il y a des réunions entre la Russie et les Etats-Unis et qui concernent la préparation de cette conférence. M. Brahimi participera à ces consultations et on devra voir les paramètres qui se dessinent pour ces consultations et cette conférence de différents pays intéressés.

Ε. VENIZELOS : C’est une occasion aujourd’hui de réitérer publiquement également mes félicitations pour la récente initiative conjointe Russie – Etats-Unis. Ces félicitations s’adressent également à Sergueï Lavrov personnellement pour que l’arsenal chimique syrien puisse être mis sous contrôle international. Nous sommes particulièrement contents car après la décision du Conseil de sécurité, cette initiative avance de manière satisfaisante.

Une solution au problème syrien – qui est une tragédie humanitaire – ne peut être apportée que politiquement, à travers le processus Genève II. Tous les pays des Nations Unies ont l’obligation de soutenir par tous les moyens ce processus et tous les acteurs en Syrie ont l’obligation d’accepter ce processus et de coopérer. Cela concerne le gouvernement Assad et l’opposition. Aucun groupe participant à l’opposition syrienne n’a le droit de réagir, de refuser ou de saper en pratique le processus Genève II.

Notre position, qui s’aligne sur la position européenne, est très claire. Nous pensons que c’est le seul processus possible, nous pensons que toutes les parties ont l’obligation d’y participer de bonne foi et de le soutenir.

Α. PELONI («ΤΑ ΝΕΑ») : Une question pour M. Lavrov. Monsieur le ministre, tout à l’heure, vous vous êtes référé, si je ne me trompe, aux relations diplomatiques entre les deux pays, qui sont étroites. Vous avez noté, néanmoins, que nous ne « devons pas être influencés par la conjoncture politique ».

Laissez-vous entendre que la position des gouvernements grecs ou que la position vis-à-vis des questions gréco-russes n’était pas claire toutes ces dernières années et si cela est vrai, était-ce l’une des raisons pour laquelle vous n’avez pas visité Athènes jusqu’aujourd’hui ?

A ce sujet, j’aimerais que vous nous disiez deux mots sur le naufrage de l’accord entre la GAZPROM et la DEPA. Est-ce que cela s’intègre dans le cadre d’une décision politique et est-ce que cela entrave les relations bilatérales ? Merci.

S. LAVROV : Très honnêtement, je souhaite la stabilité à tous les peuples, et pas seulement au peuple grec. Je ne pense pas qu’il y ait de pays qui voudrait se développer sur un état d’instabilité et les développements qui ont lieu dans de nombreux pays européens dans le cadre de la crise de la zone euro, ne nous enchantent guère.

L’Union européenne est notre plus grand partenaire économique et représente quasiment la moitié de nos échanges commerciaux. Les phénomènes de la crise, par conséquent, dans les pays de la zone euro ne sont pas dans notre intérêt et c’est pourquoi nous souhaitons à l’Union européenne tout entière, à la Grèce elle-même et à nous même de continuer sur la voie de la croissance.

Pour ce qui est maintenant de la situation liée aux actions commerciales de privatisation, je ne souhaite pas et ne peux émettre de commentaires sur des questions concernant le gouvernement grec et les entreprises russes et grecques respectives. Lorsqu’un accord mutuellement avantageux sera conclu, cela sera annoncé. Le cas échéant, cela signifie que c’est un processus en cours.

Ε. VENIZELOS : Permettez-moi de rajouter quelque chose à ce qu’a dit mon cher collègue, M. Lavrov.

Les relations politiques et diplomatiques entre la Grèce et la Russie ont toujours été excellentes et elles le seront. Pour nous, entretenir une bonne relation avec la Fédération de Russie constitue notre priorité et notre choix stratégiques. Nous percevons pleinement son rôle crucial, sa grandeur, notre relation est si profonde qu’aucune conjoncture ne peut l’influencer. C’est une stratégie nationale pour nous et nous l’avons confirmé aujourd’hui.

Maintenant, en ce qui concerne le processus de privatisation, notamment dans le domaine énergétique et la DEPA, il est évident que ces procédures sont régies par un régime non seulement national, mais également européen et communautaire.

Nous voulons que ces procédures soient ouvertes, fiables, rapides et bien entendu la participation d’entreprises russes publiques ou privées à ces processus est pour nous très importante, c’est un vote de confiance de la Russie et de l’économie russe à la Grèce et à la coopération économique et commerciale entre la Grèce et la Russie.

Nous pensons qu’un cadre peut être créé, ou pour être plus précis un tel cadre existe, un cadre qui nous permette d’être optimistes quant à l’avenir. Bien entendu, tout cela doit être élaboré et cela ne relève pas de notre compétence, des gouvernements, tout cela doit être élaboré à travers le marché, de façon transparente et organisée du point de vue institutionnel. Et sur ce point, je pense que nous sommes tout à fait d’accord avec le gouvernement russe et mon homologue russe.

Y. CHERNENKO («Коммерсантъ») : L’information concernant les documents Snowden et la surveillance de diverses personnes dans le monde – y compris de chefs d’Etats – par les services secrets américains, attire de plus en plus l’attention des médias.

J’aimerais savoir si des conversations de dirigeants grecs ont été mis sous écoute et sous surveillance et cela concerne bien entendu vos allies des Etats-Unis. Quel regard portez-vous sur la déclaration selon laquelle « les Etats-Unis ne font rien que les autres ne font pas ». Que pense la Russie de cette activité ? Est-ce que la Russie fait quelque chose dans cette direction ? Merci.

Ε. VENIZELOS : Nous suivons de très près ce qui est dit dans la presse et sur le Web à ce sujet.

Nous avons d’emblée soulevé la question au gouvernement américain et notre discussion avec le gouvernement américain est ouverte, de bonne foi et a pour but de créer un cadre international transparent qui est régi par les règles de la légalité. Bien entendu dans une large mesure, cette question est envisagée au niveau des relations entre l’Union européenne et les Etats-Unis d’Amérique.

Un groupe de travail conjoint a été mis sur pieds il y a quelques mois. Un représentant grec y participe en raison de la présidence hellénique imminente. Ce groupe de travail est en contact avec le groupe américain respectif.

Cela étant, il va de soi qu’entre amis et alliés et entre tous les pays de la communauté internationale, il doit y avoir des règles simples et pratiques. Que la déontologie diplomatique soit respectée ainsi que le droit international. Cela est d’autant plus valable entre amis et alliés.

S. LAVROV : J’estime que les commentaires sur cette question ne surprennent plus personne. Je suis convaincu que tout le monde savait tout ou pouvait faire des suppositions sur tout. Seulement maintenant, il y a une telle peur car il est publiquement fait référence à une question qui habituellement n’est pas discuté.

Il y a vraisemblablement d’autres questions qui sont soulevées dans ce sens et c’est la raison pour laquelle nous adoptons une attitude suffisamment philosophique et je comprends toute l’hypocrisie que renferme cette phrase : « Nous ne faisons rien que les autres ne font pas ».
Merci.

Octobre 30, 2013