Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, Nikos Dendias lors du bulletin d’information du soir de la chaîne de télévision « STAR » (27.04.2020)

Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, Nikos Dendias lors du bulletin d’information du soir de la chaîne de télévision « STAR » (27.04.2020)Propos recueillis par la journaliste, M. Zacharea

Μ. ZACHAREA : Ce soir nous accueillons le ministre des Affaires étrangères, M. Nikos Dendias. C’est la première interview qu’il accorde depuis très longtemps et nous le remercions pour cela. Bonsoir monsieur le ministre.

Ν. DENDIAS : Bonsoir à vos téléspectateurs. J’espère que tous se portent bien.

Μ. ZACHAREA : Je commencerai par la réaction de Cavusoglu. C’est comme si Ankara cherchait tout le temps à exercer une critique négative sur la Grèce pour ce qui est même d’une question humanitaire. Pourquoi ?

Ν. DENDIAS :  Je ne peux vous donner une interprétation tout à fait complète. Je pense, comme vous l’avez dit, que cela est dû à la conjoncture actuelle et aux efforts de la Turquie de maintenir un climat de tension à l’égard de la Grèce, pour ce qui est même d’une question – le retour des trois marins grecs en l’occurrence – qui ne se prête guère à une instrumentalisation de la part de la Turquie.

Quoi qu’il en soit, nous avons fait ce que notre devoir nous a imposé, nous avons remercié la Turquie pour l’assistance accordée au gouvernement grec pour le retour des marins grecs. Maintenant, la façon dont la Turquie perçoit nos remerciements ne concerne qu’elle-même.

Μ. ZACHAREA :  La Turquie est un pays qui a aussi été touché par le coronavirus et continue d’en subir les conséquences tant au niveau sanitaire qu’économique. Toutefois, on constate qu’elle persiste dans son discours agressif vis-à-vis de la Grèce tout comme dans ses actions provocatrices au-dessus de la mer Egée et selon des informations, elle envisage aussi de mettre de nouveau la pression sur la Grèce à travers des flux migratoires à Evros. Quel est votre aperçu à cet égard ?

Ν. DENDIAS : Il est certain que le comportement turc en Egée et en général en Méditerranée orientale n’est pas un comportement qui convient à un Etat moderne qui, de surcroît, veut adhérer à la famille européenne ce qui implique le respect de l’ensemble des valeurs auxquelles souscrit l’Union européenne.

Qu’il s’agisse des violations des droits souverains grecs mais aussi, malheureusement, de la souveraineté grecque à travers des survols au-dessus de nos îles, ou des recherches menées dans la ZEE chypriote et dans les eaux territoriales chypriotes ou encore des provocations verbales, outre les comportements dont je vous ai tout à l’heure parlé, tout cela n’aide pas nos relations avec la Turquie mais, comme je le dis toujours, ce comportement n’aide pas non plus la Turquie.

Quoi qu’il en soit, nous sommes un pays qui ne se laisse pas entraîner par les tensions alimentées par l’autre partie, que ce soit à travers son discours ou son comportement. Nous sommes un pays qui respecte le droit international et fonctionne conformément aux dispositions de celui-ci et, en outre, - cela va de soi, inutile de le dire – protège aussi ses droits souverains, comme l’impose son devoir en tant que pays européen et pays membre des Nations Unies.

M. ZACHAREA : Ces derniers temps, il y a des informations, ces rumeurs qui circulent, à savoir qu’Erdogan accumule les migrants atteints de Covid-19 sur les côtes turques dans le but de les faire passer à un moment donné dans notre pays et de là en Europe. Est-ce que ces rumeurs sont fondées ?

N. DENDIAS : Je ne suis pas près de croire que la Turquie soit dotée d’un mécanisme lui permettant de faire la distinction entre les migrants atteints du coronavirus et ceux qui ne le sont pas et de choisir ceux qui ont été atteints pour les pousser à aller en Grèce. Je ne suis pas près d’adhérer à ce point de vue. Cela étant, néanmoins, tout le monde sait qu’il y a des migrants concentrés sur les côtes turques. L’attitude de la Turquie et sa tentative de créer des flux migratoires vers la Grèce et l’Europe sont bien connues. Nous avons fait face à ce problème avec succès, en tant que pays européen, dans le respect du Droit et de l’acquis européen. J’espère que la Turquie a tiré les conclusions de cet incident et ne réitèrera pas l’opération.

M. ZACHAREA : Où en sont nos pourparlers avec l’Italie et l’Egypte sur la création d’une ZEE ?

N. DENDIAS : Tout d’abord, je dirais qu’il n’est pas correct de ma part de me référer publiquement à des pourparlers en cours…

M. ZACHAREA : Quelques renseignements peut-être.

N. DENDIAS : Oui bien entendu. Cela est clair, ce sont les priorités absolues du gouvernement Mitsotakis. Si vous voulez, le pays a pris du retard pour régler ces questions. Je pense que l’heure est maintenant venue de trouver des solutions avec les pays limitrophes, notamment les pays limitrophes avec lesquels nous entretenons des relations amicales.

M. ZACHAREA : Sommes-nous près de parvenir à des solutions ?

N. DENDIAS : Ecoutez, nous pensons être près d’une solution avec les pays avec lesquels nous nous entretenons en toute franchise. Mais je ne peux vous dire quand et comment une négociation se finira. J’espère en tout cas à l’avenir que la Turquie comprendra que la voie menant à la résolution des problèmes, quels qu’ils soient, est la discussion sur la base du droit international et non sur la base des survols ou de la violation de la souveraineté et des droits souverains.

M. ZACHAREA : Quand allez-vous commencer à voyager par avion ? Pour savoir quand les citoyens pourront également voyager.

N. DENDIAS : Malheureusement, on a pris du retard à ce niveau-là. Il y avait un programme très chargé de contacts bilatéraux que je dois poursuivre. Je dois aller dans tous les pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies pour m’entretenir avec leurs ministres et pour approfondir nos relations bilatérales dans le cadre de notre famille européenne. J’espère, lorsque la situation s’améliorera non seulement en Grèce, où, Dieu soit loué, nous nous en sommes très bien sortis, mais aussi dans l’ensemble de l’Europe et dans le monde, que l’occasion sera donnée à la diplomatie grecque de reprendre vivement le pas.

M. ZACHAREA : Je vous remercie beaucoup M. le ministre pour cet entretien.

N. DENDIAS : C’est moi qui vous remercie.

Avril 27, 2020