Point de presse du porte-parole du MAE, M. G. Delavekouras, du 11 octobre 2012

G. DELAVEKOURAS : Bonjour à tous. Je commencerai par l’agenda de la direction politique. Demain, vendredi 12 octobre à 12h00, le ministre des Affaires étrangères s’entretiendra avec le Secrétaire général de l’Organisation pour la Coopération économique en Mer noire, l’ambassadeur M. Victor Tsvirkun. 

Les 14 et 15 octobre, le ministre se déplacera au Luxembourg en vue de participer au Conseil des affaires étrangères. Dans ce cadre, le dimanche à 19h30, il assistera au dîner des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, avec le ministre de la Fédération de Russie et le lundi il participera à un déjeuner de travail offert par les ministres des Affaires étrangères du Luxembourg et de l’Allemagne. A l’ordre du jour du Conseil des Affaires étrangères figurent les dernières évolutions en Syrie, la situation au Mali, l’état d’avancement de la question du Moyen-Orient, l’Iran, ainsi que les conclusions de la réunion au sommet UE-Chine.

Le jeudi 18 octobre, le ministre accompagnera le Président de la République lors de la visite officielle de ce dernier en Egypte. Nous accordons une très grande importance à cette visite car elle s’intègre dans le cadre des relations excellentes qu’entretiennent les deux pays, des relations d’amitié et de coopération, en vue de valoriser le grand nombre d’opportunités offertes pour renforcer cette coopération dans l’intérêt des deux peuples. La Grèce, comme vous le savez très bien, a été aux côtés de l’Egypte tout au long de ce processus de transition qui est en cours et, dans le même temps, elle soutient que toute l’Union européenne doit être aux côtés de l’Egypte tout au long de ce processus.

S’agissant du programme du Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, M. Kourkoulas, le mardi 16 octobre il se déplacera au Luxembourg en vue de participer à la réunion du Conseil des Affaires générales. Lors des travaux du Conseil, les ministres devraient préparer le Conseil européen du 18 et 19 octobre, ainsi que le Conseil européen qui se tiendra en novembre, tandis que la présidence présentera un rapport sur l’état d’avancement de l’application des conclusions du Conseil européen précédent.

En outre, la semaine dernière, d’importantes visites ont eu lieu dans notre pays, celle du ministre albanais des Affaires étrangères et du ministre turc des Affaires étrangères. De consultations très utiles se sont tenues que nous pourrons par la suite aborder. Je suis prêt à répondra à vos questions, s’il y en a.

K. FRYSSA : Que pense le ministère grec des Affaires étrangères des rapports d’évaluation sur les pays voisins de la Grèce, à savoir l’Albanie, l’ARYM et la Turquie ?

G. DELAVEKOURAS : Il s’agit d’un processus immuable qui est suivi dans le cadre de la politique d’élargissement de l’Union européenne. Dans ces rapports sont notés en effet les points de vue de la Commission sur le parcours, l’état d’avancement de la mise en place des réformes dans ces pays dans le cadre des critères et modalités fixés par l’Union européenne. Le niveau d’avancement est différent pour chacun de ces pays. Nous pourrions par la suite traiter chaque pays séparément, mais en général je dois vous dire qu’il s’agit d’un processus à l’égard duquel, comme vous le savez très bien, prend position le Conseil de l’UE qui est compétent en la matière.

Pour ce qui est du processus d’élargissement en général, je dois vous dire que la Grèce est l’un des pays pionniers de l’Union européenne en matière de promotion de la perspective européenne de tous ces pays. Car cela constitue un choix stratégique pour nous, à savoir créer une région de paix, de sécurité, de stabilité, de progrès et de croissance à nos frontières.

Nous voulons, par le biais de ce processus, créer des opportunités afin d’améliorer le niveau de vie des citoyens de ces pays, de les rapprocher de l’Europe, de sorte que ces derniers adoptent les règles et les normes européennes, ce qui nous permettra de parvenir à une présence européenne intégrée dans notre voisinage.  Il s’agit d’un processus très important, un processus que nous considérons comme un pas en faveur de la paix et de la stabilité – je le répète et je le souligne – en faveur duquel la Grèce œuvre de manière très intensive. 

Comme vous le savez, l’ « Agenda 2014 » figure parmi les priorités de la présidence grecque de l’Union européenne, au cours du premier semestre de 2014. L’objectif de cet agenda est d’insuffler un nouvel élan à ce processus et d’attirer de nouveau l’attention de l’Europe sur notre région, en dépit des difficultés actuelles en raison de la conjoncture et de la crise économique car nous voulons justement que ce processus aille de l’avant. De laisser dernière nous le passé balkanique de notre région et construire l’Europe du futur tous ensemble, tout en mettant en place les réformes nécessaires, tout en respectant les critères nécessaires, des critères qui sont tout d’abord  dans l’intérêt des pays intéressés. Je vous ai présenté une position générale et par la suite nous poursuivrons notre discussion.

D. ANTONIOU : Hier, le ministre des Affaires étrangères de la Turquie, M. Davutoglu lors d’une rencontre avec des journalistes, a affirmé que la Grèce ne pouvait pas déclarer sa zone économique exclusive tant que les pourparlers exploratoires se poursuivent et avant de délimiter les eaux territoriales et le plateau continental.  Que pense le gouvernement grec de cette position ?

G. DELAVEKOURAS : Tout d’abord, je ne sais pas exactement ce qu’a dit M. Davutoglu, par conséquent je ne rien à commenter à cet égard. Je peux toutefois vous exposer les positions de la Grèce sur une toute série de questions.

Les consultations se sont déroulées dans un climat positif avec comme principal objet la préparation du Conseil de coopération de haut niveau des deux pays lequel est prévu pour le mois de janvier en Turquie. La rencontre d’hier s’est justement déroulée dans cet esprit de renforcement des relations gréco-turques et les deux pays ont fait preuve de leur volonté d’aller de l’avant. Comme l’a affirmé le ministre des Affaires étrangères, M. Avramopoulos, il faut laisser derrière nous le passé, en respectant dans le même temps l’histoire, en vue de construire de concert notre avenir de paix pour nos peuples. C’est un objectif que nous pouvons atteindre et nous emploierons tous les instruments que nous avons à notre disposition à cette fin, l’un des principaux instruments étant le Conseil de coopération de haut niveau.

Hier, ont été abordés les domaines sur lesquels nous devons axer notre attention en vue d’identifier ceux qui seront favorisés par la coopération gréco-turque. Il existe d’ores et déjà des exemples attestant de notre coopération réussie et nous voulons que cette coopération soit plus intense encore et qu’elle apporte de meilleurs résultats. A cette fin, des contacts auront lieu au niveau de hauts fonctionnaires, entre les deux parties, en vue de préparer le terrain.

Cela dit, les deux parties reconnaissent qu’il existe des questions dans nos relations qui doivent être réglées, car autrement nous ne pourrons pas procéder à la pleine normalisation de nos relations, ce qui est finalement notre objectif. C’est pourquoi, la partie grecque a, à maintes reprises, clarifié ses positions sur toutes ces questions et hier aussi le ministre des Affaires étrangères a affirmé que les toutes les actions risquant de provoquer un incident ou de déclencher une crise, des actions qui sans aucun doute alourdissent le climat dans nos relations bilatérales. Il est donc très important de pouvoir instaurer la confiance.

S’agissant de la question du plateau continental, comme vous le savez, et il s’agit de la position immuable de la Grèce, l’objectif des pourparlers exploratoires est de chercher à trouver un terrain d’entente pour entamer les négociations ce qui permettra de délimiter le plateau continental entre les deux pays qui s’étend d’Evros à Castellorizo.

Hier, il été convenu de poursuivre le processus et d’organiser une rencontre entre les représentants des deux parties, dans les semaines à venir. Cette rencontre sera annoncée suivant le processus prévu, comme c’est toujours le cas. Telle est donc la position de la Grèce, une position très claire sur la base de laquelle nous menons nos consultations avec la Turquie.

Α. BARAKAT : Hier, il y a eu des discussions entre la Grèce et l’Egypte au niveau des hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. Pourriez-vous nous donner davantage de détails sur l’objet de ces discussions ainsi que sur la visite du Président et du ministre des Affaires étrangères en Egypte.

G. DELAVEKOURAS : Ces communications seront bien entendu faites par le Président de la République. Je ne peux que signaler que la Grèce considère l’Egypte comme un partenaire très important, précieux et stratégique de notre région et un pays très important de la région.

Le peuple égyptien a pris son destin en main, il s’est exprimé d’une manière pleinement authentique et a maintenant pris le chemin vers la création d’une nouvelle réalité qui, sans aucun doute, influera sur toute la région. La Grèce veut être aux côtés du peuple égyptien et du gouvernement égyptien tout au long de ce processus. Nous voulons soutenir l’Egypte. Comme vous le savez, nous entretenons des relations historiques de longue date et avons une présence marquée aujourd’hui à travers notre communauté grecque qui est très active au Caire et à Alexandrie, ainsi que par le biais des entreprises grecques qui déploient des activités dans la région tout en créant un environnement favorable à la croissance. Force est de signaler qu’après la révolution en Egypte, la présence des investisseurs grecs dans le pays a été renforcée. Il s’agit d’un vote de confiance de la Grèce en faveur de l’Egypte.

Dans le cadre de la visite du Président de la République nous aurons l’occasion d’aborder toute une série de questions ayant trait aux relations gréco-égyptiennes et de traiter de la façon dont nous pourrons promouvoir davantage notre coopération et attirer l’intérêt de l’Union européenne afin que celle-ci ait une présence plus marquée dans la région et se rende compte que cela est un investissement au profit d’elle-même. Car l’Egypte a une place stratégique dans notre voisinage direct. Il est important que non seulement l’Egypte mais aussi toute la région, sorte de cette période d’instabilité et avance vers la stabilité et la croissance.

D. ANTONIOU : Je voudrais revenir sur une question précédente. Vous avez répondu à une question relative aux contacts exploratoires visant à délimiter le plateau continental. Apparemment vous n’avez pas compris ma question. M. Davutoglu a lié le processus de déclaration de la zone économique exclusive à celui de la délimitation du plateau continental et des eaux territoriales. Donc ma question est la suivante : est-ce que la partie grecque considère que ces questions sont liées ?

G. DELAVEKOURAS : Cela est explicitement défini par le droit de la mer. Je répète que la question de la déclaration des zones maritimes constitue le droit souverain de chaque Etat côtier.

La Grèce, comme vous le savez, a fait le choix stratégique de procéder à la délimitation de toutes les zones maritimes avec ses voisins. Cela est bien clair, il s’agit d’une politique que nous suivons avec constance ces dernières années et dans ce cadre il y a d’ores et déjà un assez grand nombre d’évolutions. Comme vous le savez, nous avons signé un accord sur la délimitation des zones maritimes avec l’Albanie et il existe un accord sur la délimitation du plateau continental avec l’Italie qui date depuis 1977, et pour ce qui est de la Libye et l’Egypte, nous avons poursuivi nos contacts en la matière en dépit de la crise. Le ministre des Affaires étrangères, M. Avramopoulos dans ses contacts avec ses homologues – en Egypte et à New York – a eu justement l’occasion de discuter de cette question et eux aussi ont manifesté leur volonté de poursuivre les négociations y relatives au niveau d’experts.
Pour ce qui est de la République de Chypre, comme vous le savez, nous avons des contacts et une coordination continus. S’agissant de la Turquie, je vous ai tout à l’heure parlé des contacts exploratoires. Par conséquent, je pense que le cadre est tout à fait clair et est explicitement décrit dans les dispositions du droit de la mer.

G. VLAVIANOS : Monsieur le porte-parole, par les déclarations faites hier par les deux ministres des Affaires étrangères, on constate que les positions des deux pays n’ont guère changé. Et même, s’agissant de ce que vous avez dit concernant le droit de la mer, en ce qui nous concerne, nous avons signé cet accord, tandis que les Turcs ne l’ont pas signé. Comment est-il possible d’établir une relation de confiance mutuelle, alors que les deux parties continuent de camper sur leurs positions ? On n’a constaté aucun changement.

G. DELAVEKOURAS : Comme je l’ai tout à l’heure dit et comme les ministres des Affaires étrangères l’ont déclaré hier à l’issue de leur rencontre, le choix de la Grèce et de la Turquie est que nos deux pays puissent faire des pas en avant, créer un climat différent dans leurs relations et qu’ils puissent avancer en créant un environnement de coopération qui sera profitable, non seulement aux deux pays, mais aussi à la stabilité de notre voisinage tout entier. Car quoi qu’il en soit, la Grèce et la Turquie ont un rôle stratégique dans cette région. Néanmoins, souvent des divergences d’opinion et diverses actions contribuent à alourdir le climat et à créer des obstacles, voire à provoquer des incidents ou déclencher une crise. Cela doit être évité, cela doit cesser.

Nous avons discuté dans la perspective de pouvoir réellement tourner la page. Les positions de la Grèce sont connues, tout comme les positions de la Turquie. Les deux parties connaissent également ces positions et en tant que pays nous en informons toujours les organisations internationales, nos partenaires, l’Union européenne et l’Alliance, afin qu’ils puissent avoir un aperçu global de la situation. Le droit international est très clair quant au fond de ces questions. Cela étant, nous essayons de faire des pas en avant et ce, toujours en sauvegardant les droits nationaux, nos droits, les intérêts du pays et en respectant le droit international.

D. KONSTANTAKOPOULOS : Monsieur le porte-parole, une question s’il vous plaît. M. Davutoglu a parlé de Kastelorizo. J’aimerais savoir si lors de ces contacts exploratoires, où la question – nous a-t-on dit – de la délimitation du plateau continental est abordée entre les deux pays, est-ce que Kastelorizo fait également l’objet de discussions, à savoir la région en dehors de l’Egée, cette région tout autour de Kastelorizo.

G. DELAVEKOURAS : Je répète, la position de la Grèce est que les contacts exploratoires ont lieu dans le but de trouver un terrain d’entente pour lancer des négociations sur la délimitation du plateau continental entre les deux pays, d’Evros jusqu’à Kastelorizo.

D. KONSTANTAKOPOULOS : Donc, ce que vous dîtes est qu’il s’agit d’une négociation sur une négociation. C’est bien ce que vous dîtes

G. DELAVEKOURAS : Non, ce n’est pas une négociation, ce sont des contacts exploratoires.

D. KONSTANTAKOPOULOS : Des contacts exploratoires lors desquels est abordée la question de savoir comment aura lieu la négociation. J’ai bien compris ?

G. DELAVEKOURAS : Il s’agit de discussions pour trouver un terrain d’entente dans le but de mener des négociations sur la délimitation du plateau continental entre les deux pays, d’Evros à Kastelorizo.

D. KONSTANTAKOPOULOS : En ce qui concerne la déclaration de M. Avramopoulos, à savoir le fait qu’il a pour la énième fois exprimé la solidarité grecque avec la Turquie concernant la Syrie, je me demande si cette solidarité sert un quelconque intérêt de la Grèce ? Je vous rappelle que la Syrie est un ami traditionnel de la Grèce, avec notamment le régime Assad qui a signé un accord de coopération stratégique au milieu des années 1990. Je vous rappelle aussi qu’il y a une communauté chrétienne qui soutient le régime Assad et craint l’avènement d’un autre régime. Et je vous rappelle encore qu’il y a une intervention étrangère, lieu commun dans la presse étrangère, de la part de la Turquie, de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Pour quelle raison la Grèce adopte-t-elle donc une telle position vis-à-vis de la Turquie, à l’heure où elle-même est menacée par la Turquie et que la moitié de l’île de Chypre est occupée ? Je suis un peu perdu…

G. DELAVEKOURAS : La Grèce, le peuple grec entretiennent des relations traditionnelles avec le peuple syrien, comme vous l’avez dit.

A l’heure actuelle, la réalité est que le régime Assad a choisi la répression violente des manifestations pacifiques et a attaqué le peuple syrien. La situation en Syrie s’est fortement dégradée, avec un très lourd bilan en pertes humaines pour les civils et cela doit immédiatement cesser. Je pense donc qu’il est inopportun de rechercher des moyens de relativiser la tragédie qui se déroule actuellement en Syrie.

La Grèce a exprimé clairement sa position concernant la situation en Syrie et a affirmé que l’on devait rechercher une solution politique. Nous pensons que seules des procédures politiques pourront apporter une solution durable à la crise en Syrie. Cela est synonyme de dialogue entre les parties au conflit, afin que le peuple syrien puisse s’exprimer de manière authentique et décider de son avenir, dans le respect de la souveraineté de la Syrie et de la volonté du peuple. Telle est la position de la Grèce et c’est cette position que nous avons exprimée dans toutes les enceintes.

En ce qui concerne l’incident précis que vous avez mentionné, des obus de mortiers ont été tirés sur le territoire turc et l’Alliance atlantique, dont la Grèce est membre, a exprimé sa solidarité avec la Turquie qui a été la cible de cette attaque et dans le même temps a demandé à ce que cessent ces hostilités. Cela a été reconnu par le régime syrien dans une lettre envoyée aux Nations Unies. Dans le même temps, la Grèce a dès les premiers instants affirmé – nous étions présents lors du point de presse de la semaine passée – que nous devons viser la désescalade, que le risque de propagation de la crise est bien réel et que nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour engager un processus politique.

Α. VOUDOURI : Vous avez parlé de la Syrie. Hier aussi bien le Premier ministre que le ministre des Affaires étrangères ont soulevé la question de l’immigration clandestine sous la pression du poids de réfugiés qui pèse en Turquie. M. Davutoglu n’a pas répondu à cette question, du moins publiquement. Y a-t-il eu une évolution ?

G. DELAVEKOURAS : La question de l’immigration clandestine est très importante pour la Grèce, car la Grèce, à l’heure actuelle, en tant que membre de l’Union européenne et de l’espace Schengen, subi des pressions incommensurables par rapport à un autre Etat, quel qu’il soit. Il ne faut pas oublier que l’objectif de ces immigrés n’est pas d’arriver en Grèce, mais en Europe. C’est une question qui porte atteinte à la dignité humaine et nous devons y remédier car sa dimension humaine est très importante. Cela étant, divers réseaux sont impliqués et exploitent les vies humaines. Nous devons les traduire en justice et mettre fin à cette situation.

En ce qui concerne les outils utilisés pour faire face à cette question : tout d’abord nous discutons avec nos partenaires européens afin de leur faire clairement comprendre que c’est un problème européen. Nous coopérons avec la Commission européenne sur des questions techniques et économiques, nous avons la présence de la Frontex en Grèce, une présence marquée qui offre son assistance aux forces grecques. Nous avons aussi de nombreuses initiatives prises au niveau de la législation interne, des procédures et des institutions dans le but de faire face aux situations engendrées par la présence dans notre pays d’un si grand nombre d’immigrés clandestins. Bien entendu – et cela revêt une importance cruciale – une coopération avec les pays voisins est nécessaire, avec la Turquie dans un premier temps avec laquelle nous avons signé un accord de réadmission depuis 2001, accord qui n’est pas dûment appliqué et qui ne traite pas des dimensions réelles du problème.

Nous avons constaté que du côté turc, il y a une meilleure coopération au niveau technique, des rencontres avec les commissions compétentes sont organisées, des contacts sont établis entre les forces chargées de la surveillance des frontières des deux côtés mais il reste encore beaucoup à faire. C’est la raison pour laquelle cette question figurait tout en haut de l’agenda lors des contacts avec le ministre des Affaires étrangères de la Turquie. Nous poursuivrons ces contacts, car la Turquie doit finalement faire face à ce problème, elle est un maillon fort dans cette chaîne et nous devons avoir une meilleure coopération pour pouvoir fermer les voies utilisées par les immigrés clandestins et remédier à cette situation.

Dans le même temps – et il ne faut pas l’oublier – il est très important d’établir une meilleure coopération avec les pays tiers, les pays d’origine, et là l’Union européenne a besoin de parler d’une seule voix, des efforts sont consentis dans ce sens, mais ces efforts doivent être multipliés car il y a ce flux stable d’immigrés clandestins vers notre pays et ce problème ne saurait être envisagé au moyen de mesures de surveillance aux frontières de la Grèce, il faut viser la source du problème. Et donc il est nécessaire de mettre en œuvre des accords de réadmission qui seront appliqués.

En ce qui concerne la Turquie, pour y revenir, il y a déjà un texte d’accord de réadmission, dont cette dernière a convenu avec l’Union européenne et qui n’a pas encore été ratifié, ni appliqué. Ce texte doit aboutir, cette question en suspens doit être clôturée et il faut commencer à appliquer l’accord. Cela étant, nous devons parvenir à une meilleure application, car le protocole d’accord de réadmission entre les deux pays que nous avons jusqu’à présent est insuffisamment appliqué.

C. BOUATARD : Une question concernant la Syrie et les réfugiés. La chaîne Alpha a rapporté que M. Dendias lors d’une visite à Amygdaleza aurait dit qu’il était décontracté, ce qui n’exclut pas l’éventualité d’une gaffe – ce que nous sommes entrain de vérifier – et que la Grèce était prête à accueillir 30.000 réfugiés syriens. C’est un confrère qui nous l’a dit, nous en sommes sûrs. Nous essayons de recouper cette information avec le ministère. De votre côté, le ministère des Affaires étrangères, puisqu’on parlait de réfugiés syriens, ce qui ne s’intègre pas vraiment de le cadre de la question de l’immigration clandestine, il y a certains projets, une entente avec l’UE concernant une première vague, un premier plan d’accueil provisoire des réfugiés ici en Grèce ?

G. DELAVEKOURAS : Tout d’abord, je ne suis pas au courant du communiqué dont vous faites état, donc je ne vais pas émettre de commentaire.

C. BOUATARD: Sur la base de celle-ci qui nous a également paru un peu …

G. DELAVEKOURAS : Sur le fond maintenant. A l’heure actuelle, nous sommes confrontés à une situation très difficile, qui s’empire de jour en jour en Syrie. Nous avons un flux permanent de réfugiés gagnant les pays voisins. Cela a avant tout des répercussions sur les pays d’accueil et on entend souvent parler de la Turquie, mais le problème est beaucoup plus important en Jordanie ou au Liban ou encore en Irak qui a accueilli des milliers de réfugiés. Mais pour la Jordanie et le Liban c’est une question brûlante.

Pour cette raison, ce dont nous discutons au niveau de l’UE, c’est d’apporter notre soutien, par des moyens réels, des fonds, afin que les pays voisins de la Syrie puissent supporter ce poids considérable. C’est la première priorité, car en règle générale pendant les crises du même type, le poids pèse toujours sur les pays voisins. C’est donc là que nous devons mettre l’accent. Cela étant, il y aura bien entendu des discussions au niveau de l’Union européenne sur les capacités de chaque pays à pouvoir accueillir des réfugiés si cela s’avère nécessaire. Nous n’en sommes pas encore là et je pense que nous devons, en tant que pays mais aussi au niveau de l’UE mettre l’accent sur le soutien des pays voisins qui en ont absolument besoin.

S. RISTOVSKA: Monsieur le porte-parole, je voulais vous poser une question sur le rapport publié hier sur votre pays voisin, il y a dans ce rapport une référence qui est faite…, il y a le mot « macedonian ». Un commentaire à ce sujet et une remarque générale sur le rapport, est-ce qu’il est positif, est-ce nous aurons la date du lancement des négociations d’adhésion en même temps que les négociations sur la résolution de la question du nom se poursuivent.

G. DELAVEKOURAS : Avant toute chose, j’aimerais vous rappeler qu’il y a un processus bien précis de prévu : la commission rédige cette évaluation, ce rapport chaque année et par la suite le Conseil prend les décisions. Le Conseil est compétent, donc les Etats membres, et ces trois dernières années le Conseil a formulé une position qui est très claire. Cette position doit être respectée – il est important que l’Ancienne République yougoslave de Macédoine comprenne que cette position doit être respectée.

La Grèce a fait une proposition tout aussi positive que constructive et elle a par ailleurs informé ses partenaires, alliés et interlocuteurs au niveau international de cette initiative. La réaction jusqu’à présent est très positive, tout le monde reconnaît que la Grèce a fait un pas positif et essaie de sortir de l’impasse, elle prend une initiative importante permettant de faire des pas en avant.

Jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de réaction officielle de la part des dirigeants de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, outre une inscription sur un calendrier, si j’ai bien compris. Au contraire, nous avons eu hier une déclaration du commissaire Füle en charge de l’élargissement, qui a qualifié cette proposition de sérieuse et espérait que le gouvernement de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine y répondrait favorablement. Nous attendons de voir sa réaction, car nous pensons qu’elle peut servir de catalyseur pour aller de l’avant.

En ce qui concerne le contenu du rapport, au sujet de votre référence à l’usage de ce terme, je dois dire que nous avons vu d’un mauvais œil la façon dont les dirigeants de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine ont essayé de faire du chantage à la Commission européenne, en disant qu’ils n’accepteraient pas et n’accuseraient pas réception du rapport. Nous pensons qu’une telle attitude n’est pas digne d’un pays candidat à l’adhésion à l’UE.

Par ailleurs, nous avons été informés du fait que des efforts ont été faits de la part des dirigeants de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine pour qu’il y ait de nombreuses références à différents termes, ce qui ne s’est pas produit. Manifestement à la commission ils ont choisi de ne pas répondre.

Quoi qu’il en soit, cette question a été, à notre sens, arbitrairement mise en avant par le gouvernement de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine en vue de détourner l’attention du contenu, de la substance du rapport de la Commission dans lequel sont chaque année notées de graves insuffisances. Faire face à ces insuffisances sera dans l’intérêt du pays lui-même, de son peuple. Nous pensons que refuser d’affronter les problèmes ne fait en effet que les aggraver. Notre voisinage a dû souvent faire face à des problèmes très graves car il a justement caché les problèmes existants. Nous pensons que tous ces problèmes doivent être clarifiés et nous devons faire preuve de sincérité à cet égard.

La Grèce est en train de faire sa propre évaluation des progrès réalisés par l’Ancienne République yougoslave de Macédoine. Cette évaluation n’a aucun rapport ave celle de la Commission européenne et la Grèce prendra position de manière claire sur cette question lors du Conseil du mois de décembre. Quoi qu’il en soit, je répète, pour que les choses soient bien claires, que les décisions relatives à ces questions relèvent de la responsabilité des Etats membres et du Conseil de l’Union européenne et que les décisions du Conseil doivent être respectées.

Les positions de la Grèce sont tout à fait claires et ont été clairement exposées à toutes les instances de l’Union européenne et, bien entendu, à tous nos partenaires.

Quoi qu’il en soit, nous ne devons pas oublier l’essentiel. L’essentiel est qu’en ce moment l’occasion nous est offerte, à travers la proposition de la Grèce, d’avancer. L’Ancienne République yougoslave de Macédoine, au lieu de se retrancher derrière des prétextes, elle doit donner une réponse sur le fond. C’est actuellement dans l’intérêt des deux pays, de faire des pas en avant et la Grèce a de nouveau fait un pas en avant. Elle a pris l’initiative nécessaire en vue d’atteindre cet objectif. C’est une occasion qui nous est actuellement offerte.

D. KONTANTAKOPOULOS : Pourriez-nous donner une clarification concernant cette question ?  Supposons que Skopje  répondra à ce pas en avant, comme vous le dites, du gouvernement grec. Dans quelle mesure cela pourrait contribuer au règlement de la question du nom ?

G. DELAVEKOURAS : L’initiative de la Grèce, comme je l’ai également affirmé la semaine dernière, définit un cadre sur la base duquel nous pourrons avancer. Elle clarifie le cadre et les principaux paramètres de la solution, d’une solution que nous recherchons depuis environ 20 ans, sur la base des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Il est communément admis que le processus de l’ONU n’a guère avancé. La Grèce a fait des pas importants dans le cadre de ces efforts, elle a mis ses propositions sur la table des négociations, mais à ce jour, il n’y a eu aucune réaction.

En prenant cette initiative, la Grèce insuffle un nouvel élan au processus de négociation de l’Organisation des Nations Unies. Nous espérons que l’Ancienne République yougoslave de Macédoine répondra de manière positive à cette initiative et saisira cette occasion. Nous sommes convaincus qu’une réponse positive de la part de l’ARYM insufflera un nouvel élan à nos relations bilatérales. Elle donnera une réponse à tous ceux qui essayent de cultiver l’hostilité entre les deux peuples et, bien entendu, un nouvel élan à la perspective euro-atlantique et européenne de ce pays et le plus important, cela nous permettra de régler la question du nom et de valoriser les possibilités immenses émanant du développement de nos relations.

P. PAPATHANASSIOU : Monsieur le porte-parole, en raison des tensions continues  entre la Chine et le Japon concernant les îles disputées, la banque centrale de Chine et quatre autres banques publiques ont annulé hier leur participation à la réunion du FMI et de la Banque mondiale à Tokyo. Cette réunion, à laquelle participe également l’ancien Premier ministre grec, revêt une importance majeure pour le pays, notamment à l’heure actuelle de la négociation et ce geste de la part de Pékin, comme vous le comprenez, suscite de vives préoccupations quant à son issue. Votre commentaire s’il vous plaît. Merci.

G. DELAVEKOURAS : Les questions liées au droit de la mer – des questions que nous connaissons très bien – et à la délimitation des zones maritimes sont très complexes, techniques et exigent de longues et difficiles négociations afin qu’elles soient réglées. C’est pourquoi la Grèce souhaite faire des pas en avant en vue de parvenir à des accords sur la délimitation des zones maritimes avec tous nos voisins. Car ces accords peuvent non seulement apporter des bénéfices économiques, mais aussi influer sur la création, l’établissement d’un climat de stabilité et de sécurité au niveau régional et dans un périmètre plus large. Nous espérons que les parties feront preuve de retenue dans ce cas aussi et que – car je répète que nous avons une très bonne connaissance de ces questions – nous pourrons atteindre des accords de ce genre qui, j’en suis convaincu, créeront des opportunités dans le domaine de l’économie, des investissements et du développement, et qu’ils contribueront à l’établissement de la paix et de la stabilité.

Je vous remercie.

Octobre 11, 2012